Une année particulière

Alors que se clôt un premier trimestre effréné, où les équipes éducatives ont dû gérer de front les séquelles du premier confinement et la suite de la crise sanitaire, deux chefs d’établissement de lycée témoignent de leur vécu de cette fin d’année si particulière.

Objectif présentiel

Dès la rentrée de septembre, les réunions entre le chef d’établissement et les diverses parties prenantes du lycée des Métiers Sainte Anne de Saint-Nazaire se sont enchaînées afin d’assurer la continuité pédagogique tout en mettant en place des outils de prévention. Le présentiel qui a été privilégié tout au long du premier trimestre, a contraint la direction de l’établissement et l’équipe à être créatives, astucieuses et souples…

Mireille Broussous

 

Tous les restaurants de France sont fermés hormis… le restaurant d’application du lycée des Métiers Sainte Anne de Saint-Nazaire et peut-être quelques autres dans les établissements qui forment aux métiers de bouche. « Bien sûr, nous n’accueillons plus de clients extérieurs. Du coup, tous les jours, 80 élèves se régalent des plats préparés par les apprentis cuisiniers », explique son chef d’établissement Frédéric de Ravinel. Les apprentissages se poursuivent ainsi pour le plus grand bonheur des 750 lycéens qui accèdent au restaurant à tour de rôle. Quand ils n’y sont pas conviés, certains s’installent à l’extérieur sur les tables de pique-nique qui ont été ressorties dès septembre. Une bonne façon pour les lycéens de profiter du soleil automnal tout en observant les règles de distanciation durant les repas servis sur une plage horaire étendue allant de 11h00 à 13h30.  « Les stages ont été annulés. Les élèves présents dans l’établissement sont bien plus nombreux que d’habitude. Il fallait trouver des solutions », précise Frédéric de Ravinel.

 

Impératif de souplesse

Avant les vacances de la Toussaint, 3 personnes – des adultes - avaient été contaminées par le Covid-19. Malgré tout, l’option des cours en distanciel n’a pas été retenue. « Il y a 140 internes dans l’établissement. Faire du distanciel sur les matières générales et du présentiel lors des travaux pratiques n’a pas de sens. Nous avons donc choisi le présentiel à 100 % », raconte le chef d’établissement. Le conseil de direction, les enseignants, les élèves, l’Apel ont tous été sollicités pour débattre de cette option et la valider. Et, il a fallu mettre en place un dispositif sanitaire adéquat. Gel hydroalcoolique dans toutes les salles, désinfection des bureaux et des laboratoires, sens de circulation : du grand classique. Mais d’autres pistes ont été initiées. Pour que les élèves ne se regroupent pas le matin dans la cour, ils ont eu le droit d’accéder dès leur arrivée à leurs salles de classe. Responsabilisés, rien n’a jamais été détérioré. Une réflexion a aussi été conduite avec les enseignants autour des cours d’éducation physique durant lesquels les élèves ne peuvent porter le masque. Décision a été prise de faire pratiquer le sport à un demi groupe, l’autre moitié participant avec la documentaliste du CDI et des professeurs à une réflexion autour de l’éthique dans le monde sportif. Enfin, un mail hebdomadaire a été adressé aux parents afin de les tenir informés de la situation sanitaire au sein de l’établissement. Transparence oblige.

 

Après les vacances de la Toussaint, aucun cas de contamination n’a, fort heureusement, été à déplorer. Au cas où un cluster se serait formé, un plan était déjà prêt. L’établissement aurait fermé et tous les enseignements auraient basculé sur Teams. Les professeurs  récemment arrivés y avaient été formés afin de ne pas être pris au dépourvu. Les autres avaient eu l’occasion de se roder à cette plateforme de téléenseignement durant le premier confinement. À la moindre contamination, il était prévu que les élèves de seconde viennent en cours une semaine puis ceux de première la suivante, etc. « Tout au long de ce trimestre, chaque semaine, nous nous sommes posé la question : où en est-on ? Que fait-on ? C’était éprouvant pour tout le monde», reconnait Frédéric de Ravinel.

 

Côté salariés, des personnels Ogec ont opté pour le télétravail. « Certains ont choisi dans un premier temps de télétravailler puis ont décidé de revenir en novembre. Bien sûr, cela a été possible. Nous n’avons rien voulu figer. Nous avons plutôt cherché à mettre en place un dispositif souple», conclut Frédéric de Ravinel.

La bouffée d’oxygène du semi-distanciel

 

Avec une rotation hebdomadaire des effectifs depuis la Toussaint, Notre-Dame de Challans a retrouvé un peu de recul et de hauteur qui permet aux équipes de mettre l’accent sur la préparation du grand oral.

Au lycée Notre Dame de Challans, 1500 élèves, le choix a été fait, la semaine de la rentrée de la Toussaint de basculer en semi-distanciel. Les effectifs ont été répartis en semaine A et semaine B avec des binômes ou des trinômes d’entraide pour que les élèves restent bien en prise avec le lycée durant leur semaine de distanciel. Certains cours sont filmés et retransmis en ligne en direct, un plan de travail à la semaine est communiqué aux élèves qui travaillent depuis chez eux. Le bénéficie des vacances de Toussaint et l’efficacité des groupes restreints en présentiel a permis à tous de prendre ce nouveau rythme avec bénéfice, selon le directeur adjoint du lycée, Olivier Denis :  « Cela a apporté un bouffée d’oxygène bienvenue alors que nous étions dans une course effrénée depuis la rentrée de septembre, avec des horaires modifiés pour organiser quatre pauses méridiennes et des sens de rotation ubuesques alors que notre établissement est justement organisé pour décloisonner au maximum les filières générales, technologiques et professionnelles ! Nous avons retrouvé un peu du temps nécessaire pour prendre du recul, à défaut de pouvoir réellement se projeter… »

Les ajustements Covid du Bac ont été aussi accueillis avec soulagement même si le poids du contrôle continu angoisse un peu les élèves et que des inquiétudes demeurent sur les épreuves de spécialités : « même avec deux sujets au choix, s’ils sont définis au national, cela ne garantit pas que les élèves tombent sur des notions effectivement travaillées car le premier confinement a ouvert un retard dans les apprentissages qui n’est pas encore comblé », estime Olivier Denis.

Le poids du grand oral, a priori maintenu, est également valorisé. « C’est une bonne chose car il contribue à la construction de l’être. Nous multiplions les mises en situation, vidéo à l’appui, durant les cours mais aussi durant les prises de parole, instituées dans notre Vie lycéenne structurée en Maison, groupe d’appartenance qui se substitue aux groupes classes devenus fluctuants depuis la réforme du lycée général. Un conseil pédagogique dédié au grand oral a permis aux équipes de formaliser un ruban pédagogique de tous les événements qui, dans toutes les disciplines, concourent à préparer cette épreuve très transversale. »

 

Les inscriptions en ligne de mire

Début février commenceront les inscriptions qui ont beaucoup souffert l’an dernier de l’impossibilité de recevoir les familles. « Le travail de constitution des classes a été très pénalisé par ce manque dans la connaissance du jeune » témoigne Olivier Denis qui espère pouvoir mieux anticiper cette difficulté cette année. Ce d’autant plus que l’établissement a vu ses effectifs augmenter, de nombreuses familles préférant jouer la carte de la proximité plutôt que celle de l’internat à Nantes.

« Faire en sorte que l’énergie revienne chez chacun vaut toutes les peines ! »

Caroline El Janati, chef d’établissement du collège et coordonnatrice de l’ensemble scolaire Jeanne d’Arc au Kremlin-Bicêtre (94).

Aurélie Sobocinski

 

Ce qui rend la situation le plus difficile, c’est la fermeture de l’établissement en raison du protocole sanitaire -notamment aux parents. Or ces derniers ont bien pris l’habitude d’y entrer ! Comment faire en sorte malgré tout de garder le lien ?

Au cours de ces dernières semaines, les tensions, les difficultés, se sont accumulées et l’Ecole est restée l’un des seuls lieux de rencontre possible, de quasi normalité au quotidien -pour les plus jeunes comme les plus grands. Ma porte est plus que jamais ouverte pour les professeurs, épuisés par le port du masque, par tout ce qui se vit depuis l’an dernier et par l’énergie qu’ils doivent déployer pour remettre les élèves en confiance. Elle l’est aussi pour les parents -parmi lesquels certains ont eu besoin de venir me rencontrer pour exprimer leurs difficultés personnelles. Sans oublier les jeunes !

Dans ce contexte, il est essentiel de maintenir tout ce qui peut l’être au sein de l’établissement, et de le réinventer si besoin autrement. L’idée est de tout faire pour que l’énergie revienne et à mes yeux, cela vaut toutes les peines !

Les réunions parents-enseignants par exemple ont eu lieu en distanciel. En inversant le principe habituel : ce sont les professeurs qui ont choisi les parents ! Il a été demandé aux professeurs principaux d’appeler tous les parents de leur classe pour faire un bilan de l’évolution de leur enfant ainsi qu’aux professeurs des matières qui en ressentaient le besoin.

Au final plus de parents ont été contactés qu’aux réunions classiques auxquelles certains ne participent jamais. Le mode visio a été refusé par les professeurs qui redoutaient des captations ou une accession à leur intimité. Cela a frustré d’abord les parents, mais in fine très contents de la qualité des échanges et de leur durée moins limitée qu’en présentiel où la file derrière la porte oblige à avancer. Si rien ne remplace le format en présentiel – qui reprendre dès que possible, cette nouvelle modalité sera conservée pour ramener vers l’école les parents que l’on a du mal à rejoindre.

Notre forum des métiers et de l’orientation annuel pour les élèves de 4e et 3e ( 6 classes soit 180 élèves) a aussi été réinventé. Il a eu lieu à la rentrée des vacances de la Toussaint via une plate-forme numérique permettant la création de salles virtuelles où chaque parent professionnel et chaque représentant d’établissement accueillait les élèves. Une vingtaine de métiers et une quinzaine d’établissements étaient représentés -soit autant que les années précédentes. Les élèves ont eu à choisir trois représentants de chaque catégorie. On leur a donné rendez-vous par petits groupes de quatre -ce qui limitait à la fois leur nombre face au professionnel et facilitait la prise de parole de chacun. Cette prise de rendez-vous en amont est la grande nouveauté par rapport à la formule en présentiel proposée jusqu’ici. Avant les élèves savaient qui ils pouvaient rencontrer. Là ils savaient qui ils allaient voir. Cela a permis d’éviter beaucoup d’hésitations, de donner plus de souplesse dans l’organisation de la journée et surtout ils ont pu davantage anticiper leurs questions. On voudrait garder ce principe à l’avenir.

Tous nos événements ou propositions d’ateliers périscolaires ont aussi été maintenus -dans le respect des règles sanitaires. Du rendez-vous traditionnel des élèves de 6e avec un conteur au petit déjeuner anglais dans la cantine réaménagée, de la représentation théâtrale pour les 5e organisée cette année sous le préau à la lecture d’histoires par les collégiens aux petits de maternelle. Tout a été fait en particulier dans cette période de l’Avent pour que chacun puisse profiter de l’esprit de Noël. Le concours de crèches a eu lieu. Le marché de Noël a été transformé en un lieu de partage virtuel sous la forme d’un padlet avec des propositions d’activités ludiques à vivre en famille (lien). Un concours de salles de classe décorées a même été lancé -qui a créé une dynamique d’établissement assez formidable ! Il fallait voir les élèves arriver à la grille le cartable chargée de toutes les décorations qu’ils avaient pu ramener de la maison !

Pour les élèves qui restent fragilisés par le confinement du printemps dernier et ont du mal à reprendre confiance en leurs capacités, j’ai décidé de mettre en place un dispositif d’études complémentaire à celui de Devoirs faits. A côté de ce dernier qui réunit une vingtaine d’élèves autour d’un professeur de l’établissement, il s’agit de proposer à ceux qui le souhaitent, moins autonomes, l’accompagnement d’un étudiant qui les coache en petits groupes de cinq. N’étant pas un enseignant, l’enjeu est différent. La séance d’une heure est au tarif de 10€ l’heure d’un à quatre jours par semaine -c’est à la carte et moins cher qu’un tuteur à l’extérieur avec la possibilité de financement gratuit pour ceux pour lesquels cela pourrait être un frein. Autre avantage : un retour très clair du travail de chaque élève et des difficultés rencontrées est fait aux professeurs tous les trimestres. Une trentaine d’enfants aujourd’hui est concernée.

 

« L’évaluation, une vraie question qui redeviendra une priorité »

Le premier confinement a commencé à faire bouger les lignes sur l’organisation des conseils de classe. Comment partir davantage de l’élève ? Au printemps dernier, nous avions initié des enquêtes en ligne en amont des conseils auprès des élèves et de leurs familles pour recueillir leur conception du trimestre. Elles n’ont pas été réitérées pour ce premier trimestre. Les conseils de classe ont eu lieu en présentiel avec les enseignants et les élèves délégués mais sans les parents en raison des modalités du 2e confinement.

Ces derniers ont bien sûr été quand même écoutés ! Des rendez-vous ont été pris par les représentants de chaque classe avec le professeur principal en amont du conseil pour lui faire remonter les questions des familles et celui-ci les a rappelés à l’issue du conseil pour leur faire part des réponses apportées et de ce qui a été exprimé par les élèves délégués et les professeurs sur la classe.

S’agissant des élèves, je les reçois tous aussi en individuel pour la remise des bulletins. Ces échanges permettent de constater qu’ils ont une très bonne analyse de leur propre évolution et que le conseil de classe confirme ce qu’ils ont à me dire. Idéalement, il faudrait commencer par les écouter avant que celui-ci ait lieu. Mais les événements de cette année freinent cette volonté. Cela redeviendra une priorité lorsque cela sera possible pour les enseignants. Il n’est pas question aujourd’hui de multiplier les projets alors qu’ils sont déjà en mode survie, donnant leur maximum devant les élèves pour que les enseignements restent les plus joyeux et vivants possibles !

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