Lycée: des emplois du temps au service du projet

Réforme du lycée et rythme scolaire :


L’Emploi du temps, entre contraintes et choix éducatifs…

 

 

 

Pôle lycée du département Education du SGEC

 

Comment ne pas subir la complexité croissante des emplois du temps au lycée, du fait notamment de la réforme?

Le pôle lycée du département Education du Sgec partage quelques recommandations et outils pour que cette contrainte soit mise au service du projet et non l'inverse.

 

 

La rentrée 2020 marque la dernière étape de la mise en place du nouveau Bac par la montée de la réforme initiée en 2018. Cette réforme, par sa dynamique et ses finalités, transforme le baccalauréat mais aussi le parcours de formation des trois années de lycée. Ainsi, l’on pouvait déjà remarquer en septembre 2019, la création d’emplois du temps (EDT) complexes en première générale et technologique, mettant en tension le temps et l’espace scolaire. Ceci ne doit pas pour autant nous amener à la conclusion rapide que « c’est uniquement à cause de la réforme que les EDT sont de plus en plus complexes »

 

  • Des semaines chargées,
  • Des journées de plus en plus denses,
  • Des plages horaires sans cours, en milieu de la matinée et de l’après-midi,
  • Des emplois du temps sur 6 jours….

 

Autant de constats qui interrogent.

 

En effet, comment s’attacher à vivre des projets d’établissement visant à proposer une formation intégrale de la personne, si les emplois du temps ne permettent pas de se retrouver, imposent des pauses déjeuner rapide, laissent des plages horaires sans autre proposition que de passer le temps sur la cour ou dans les couloirs du lycée ?

 

Notre rapport au temps est ici interrogé et fait écho aux propos du Pape François [Laudato si’ (n° 178) et La joie de l’Evangile (n° 22-225] lorsqu’il répète comme un principe essentiel que « le temps prime sur l’espace ». De fait, le temps est, le lieu de la liberté et de l’humilité humaines quand l’espace est le lieu de la maîtrise, de la possession. Si le lycée est un lieu de vie, notre façon de concevoir, de penser le temps et les rythmes scolaires et bien l’expression d’un pilotage pédagogique. Toutefois, comment faire, afin que l’ensemble de la communauté éducative soit partie prenante et puisse proposer un rythme de vie épanouissant pour tous ? C’est en croisant contraintes et projet d’établissement que l’on peut proposer des pistes, mais aussi en croisant les regards. Ce que nous nous proposons de faire ici.

Benoit Skouratko,
responsable du Pôle Lycée
du département Éducation du SGEC

Le regard d’un chef d’établissement

« Les emplois du temps résultent d’une série d’arbitrage entre politique et visée éducative ».

Xavier MANCEL
Chef d’établissement coordonnateur
Institut Sainte-Geneviève, Paris 6è.

Construire les emplois du temps, un acte de pilotage essentiel pour le chef d’établissement. Avant d’être un enjeu technique, les emplois du temps sont d’abord la concrétisation de choix éducatifs et pédagogiques. La réforme du lycée, avec la disparition des séries, les barrettes d’enseignement de spécialité, la redéfinition du groupe classe, les incertitudes sur les options est venue nous le redire avec force.

Comme chef d’établissement, nous avons pour mission d’utiliser tous les espaces de liberté qui nous sont offerts. L’organisation du temps scolaire en est un absolument fondamental. Même si certains d’entre nous ne maîtrisent pas les outils de conceptions (et je crois que dans ce cas, il faut s’y pencher), nos convictions doivent être explicitées de façon concrète, précise.

Dans le cadre de la réforme du lycée par exemple,

  • Si la liberté de choix des menus est première, alors les spécialités seront alignées. Cela impactera nécessairement les emplois du temps des enseignants qui y perdront de la souplesse.
  • Si les options doivent rester attractives malgré leur place dans le nouveau bac, les créneaux qui leur sont alloués doivent l’être tout particulièrement, peut-être au détriment d’autres matières.
  • Si des heures sans cours sont inévitables, elles doivent être pensées comme des espaces à investir (respiration, travail en autonomie, activités parascolaires…) et non comme des « trous ».

Il s’agit aussi toujours de choix « politique ». Face à une contrainte impérative, réduit-on la qualité :

  • De la pédagogie,
  • Des journées des élèves
  • Des journées des enseignants

Il nous appartient de ne pas laisser la lettre des textes réglementaires ou le logiciel décider à notre place. Il nous appartient, comme garant du bien commun, de définir l’idéal et le non-négociable.

Le regard des parents d’élèves

 « Collaborer pour habiter le temps scolaire au lycée et ne plus le subir… »

Catherine Romuald
Élue du bureau national,
en charge du service ICF
Apel Nationale , Paris 5è.

 

Le temps passé par nos jeunes au lycée ne doit plus être vécu uniquement comme un temps "scolaire", en « cours », mais comme une opportunité de leur proposer d’autres moments clefs, leur permettant de « souffler », de développer des compétences, de monter en connaissances… Ceci en les accueillant dans toutes leurs dimensions, au service de leur éducation intégrale.

Une présence prolongée sur un même lieu, le lycée, réinterroge la place de chacun des membres de la communauté éducative et est une réelle opportunité de travailler ensemble. Unir nos forces vives, nos compétences, créer des synergies, travailler en collaboration au service de l’éducation intégrale de nos jeunes est nécessaire.

La visée éducative proposée par l’enseignement catholique offre la possibilité d'aller plus loin dans l’accompagnement des jeunes en leur proposant d’investir ce temps « autrement ».

Ces temps ne devant être que proposés, pas imposés.

Créer une relation à l'autre de qualité sur des temps différents (chorale, sports, théâtre, ateliers...), nourrir la réflexion de ces jeunes (développer leur esprit critique, éducation aux médias, etc.), leur proposer des pauses (sophrologie, yoga, relaxation,), ou du soutien (renfort méthodologique), susciter leurs engagements associatifs ou citoyens, étoffer leurs certifications (brevet de secouriste, BAFA, etc.), et être ouverts à leurs propositions.

Différents partenaires de la communauté éducative s’investissent déjà ou peuvent s’investir plus dans ces différents champs.

C’est le cas notamment de l’Apel via ses services Information et conseil aux familles, où parents et professionnels accompagnent les jeunes dans leur chemin de vie (découvertes des métiers, soutien, simulations d'entretiens, visites d’entreprises, animations d’ateliers (construction d’un CV, connaissance de soi, développement des compétences psychosociales), organisation de conférences, de colloques, etc.).

Le regard d’une adjointe de direction

 « Optimiser les journées et ne plus parler
de « trous » dans les emplois du temps … »

Marielle KNEBLEWSKI - Directrice pédagogique
Ensemble scolaire Fénelon, Lyon.

 

Dans le quotidien de nos établissements, il est tout à fait d’usage de parler de « trous » pour caractériser les temps disponibles entre deux cours.

Quelle étrange expression quand on sait que le mot « trou » renvoie naturellement à un vide, c’est-à-dire à une absence de toutes formes d’activités dignes d'intérêt pour développer notre projet éducatif. En réalité, c'est un peu comme si l’intérêt de fréquenter nos établissements se réduisait à assister au cours du professeur sans que rien ne se passe entre ces différents moments. Quelle conception réduite finalement du projet de l'enseignement catholique !

Pourtant, nous avons souvent observé que ces fameux « trous » peuvent constituer de formidables opportunités d’apprentissage et, bien plus généralement, des temps précieux d’éducation, de co-formation et de coopération. Les professeurs documentalistes, qui accueillent les élèves, en témoignent régulièrement. Nous pouvons donc nous poser la question suivante : et si ces étranges et vilains « trous » étaient optimisés et organisés au service d’actions éducatives coordonnées ?

C'est bien ce que certains établissements ont déjà imaginé en créant des espaces de travail autogérés par les élèves, un peu comme le veut l'esprit des espaces de co-working dans le monde professionnel. D'autres encore, par l'emploi de jeunes en service civique notamment, ont imaginé de véritables relais pour accompagner les élèves dans des dispositifs comme l'aide au travail, l'action au service de l'établissement, les groupes de parole ou clubs de débat, des séances de relaxation ou, plus classiquement, des temps de lecture libre au CDI.

 

Alors si nous nous prêtions à rêver qu'en continu sur chaque journée, des alternatives au « trou » soient proposées et instituées pour les élèves qui ne sont pas en cours. Options qui donneraient l'occasion à chacun des élèves de formuler des choix, condition nécessaire pour mieux grandir.

Le regard d’un diocèse

« Vclass, un logiciel pour faire des emplois du temps un moyen et non une fin en soi… »

Catherine Malinge – Chargée Mission
Direction diocésaine de Vendée

 

La réforme du lycée permet aux élèves de choisir librement leur combinaison d’enseignements de spécialité (x 3 en 1ère, x2 en terminale). Cette dimension de choix induit de fait un nombre important de combinaisons différentes, une multiplicité qui s’avère un véritable casse-tête aux incidences importantes sur la constitution des groupes, des emplois du temps et donc l’équilibre organisationnel hebdomadaire pour les élèves et les enseignants. Avec la volonté de respecter cette dynamique de choix au cœur de la réforme, et de refuser d’entrer dans une logique de menus ou tout autre artifice, Gaëtan VRIGNON, chef d’établissement, a pensé un outil numérique spécifique doté d’un algorithme visant la constitution des groupes et les emplois du temps.

Ce logiciel, Vclass, a donc été conçu afin de permettre aux chefs d’établissements de l’Enseignement Catholique de répondre à 100% des vœux des familles concernant les choix des spécialités de première et de terminale. Il se veut respecter tout autant des effectifs de groupes cohérents, des emplois du temps viables, des classes fonctionnelles. Vclass apporte une aide technique : il répartit les élèves dans les groupes de spécialités en fonction de la structure proposée afin de satisfaire l’ensemble des vœux des élèves tout en minimisant l’impact sur la grille horaire des classes de première et de terminale.

Quel process ? D’un point de vue technique, les données à fournir sont la liste des élèves avec leur choix de spécialités et la structure imaginée. Une fois les données importées via un fichier Excel, la manipulation s’effectue simplement en suivant les exemples proposés. Le logiciel permet alors de s’assurer que la structure proposée est fonctionnelle et d’exporter ensuite la répartition des élèves dans les groupes de spécialités.

 

Le regard d’un directeur Diocésain

« Les emplois du temps, une traduction matérielle et physique des projets que veulent porter les établissements… »

Bruno Chauvineau
Directeur Diocésain de Blois.

Chaque année au mois de juillet, les chefs d’établissement et leurs collaborateurs réalisent une des dernières tâches avant de partir en vacances : la confection des emplois du temps pour l’année à venir. Si la tâche est complexe et difficile à réaliser au moment où chacun aspire à prendre un peu de temps pour soi, elle est primordiale et demande attention et réflexion.

En effet, si l’emploi du temps est la traduction directe de l’ensemble des cours qu’un élève doit suivre durant une année scolaire, il est avant tout un outil qui traduit les attentes éducatives et pédagogiques inscrites dans le projet éducatif de l’établissement.

  • L’emploi du temps doit prendre en compte ce que l’équipe pédagogique veut mettre en place tout au long de l’année pour que l’élève puisse progresser mais aussi grandir en humanité et en dignité.

 

  • L’emploi du temps doit être au service du projet de l’établissement. Il est le signe visible de ce qui doit se vivre tout au long de l’année. Il prend certes en compte l’ensemble des disciplines enseignées mais aussi la manière d’apprendre, l’accompagnement, le manière de devenir un collégien ou un lycéen.

Cet emploi du temps doit aussi s’appuyer sur le projet pastoral et comment l’élève devient petit à petit cet adulte responsable. C’est pour cela que l’emploi du temps est une des tâches que le chef d’établissement doit effectuer seul ou en lien avec ses collaborateurs. A mon sens, il ne peut déléguer pleinement cette tâche parce le chef d’établissement est le garant de la pédagogie enseignée au sein de l’établissement.

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