EARS: Accompagner les questionnements

Ni prêt-à-penser ni réponses toutes faites en matière d’éducation affective relationnelle et sexuelle. En pleins débats parlementaires sur la révision de la loi relative à la bioéthique, la session des référents diocésains EARS  pilotée par Josiane Hamy du département éducation début octobre 2019 a contribué à réfléchir à la juste posture éducative et aux enjeux relationnels que ces référents ont pour mission de promouvoir dans les établissements.

 

Savoir comment réagir quand, en maternelle, la curiosité pour l’autre sexe s’exprime, accompagner les jeunes dans des processus de socialisation complexifiés, aider les lycéens à se questionner autour des enjeux bioéthiques… la cinquantaine de référents diocésains Éducation affective relationnelle et sexuelle qui ont suivi au Sgec les journées de formation des 10 et 11 octobre derniers ont traité un large éventail de sujets, en prise avec les évolutions sociétales.
Il s’agissait aussi pour eux de bâtir un référentiel d’apprentissage de la sexualité adapté à chaque âge afin de renforcer la dimension « S », parent pauvre de l’EARS selon un état des lieux dressé l’an dernier. Un travail que Jérôme Brunet, adjoint au secrétaire général de l’Enseignement catholique, a d’emblée inscrit dans la visée éducative de l’Enseignement catholique.

Olivier Rouvre, psychologue au CHU de Tours a ensuite apporté son éclairage clinique sur le développement affectif et sexuel des jeunes, alertant, par exemple, sur les troubles de l’attachement et de la socialisation liées à « l’absence du tiers » dans des familles monoparentales particulièrement isolées: « L’absence de tiers contrarie le passage de la symbiose avec la figure d’attachement initiale à la différenciation. Il est difficile à un parent seul d’incarner les deux postures -maternante et paternante- qui participent à structurer le psychisme de l’enfant », a détaillé le praticien tout en soulignant que ce rôle de tiers peut être joué par toute figure d’attachement secondaire, ce qui, selon lui, explique que les familles homoparentales ou recomposées n’éprouvent pas les mêmes difficultés.

Il a aussi recontextualisé « la fluidité de genre » manifestée par de plus en plus de jeunes, comme une expression de crise identificatoire adolescente : « Certes favorisée par le climat ambiant, cette remise en cause du genre d’appartenance ne doit pas être entendue par les adultes comme une affirmation ferme et définitive ni associée à un choix d’orientation sexuelle.»

Fournir des clefs de discernement
plutôt que des repères

« Accompagner le questionnement », c’est aussi en substance la recommandation de Jean Matos, chargé de mission bioéthique de l’archevêché de Rennes. En plein débat parlementaire sur la révision la loi relative à la bioéthique, il a souligné que les jeunes avaient « davantage besoin de clefs de discernement que de repères », invitant à se méfier des certitudes affichées, "ce qui n’a rien d’une posture relativiste, tant les questions sont complexes ! "
Comme le préconise le rapport Touraine de janvier 2019, il a conseillé de contribuer à ce que les jeunes s’approprient ces sujets par des débats organisés en établissement et préparés en amont avec les enseignants. « « Sur ces questions délicates de bioéthique, de sexualité, de même qu’à propos des nouveaux manuels de SVT de seconde qui abordent largement les questions de genre, en lien avec les nouveaux programmes, et proposent des ressources documentaires avec des choix éditoriaux parfois discutables –iconographies, éclairages culturels et psycho-sociaux-, il convient d’outiller les enseignants pour qu’ils adoptent une juste posture empreinte de réflexion, d’humilité, d’écoute. Il s'agit en effet pour eux d'accueillir la complexité des sujets tout en tenant compte des réalités existantes », commente Josiane Hamy, responsable du réseau EARS. De quoi conforter des référents diocésains, comme Nicole Drouvin, de Cambrai, dans leur rôle « de diffuser des formations et des outils qui harmonisent -sans uniformiser- une posture éducative qui permette d’articuler les séquences obligatoires d’EARS à une prise en compte de ces questions dans le quotidien des établissements et des salles de classe. » Une mission qui suscite chaque année de nouvelles vocations, comme chez Valérie Chenault, chef d’établissement à Olivet (45) et toute nouvelle référente EARS pour le 1er degré, qui a participé à l’élaboration de séquences clef en main pour les enseignants et promeut les formations en intra ainsi que la nomination de référents EARS locaux dans chaque établissement : « On se sent étayé comme chef d’établissement grâce aux ressources EARS mises à disposition ou au nouveau Programme de protection des publics fragiles, par exemple… Il s’agit d’accompagner de même nos enseignants qui sont en première ligne ! »

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