Revue de presse: lycées pro, élections, ruralité... - Enseignement Catholique

Revue de presse: lycées pro, élections, ruralité…

« Nos écoles sont aussi une présence d’Église dans les départements ruraux »

Présent en ruralité, sous contrat d’association avec l’État, l’enseignement catholique participe au maillage territorial de l’école. Tout juste renouvelé dans son mandat, son secrétaire général, Philippe Delorme, revient sur les enjeux et son identité propre.

Interview de Stéphanie Combe pour La Vie
Publié le 4 mai 2022

© B. Lévy

Philippe Delorme est marié et père de cinq enfants. Il a été directeur diocésain dans le diocèse de Créteil, où il est également diacre permanent depuis huit ans. Nommé au poste de secrétaire général de l’enseignement catholique en 2019 et renouvelé pour un second mandat le 8 avril 2022, il insiste entre autres sur la formation initiale des enseignants, le maintien d’un dialogue constructif avec le ministère de l’Éducation nationale et l’annonce de l’Évangile, notamment dans les zones rurales. Entretien.

Le gouvernement entend davantage tenir compte des territoires ruraux. Que pensez-vous des dispositifs initiés ?

Dans le passé, l’Éducation nationale a concentré ses efforts sur les banlieues. Il est temps de sortir d’une logique de zones, trop stigmatisante. Pour mieux tenir compte de la diversité des territoires et des publics, une nouvelle politique d’éducation prioritaire a été lancée en 2021-2022. C’est ainsi que six de nos établissements, éligibles en raison de leur faible indice de position sociale (IPS), ont participé à l’expérimentation des contrats locaux d’accompagnement (CLA).
Il s’agit de moyens, mais surtout d’une liberté plus grande donnée aux équipes pédagogiques sous la responsabilité du chef d’établissement, permettant d’adapter un projet au public accueilli. Cette autonomie aide à mieux répondre aux défis, tel celui du lien avec les familles. Néanmoins nous déplorons de ne pas toujours être associés aux politiques publiques, comme le programme Territoires éducatifs ruraux. Nous ne bénéficions pas non plus du Plan numérique lorsqu’il est financé pour moitié par la collectivité locale, bien que nous ayons proposé de prendre en charge ce coût par nos Ogec (Organismes de gestion de l’enseignement catholique).

Comment décide-t-on de la fermeture ou du maintien d’une classe située en ruralité ?

Cette décision collégiale appartient au comité diocésain de l’enseignement catholique, présidé par l’évêque du lieu, et au comité académique de l’enseignement catholique. Il s’agit d’un parlement local où sont représentées toutes les instances : directeur diocésain, représentants des tutelles congréganistes, organisations syndicales des enseignants et des chefs d’établissement, Ogec,Apel (Association de parents d’élèves de l’enseignement libre), parents… Si l’académie est en perte d’élèves et doit rendre cinq postes, par exemple, à la rentrée suivante, c’est elle-même qui choisit son redéploiement. Je suis souvent interpellé par des pétitions de parents mécontents, mais la décision ne relève pas du niveau national : selon le principe de subsidiarité, elle appartient à l’échelon local.

Quelles sont les difficultés spécifiques ?

Souvent lié à l’histoire de la présence chrétienne, notre maillage territorial est par exemple fort en Aveyron ou en Haute-Loire, moins marqué dans d’autres départements comme la Creuse. L’évolution démographique nous préoccupe dans ces territoires qui se dépeuplent, difficulté à laquelle s’ajoute celle de recruter des enseignants. Dans le rural, compte tenu de la petite taille des établissements, nos professeurs du second degré sont souvent à cheval sur deux, voire trois collèges.
Si le coût du logement est moindre, celui des transports s’accroît avec la hausse du prix du carburant et menace de peser trop fortement au regard de leur rémunération. Nous sommes confrontés à des contraintes financières, notamment liées à nos bâtiments et leur entretien à notre charge. Certains sont prévus pour 300 ou 400 élèves, quand il en reste moins de 100 aujourd’hui. Dans une école maternelle du Cantal, la contribution des familles est de 11 € par mois ; vous pensez bien que cela ne suffit pas !
Aujourd’hui, dans la plupart des diocèses, il existe une solidarité à l’échelle de la direction diocésaine : une cotisation est versée par les établissements et affectée essentiellement pour le financement des travaux. Évidemment, ce système fonctionne si des établissements sont mieux dotés, ce qui n’est pas le cas en Lozère ou en Ardèche. Néanmoins, notre réflexion n’est pas seulement d’ordre économique : l’enseignement catholique joue un rôle dans la cité, dans la vie locale et l’aménagement du territoire.
Les élus, quel que soit leur bord politique, savent que nous contribuons à l’attractivité de leur commune et à la liberté de choix des familles. Enfin, nous sommes aussi une présence d’Église, d’autant plus importante dans les départements ruraux.

Justement, la dernière instruction du Vatican insiste sur l’identité catholique de l’école et la formation des enseignants afin qu’ils puissent rendre compte du message chrétien. Que leur proposez-vous ?

En France, la situation est particulière en raison du contrat d’association avec l’État. Les enseignants sont des agents publics, le chef d’établissement n’a pas autorité pour les licencier. La liberté d’expression est protégée. Néanmoins, par la loi Debré, un professeur est tenu au respect du caractère propre de nos établissements. Dans la maquette universitaire du cursus Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (Meef), il est prévu « 10 % » afin de l’expliciter. Ni catéchèse, ni théologie, il expose ce qu’est un projet éducatif dont la source est l’Évangile, afin que chacun comprenne et participe à sa manière.
Le contenu varie en fonction des lieux et des instituts supérieurs de formation de l’enseignement catholique (Isfec). Dans tous les diocèses et à leur initiative, il est prévu un module spécifique à destination des suppléants. Des propositions existent aussi dans le cadre de la formation continue. Ainsi, les Lassaliens prévoient-ils chaque année une rencontre régionale de tous leurs nouveaux professeurs afin de présenter leur charisme et leur réseau. Il s’agit davantage d’information que de formation.

 

Est-ce suffisant, quand la majorité des enseignants est plutôt loin de l’Église ?

Dans une société comme la nôtre qui compte 1,8 % de pratiquants hebdomadaires, le vivier est rare. C’est d’abord à travers la vie quotidienne de l’établissement qu’ils pourront percevoir la spécificité de ce que nous vivons, au nom de l’Évangile : notre façon de les accueillir, l’attention à un élève en difficulté, des attitudes qui ne viennent pas seulement d’un bon humanisme, mais sont ancrées sur le Christ. Je suis témoin de jeunes professeurs qui cheminent, dont certains ont demandé le baptême.
Il existe des tensions entre les paroisses rurales et l’école catholique du secteur qui dispense le catéchisme et accompagne les élèves vers les sacrements…

Les situations varient selon les diocèses. Certains évêques ne préconisent pas cette pastorale en interne, d’autres la souhaitent ou encore trouvent un mixte. À mon avis, il faut la proposer, au risque de perdre les élèves intéressés, de plus en plus issus de familles non chrétiennes. Cela arrange les parents qu’elle soit intégrée à l’emploi du temps scolaire, sans avoir à faire des kilomètres supplémentaires. L’idéal évidemment consiste à travailler en bonne intelligence, à prévoir des rassemblements, imaginer les étapes à l’école et le baptême à la paroisse, par exemple. Cette pastorale doit introduire le jeune dans la paroisse, afin de signifier qu’elle sera son lien ecclésial à l’avenir.

L’enseignement agricole

Traditionnellement implanté en zone rurale, l’enseignement agricole est une réponse à l’enclavement des territoires. Il a souvent pour caractéristique d’offrir un internat. Dans le privé, il existe trois branches, formant plus de 40 000 élèves chacune, soit autant que l’enseignement public : les Maisons familiales rurales, l’Union nationale rurale d’éducation et promotion (Unrep), dont relève Auteuil par exemple, et le réseau du Conseil national de l’enseignement agricole privé (Cneap) de l’enseignement catholique. Ce dernier propose des formations autour de la nature, mais aussi des métiers « du vivant », tels les services à la personne. L’apprentissage connaît un essor ; quelque 6 000 apprentis sont actuellement formés par les centres de formation des apprentis. L’offre du supérieur se développe aussi, notamment les BTS et au-delà. Le Cneap compte ainsi six écoles d’ingénieurs.

L’enseignement catholique, voie royale des lycéens professionnels

Le choix du privé pour un enfant orienté dans la voie professionnelle relève de considérations plus terre à terre: l’encadrement et la discipline y seront plus stricts, les retards et absences moins tolérés. Plus de 18% d’entre eux sont inscrits dans des lycées catholiques. Les parents y cherchent un «projet éducatif différent».

Par Caroline Beyer - Le Figaro
Publié le 19 avril 2022

Le choix du privé pour un enfant orienté dans la voie professionnelle relève de considérations plus terre à terre: l’encadrement et la discipline y seront plus stricts, les retards et absences moins tolérés. Plus de 18% d’entre eux sont inscrits dans des lycées catholiques. Les parents y cherchent un «projet éducatif différent».
Contrairement aux idées reçues, l’enseignement catholique sous contrat ne se résume pas aux lycées élitistes ouvrant aux classes préparatoires les plus réputées. Plus de 18 % des lycéens professionnels (soit 85 200) sont aujourd’hui inscrits dans des lycées catholiques.
«Les familles recherchent un projet éducatif différent. Chez nous, on n’utilisera jamais le terme “usager” pour un apprenti, mais “jeune”», explique Jean-Marc Petit qui, au sein du Secrétariat à l’enseignement catholique (Sgec), est en charge de la voie professionnelle. Du côté de ces familles, le choix du privé pour un enfant orienté dans la voie professionnelle relève de considérations plus terre à terre: l’encadrement et la discipline y seront plus stricts, les retards et absences moins tolérés. Les professeurs du public en témoignent, anonymement, et observent parfois avec envie les équipements mis en place dans certains de ces lycées.
Une filière menuiserie au cœur de Paris
Au cœur de Paris, dans le VIe arrondissement, le lycée technique Saint-Nicolas dispose, sur deux hectares, de plateaux techniques et ateliers, dédiés à ses élèves des filières menuiserie, systèmes numériques et métiers de l’électricité et de ses environnements connectés (Melec). Un petit plateau de télévision permet ainsi de faire travailler ensemble les futurs menuisiers, électriciens et techniciens audiovisuels. Le lycée a par ailleurs développé des «classes passerelles» destinées à ne pas «enfermer» les élèves dans une voie. Mais, surtout, il propose à ses bacheliers professionnels des poursuites d’études, en BTS et, depuis cette année, une licence robotique industrielle.

«De plus en plus de jeunes bacheliers professionnels vont vouloir ou devoir poursuivre dans le supérieur, surtout dans les métiers du tertiaire, où les employeurs recrutent peu ces profils jugés trop jeunes, explique Jean-Marc Petit. Il faut une vraie dynamique bac-3 bac +3».
C’est ce que l’enseignement catholique a engagé, en connectant les bacheliers avec le supérieur. Dans le cadre de projets financés par la Fondation Saint-Mathieu, les interventions de professeurs de BTS en bac pro se multiplient. La fondation soutient aussi les Cordées de Paris, une déclinaison des Cordées de la réussite, consistant à accompagner des bacheliers professionnels vers le supérieur par du tutorat et des sorties culturelles. Douze lycées technologiques et professionnels catholiques parisiens font partie de ce dispositif qui, en sept ans, a accompagné 2 000 élèves.

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