Bac 2021 : Comment les lycées s’adaptent-ils aux ajustements annoncés ?

Jean-Michel Blanquer a annoncé le 6 novembre les adaptations prévues pour le bac 2021, à nouveau marqué par la crise sanitaire. Comment les établissements réagissent-t-ils à la possibilité d’introduire une part d’enseignement distanciel et à la supression des épreuves de contrôle continu? Réactions au Sacré-Cœur de Tourcoing, à La Salle Lille et au lycée Montalembert de Courbevoie.

©Noémie FOSSEY-SERGENT

« La possibilité d'hybrider enseignement présentiel et distanciel me semble une réponse essentiellement politique dans un climat tendu à la veille d’un mouvement de revendication national. Je retiens surtout que les préconisations rendent possibles une forte différenciation entre les établissements mais aussi selon l’évolution de la situation sanitaire au sein d’un même établissement », contextualise Benoit Skouratko, membre du département Education du Sgec et enseignant au lycée Montalembert de Courbevoie.

 

Le présentiel plébiscité

En conséquence, sur trois établissements interrogés, tous optent pour maintenir le plus longtemps possible 100% de présentiel, plébiscité par les élèves et ainsi préserver le processus de raccrochage en cours pour les plus fragilisés par la première phase du confinement. Même à La Salle Lille, établissement qui vit actuellement trois jours de fermeture générale de précaution suite à la contamination avérée d’un personnel, l’accueil de tous les élèves reprendra lundi 16 novembre. « Les jeunes ont été déçus et inquiets à l’annonce de la fermeture et si la politique numérique engagée depuis 10 années avec équipement individuel des élèves nous permet une bonne agilité dans la mise en œuvre du distanciel, nous avons à cœur d’assurer les cours en présentiel, plus profitables », confirme le chef d’établissement, Philippe Delvallée, qui n’exclut pas toutefois une fermeture hebdomadaire le mercredi pour approfondir la désinfection des locaux, notamment de la cantine, lieu forcément plus à risque.

 

Vigilance accrue sur la cantine

A Montalembert à Courbevoie et au Sacré-Cœur, à Tourcoing, ce sont l’allongement du service de restauration et l’extension des lieux de prise de repas – à l’aide d’un barnum par exemple- qui vont permettre de renforcer les mesures de distanciation durant la pause méridienne.

Autre point de vigilance : les personnels à risque. Ainsi, à Montalembert, trois enseignants entrant dans cette catégorie donnent leur cours en distanciel mais les élèves les suivent dans la salle de viso-conférence de l’établissement où un adulte -éducateur ou enseignant volontaire- assure un relais de co-animation sur place. « C’est un bon exemple des belles coopérations qui se mettent en place pour répondre aux contraintes actuelles » commente Benoit Skouratko qui cite aussi la distribution de gel hydroalcoolique coordonnée par les élèves délégués de classe ou un roulement des enseignants pour ouvrir toutes les salles avant l’heure des cours et éviter ainsi que les élèves ne stationnent dans les couloirs. Il se félicite enfin de ce que toutes ces mesures aient été mises en oeuvre dans la concertation, via une assemblée générale démocratique qui s'est tenue le 10 novembre.

 

©Pierre GIRAULT
©Pierre GIRAULT

La difficulté des remplacements

Le défi du présentiel est aussi celui des remplacements dans un contexte d’absentéisme plus fort qu’à l’accoutumée explique Bertrand Van Nedervelde, chef d'établissement du Sacré-Coeur à Tourcoing : « Dans certaines régions et pour certaines disciplines, la pénurie de suppléants nécessite de procéder à des recrutements en externe ce qui implique de la prospection puis le montage d’un dossier administratif lourd. Pour les deux situations qui se posent dans mon établissement, des enseignants volontaires assurent l’intérim, démontrant encore que de l’adversité naissent de belles solidarités. »

 

Possibilité de distanciel "au cas par cas"
et jusqu'à 50% des enseignements

"La crise sanitaire nous oblige à des mesures d’adaptation du fonctionnement actuel des lycées", explique le ministre Jean-Michel Blanquer dans un courrier adressé le 5 novembre aux personnels de direction.  Vu le risque accru de contamination parmi les populations de lycéens et leur brassage plus important, la mise en œuvre de l'enseignement à distance sera facilitée.

Il convient désormais que chaque lycée établisse un plan de continuité pédagogique jusqu’aux prochains congés scolaires, qui garantisse au moins 50% d’enseignement en présentiel pour chaque élève, avec une attention particulière apportée aux lycées professionnels pour lesquels la mise en œuvre de l’enseignement à distance est rendue plus complexe. Un établissement avec une plus faible densité d’élèves peut ainsi parfaitement garder l’organisation actuelle dès lors qu’elle permet le respect du protocole sanitaire.

 

À Genech : Plan d'enseignement hybridé pour 2300 apprenants 

Dans le Nord, L’Institut de Genech, établissement catholique salésien polyvalent (Lycées général et technologique, agricole, professionnels, CFA et CFC) qui accueille 2 300 apprenants, de la quatrième au bac+4 a adopté dès le 2 novembre 2020 un mode d’enseignement 50 % à distance / 50 % sur place. Le scénario intermédiaire parmi les trois élaborés dès le premier déconfinement.
Il permet de garantir la distanciation dans les classes, dans les espaces de restauration et de l’internat, (960 jeunes). Les cours sont en revanche maintenus en présentiel sur le site de Bavay (160 apprentis et lycéens) tandis qu’à Lesquin (600 apprentis et 200 stagiaires adultes), entre 15 et 20 % de distanciel ont été introduits dans les formations.

Une organisation que facilite « les marges d’autonomie » dont dispose l’enseignement catholique, souligne son directeur, Pascal Souyris, lors d’un entretien avec AEF info le 10 novembre. Il regrette toutefois le "changement de pied permanent" du ministère dans sa gestion de la crise et le manque d’attention aux difficultés des enseignants.
Sa principale crainte est l’impact psychologique lourd sur les élèves et les personnels d’un éventuel retour au 100% distanciel, d’autant que tous ont mesuré, l’ampleur des apprentissages à rattraper suite au premier confinement.

Les ajustements du bac 2021

 

  • Les trois périodes d’évaluations communes prévues pour les classes de première et de terminale seront annulées en cette année 2020-2021 afin de laisser davantage de temps aux apprentissages.

 

  • Dans le même souci d’allègement, l’organisation de la certification des compétences numériques Pix pour les élèves de Terminale est reportée durant les études supérieures.

 

  • Les épreuves des enseignements de spécialité se tiendront aux dates prévues, du 15 au 17 mars, avec une session de remplacement avancée de septembre à juin, pour pallier aux absences à la première session et pouvoir intégrer les résultats à la deuxième phase de Parcoursup.

L’allègement du bac 2021

 

Globalement l’annulation des épreuves communes et de la certification Pix sont accueillies comme un allègement bienvenu par des équipes soucieuses de se concentrer avant tout sur les apprentissages. « Elles ont aussi le mérite de la clarté en posant précocement les règles du jeu alors que les équipes sont lassées des injonctions de dernière minute, parfois contradictoires, comme cela a été le cas pour l'annonce tardive des modalités de la rentrée du 2 novembre », commente Philippe Delvallée.

Elles imposent néanmoins d’engager une réflexion concertée sur l’évaluation souligne Benoit Skouratko qui a donné un Webinaire sur ce thème le 2 novembre dernier.
Outre cette "nécessaire bienveillance", à laquelle il convient de sensibiliser les équipes, Philippe Delvallée indique que le maintien des épreuves terminales au printemps suscite des inquiétudes: « Il faudra s’assurer que les épreuves concernent les parties du programme effectivement vues en classe et il nous semble qu’il conviendrait de proposer plus de deux sujets au choix pour répondre à la diversité des situations vécues localement. » D’autant plus souligne Benoit Skouratko que certains élèves misent déjà sur leur annulation : "Il faut travailler avec eux le sens des apprentissages. C’est une opportunité de sortir de la logique de bachotage. » 

Autre incertitude pour les enseignants : l’annulation des épreuves communes impliquera-t-elle un remaniement des coefficients des épreuves maintenues ? En l’état, la diminution du nombre de passations inverse le ratio entre notes d’épreuves terminales et contrôle continu, ce dernier prenant la part prépondérante de 60% dans le résultat final du bac. Or Jean-Michel Blanquer, soucieux de maintenir le caractère national du bac, a souhaité voir maintenir une proportion inverse. Mais dans ce cas, 60% des résultats du bac se joueraient sur seulement trois épreuves…

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