Revue de presse de rentrée

 

Un collège privé au chevet des quartiers sensibles du Mans

Le Figaro – Aude Bariéty
Publié le 17/10/21

REPORTAGE

Les contrats locaux d’accompagnement (CLA) ont été lancés à la rentrée scolaire de septembre 2021 dans trois académies: Lille, Nantes et Aix-Marseille pour réformer l'éducation prioritaire.

L'établissement catholique Saint-Benoît-Maupertuis, au Mans, dont près de la moitié des élèves sont boursiers, bénéficie de moyens supplémentaires dans le cadre d’une mesure test.

«L'Enseignement catholique, ce ne sont pas que des familles bobos dans des établissements en pierre de taille!» Difficile de classer le groupe scolaire manceau Saint-Benoît-Maupertuis dans cette catégorie. 49,58 % de boursiers, 43 % d’élèves issus des quartiers est de la ville, considérés comme «sensibles», et 30 % d’élèves «en difficulté dans les apprentissages», selon une estimation de la direction: le collège Saint-Benoît fait face à des défis de taille. Après avoir réclamé de l’aide pendant des années, l’établissement a signé en ce début d’année scolaire un contrat local d’accompagnement (CLA) avec le rectorat de Nantes, dans le cadre d’une expérimentation menée dans trois académies. En tout, six établissements de l’enseignement catholique ont été sélectionnés. Fort de moyens financiers supplémentaires accordés pour trois ans, le directeur de Saint-Benoît, Jean-François Chauvin, salue «une bouffée d’oxygène» qui lui a permis de mettre en place plusieurs mesures très concrètes «dont (il) voit déjà les effets».

Première innovation: des séances hebdomadaires «coups de pouce» en français et mathématiques. En ce lundi, Stéphanie Hubert, professeur de lettres, anime une séance pour des élèves de sixième. «On est là parce que la dernière évaluation finale n’a pas été très réussie. L’objectif, c’est de comprendre vos erreurs pour ne pas les refaire, et d’avoir plus confiance en vous», lance la trentenaire à Yanis, Ilyès, Rihab, Camélia et Maïssa. Sérieux, concentrés, les cinq élèves répondent à chaque question du contrôle à l’aide de leur enseignante, qui insiste sur la méthodologie. «C’est bien d’être pas beaucoup, car la prof a le temps de nous expliquer», commente Yanis. «Pour se concentrer, c’est mieux qu’en classe, parce qu’il y a moins de bruit», abonde Camélia. Les professeurs sont enthousiastes. «La meilleure récompense, c’est quand les élèves nous disent qu’ils ont mieux compris», sourit Stéphanie Hubert. «On a l’impression d’être utiles, de donner une chance supplémentaire aux élèves», complète sa collègue Amel Aounti.

Saint-Benoît a aussi mis en place des temps d’aide aux devoirs le soir, une préparation au brevet pendant les vacances, des ateliers de confiance en soi animés par une kinésiologue, une formation aux premiers secours pour les troisièmes. Le directeur a embauché une personne à mi-temps, en renfort des équipes de vie scolaire. «Elle prend en charge des élèves exclus de cours pour des problèmes de comportement. Elle assure un suivi scolaire, les écoute, fait en sorte de les ramener rapidement vers leur classe pour éviter tout décrochage», explique Marie Giraud, responsable de la vie scolaire. L’établissement souhaite renforcer le lien avec les familles par le biais d’ateliers de parents le soir, avec une formation aux outils en ligne permettant de suivre les retards, absences, résultats des élèves. Un défi numérique et linguistique, de nombreux parents ne parlant pas français.

«Une attention à chaque jeune»

«Le lien avec les parents est essentiel. Ces familles, modestes dans leur grande majorité, souvent issues de l’immigration récente, nous confient leurs enfants avec l’espoir qu’on puisse leur donner des valeurs, les faire grandir, leur offrir un avenir meilleur. On essaie d’apporter une attention à chaque jeune», insiste le directeur, qui reçoit au moins une fois par an chacun des 250 élèves avec son professeur principal pour «faire le bilan». Christelle, mère d’un adolescent de 13 ans scolarisé en quatrième et qui cumule les difficultés, apprécie cet accompagnement. «J’ai décidé de mettre Maël à Saint-Benoît pour le cadre qu’offre l’établissement. Dans le public dont nous dépendons, je pense que je l’aurais perdu… L’avantage, c’est que c’est un petit collège. Les professeurs cherchent à connaître l’histoire de chaque élève, et je trouve ça très bien. Mon angoisse, c’était que Maël finisse par être renvoyé, mais toute l’équipe se bat pour lui, tout le monde veut l’aider à s’en sortir.»Séances «coups de pouce», aide aux devoirs, ateliers «confiance en soi», renfort en vie scolaire: le jeune garçon bénéficie de quatre des mesures mises en place dans le cadre du CLA. Autant de dispositifs qui seront évalués au cours de l’année.

 

Offre éducative, modèle économique... L’enseignement catholique cherche à se réinventer

AEF – Erwin Canard
Publié le 23/09/21

Le Sgec a lancé une "démarche prospective" afin de "clarifier ce que nous sommes, ce que nous proposons, de rompre avec les clichés d’entre-soi", explique Philippe Delorme, secrétaire général, lors d’une conférence de presse le 23 septembre 2021. Il s’agira de mieux "optimiser l’offre éducative", notamment en "valorisant" la voie professionnelle, de "promouvoir une éducation performante pour tous" en conservant "la liberté éducative des établissements", et de questionner le modèle économique. Par ailleurs, en cette rentrée, les effectifs diminuent de nouveau dans l’enseignement catholique.

 

Depuis plusieurs mois, une réflexion est lancée dans les instances du Sgec. Elle porte, précise Philippe Delorme, sur l’interrogation suivante : "Quelle école catholique souhaitons-nous dans 10, 20 ans ?"

Le secrétaire général de l’enseignement catholique explique en effet, lors d’une conférence de presse le 23 septembre 2021, avoir "lancé une démarche prospective pour contribuer à bâtir une société plus fraternelle, répondre aux besoins des familles, harmoniser notre maillage territorial". Il s’agit de parvenir à "clarifier ce que nous sommes, ce que nous proposons, rompre avec les clichés d’entre-soi, d’élitisme". Et, globalement, de définir "notre mission éducative, sociale et pastorale afin de rejoindre les jeunes d’aujourd’hui et de demain".

 

Mais le secrétaire général insiste : il ne s’agit pas de se renier. "Nous devons continuer à proposer ce que l’enseignement catholique a en propre, c’est-à-dire l’éducation intégrale du jeune, tout en nous interrogeant sur la façon dont nous le proposons dans une société sécularisée et déchristianisée", assure-t-il.

La volonté de valoriser la voie professionnelle

Plusieurs axes de réflexion ont été définis. Parmi eux, la "raison d’être" de l’enseignement catholique. Celle-ci induit notamment de "prendre en compte tous les élèves dans leur diversité, y compris religieuse", souligne Philippe Delorme. Et de rappeler que l’enseignement catholique est « attaché à la laïcité. Nous allons d’ailleurs approfondir la formation sur le sujet à nos personnels »

Le Sgec veut également "optimiser son offre éducative". Précisément, il s’agit de pouvoir "garantir des parcours d’études cohérents adaptés à tous les profils et harmonieusement répartis dans tous les territoires afin de répondre à un défi d’équité". De même, "un meilleur accompagnement sur l’orientation est nécessaire".

La voie professionnelle est particulièrement visée ici, en souhaitant faire en sorte de "mieux valoriser" ses filières et mieux former "enseignants et parents à l’orientation vers la voie professionnelle". L’apprentissage tend également à être développé, indique Philippe Delorme.

 

De nouvelles pertes d'effectifs,
moins importantes qu'en 2020

 

Après une rentrée qui s’est "déroulée dans de bonnes conditions", Philippe Delorme indique que, au 23 septembre, 420 classes dans le premier degré de l’enseignement catholique sont fermées en raison de cas de Covid. Un pourcentage similaire au public, selon lui.

Cette rentrée 2021 a vu les effectifs des établissements de l’enseignement catholique diminuer, comme l’an dernier (lire sur AEF info). Avec 7 102 élèves en moins dans le 1er degré, mais 5 899 en plus dans le 2nd, l’enseignement catholique perd au total 1 203 élèves. "Mais, dans le 1er degré, c’est moitié moins que l’an dernier", nuance Philippe Delorme, qui explique que cela "correspond à la baisse démographique générale du pays". Et, dans le 2nd degré, il y a une hausse dans les formations avant le bac mais une forte baisse dans celles post-bac. Les formations en apprentissage et agricoles voient, elles, leurs effectifs augmenter.

En outre, Philippe Delorme s’inquiète du "manque de professeurs, qui demeure un souci majeur".

Il se félicite par ailleurs de la participation de l’enseignement catholique à l’expérimentation en éducation prioritaire des CLA dans les 3 académies concernées à raison de 2 établissements catholiques par académie. "Nous sommes enfin associés à cette politique qui permet d’accompagner les élèves les plus fragiles", se réjouit-il

Le Sgec regrette des "incohérences" de l’État dans les aides aux familles

L’enseignement catholique veut en outre s’interroger sur la promotion d’une "éducation performante pour tous". Philippe Delorme explique qu’il convient de conserver et favoriser "la liberté éducative de nos établissements et du bon usage des marges d’autonomie. La responsabilisation des acteurs de terrain les encourage à innover, à expérimenter pour conduire toujours à davantage d’équité, notamment en termes d’évaluation".

Le Sgec va aussi questionner son modèle économique. Une réflexion qui va porter aussi bien sur l’organisation territoriale, sur l’immobilier ou encore sur la solidarité.

Une solidarité que Philippe Delorme aimerait plus forte de la part de l’État. Il regrette en effet "des incohérences" voire des "empêchements" qui ne permettent pas à l’enseignement catholique de "poursuivre sa politique d’accueillir toujours plus d’enfants défavorisés". En cause : le fait que l’État et les collectivités "fassent des différences entre familles et n’offrent pas le même accompagnement à tous les élèves".

Et de prendre l’exemple de la restauration scolaire : "Dans le public, il y a des subventions sous forme d’aides sociales aux familles. Très rares sont les mêmes aides à nos élèves, ce qui entrave nos établissements dans la volonté d’un accueil plus large, puisque des familles doivent renoncer à des aides sociales si elles s’inscrivent chez nous".

Le résultat de la réflexion de l’enseignement catholique est attendu pour le printemps 2022.

Pourquoi la cantine est-elle si chère dans le privé ?

20 minutes - Delphine Bancaud
Publié le 23/09/21

Ce jeudi 23 septembre se tenait la conférence de presse de rentrée de l’Enseignement catholique.
L’occasion pour son secrétaire général, Philippe Delorme, de dénoncer le manque de soutien de nombreuses collectivités territoriales aux frais de restauration scolaire pour les élèves du privé.
Car le prix moyen d’un repas constitue une charge importante pour les familles et conduit certaines d’elles à renoncer à inscrire leurs enfants dans le privé.

 

Chaque année, c’est le même coup de bambou pour les parents qui scolarisent leurs enfants dans un établissement privé : la facture (salée) de la cantine . Selon la Fédération nationale des organismes de gestion des établissements de l’enseignement catholique (Fnogec), en 2020, le prix moyen d’un repas dans les écoles maternelles privées sous contrat avec l’Etat était de 4,90 euros. Il était de 6,10 euros au collège, et de 6,50 euros au lycée général.

« Dans beaucoup d’endroits, le coût de la restauration est supérieur à la contribution aux frais de fonctionnement [c’est-à-dire les frais d’inscription]. Et si on a deux ou trois enfants scolarisés, il n’y a généralement pas de tarif dégressif », constate Gilles Demarquet, le président de l’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre (Apel). Et la note pourrait se corser davantage, selon Philippe Delorme, secrétaire général de l’Enseignement catholique : « Les nouvelles obligations créées par la loi Egalim concernant l’amélioration de la qualité des denrées alimentaires vont engendrer un surcoût de la restauration scolaire. Des sociétés de restauration commencent déjà à demander la signature d’avenants dits "Egalim", avec des augmentations allant jusqu’à 40 centimes par repas », a-t-il déclaré ce jeudi lors de la conférence de presse de rentrée de l’Enseignement catholique.

La totalité du coup de revient d’un repas facturée aux familles

Des tarifs élevés qui contrastent avec le prix des repas dans les établissements publics. Ce qu’explique aisément Philippe Delorme : « Si les tarifs des repas sont bas dans les établissements publics, c’est parce que les collectivités accordent des subventions, sous forme d’aides sociales, aux familles. Mais très rares sont les collectivités qui offrent la même aide à nos élèves ». Les établissements privés facturent donc la totalité du coup de revient d’un repas aux familles.

Et la différence peut être conséquente. En Ile-de-France par exemple, le coût de revient moyen d’un repas est de 9 euros. Mais le tarif prévu pour les familles scolarisant un lycéen dans un établissement public tient compte du quotient familial, et varie donc de 0,50 et 4,09 euros. « Il n’y a pas d’obstacle juridique au soutien des communes aux frais de restauration des élèves du privé, mais c’est un choix politique. C’est incohérent, injuste et discriminatoire », fustige Philippe Delorme.

Certains parents renoncent à une inscription dans le privé

Idem concernant la cantine à 1 euro, mise en place en 2019 et subventionnée par l’Etat dans le cadre de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté. Un dispositif qui visait
des établissements dans des communes fragiles en zone rurale. « Or, il n’est pas accessible aux établissements privés. Nous avons pourtant 2.570 écoles dans ces communes. Elles scolarisent 343.000 élèves qui ont été oubliés », souligne Philippe Delorme.

Au final, le coût de la cantine est devenu un élément que scrutent les parents avant de choisir le privé pour leurs enfants. « C’est même un frein considérable à l’inscription. Et pour les familles les plus modestes qui décident quand même d’inscrire leurs enfants, elles se saignent pour pouvoir payer », insiste Gilles Demarquet. Dans certains endroits, les chefs d’établissement tentent de puiser dans le fonds de solidarité pour soutenir quelques familles. « Mais cela ne peut pas être fait à grande échelle, et nos établissements sont entravés dans leur désir de mixité sociale », estime Philippe Delorme.

Reste la débrouille : « Des familles s’organisent entre elles pour faire déjeuner les enfants le midi à domicile. Mais c’est assez rare puisque généralement, les deux parents travaillent », observe Gilles Demarquet. Difficile aussi pour les collégiens et lycéens de revenir à la maison pour déjeuner lorsqu’ils n’ont qu’une heure de battement à la pause méridienne ou qu’ils habitent en zone rurale, loin de l’établissement. Quant à l'idée de ramener sa lunch-box, elle est rendue quasi impossible par les contraintes sanitaires liées à l'alimentation.

Effectifs, cantine, éducation prioritaire...
Les enjeux 2021 de l'enseignement catholique

Le Figaro – Aude Bariéty
Publié le 24/09/21

Plus de deux millions d'élèves sont scolarisés dans l'enseignement catholique, particulièrement présent dans l'ouest et dans le nord de la France.
Trois semaines après le retour des élèves et des professeurs dans leurs établissements pour une nouvelle année scolaire, le secrétariat général de l'enseignement catholique a organisé sa conférence de presse de rentrée dans ses locaux de la rue Saint-Jacques (5e arrondissement de Paris) le jeudi 23 septembre.

 

Le secrétaire général Philippe Delorme a d'abord salué une «reprise [qui] s'est déroulée dans de bonnes conditions», malgré le «contexte sanitaire fragile» lié au Covid-19 qui continue de sévir et qui a entraîné «à ce jour» la fermeture de près de 420 classes dans le premier degré.

Après avoir fait le point sur les effectifs, Philippe Delorme a développé plusieurs points essentiels pour le secrétariat général de l'enseignement catholique. Parmi ces derniers, la laïcité, Parcoursup, les cantines scolaires, l'enseignement prioritaire, l'apprentissage, le recrutement et la revalorisation des enseignants...

Des effectifs stables

2.090.120 enfants ont fait cette année leur rentrée dans l'enseignement catholique français : 829.845 dans le premier degré, 1.215.378 dans le second degré et 44.897 dans l'enseignement agricole. 35.527 élèves sont scolarisés en outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte, Saint-Pierre-et-Miquelon).

Ces effectifs sont stables par rapport à ceux de la rentrée 2020. L'enseignement catholique n'enregistre ainsi qu'une baisse de 367 élèves. La baisse des effectifs dans le premier degré (- 7102 enfants, soit - 0,85%) est quasiment compensée par la hausse de ceux du second degré (+ 5899, soit + 0,49%) et celle de l'enseignement agricole (+ 836 élèves, soit + 2%). «On peut raisonnablement considérer que cette baisse de 7102 élèves correspond à la baisse démographique générale dans notre pays», estime Philippe Delorme.

Comme l'an dernier, ce sont dans les académies de Nantes, Rennes et Lille que l'enseignement catholique compte ses plus gros effectifs : 267.355 élèves scolarisés dans la première, 239.098 dans la deuxième et 182.761 dans la troisième. Côté «petits poucets», Mayotte accueille 203 élèves, uniquement dans le second degré, Saint-Pierre-et-Miquelon 392 élèves et la Corse 2463 élèves.

Très chères cantines scolaires

Sur le sujet de la restauration scolaire, Philippe Delorme ne mâche pas ses mots. «Pour une famille qui fait le choix de l'École catholique, ce n'est pas la contribution aux frais de fonctionnement demandée par nos établissements qui est discriminante, mais les frais annexes et particulièrement ceux de cantine. [...] C'est un frein pour les familles.»

Dénonçant une «absence d'équité choquante» entre le public et le privé, il rappelle que «si les tarifs des repas sont bas dans les établissements publics, c'est parce que les collectivités accordent des subventions, sous forme d'aides sociales, aux familles» et que «très rares sont les collectivités qui [...] offrent la même aide à nos élèves».

Résultat : des disparités flagrantes entre public et privé. Sur les 9 euros que coûte le repas d'un lycéen du public en Île-de-France, les familles ne paient au maximum que 4 euros, affirme le secrétaire général de l'enseignement catholique, qui précise que dans le privé « le coût moyen d'un repas est de 6,5 euros»« C'est un choix politique. C'est injuste et discriminatoire », insiste-t-il.

 

Le grand bain de l'enseignement prioritaire

Nouveauté de cette rentrée 2021 : l'enseignement catholique est désormais - «enfin», glisse Philippe Delorme - associé à la politique d'éducation prioritaire. Six établissements catholiques ont ainsi signé un contrat local d'accompagnement (CLA) dans le cadre de l'expérimentation mise en œuvre dans trois académies par le secrétariat d'État à l'Éducation prioritaire.

Sont concernés le groupe scolaire Saint-Joseph Viala et le collège Saint-Mauront à Marseille, le groupe scolaire Saint-Benoît au Mans, le groupe scolaire Saint-Jacques-de-Compostelle à Nantes, le collège Sainte-Marie La Salle à Roubaix et le lycée professionnel Sainte-Marie à Bailleul.

«Ces contrats allouent des moyens supplémentaires - d'enseignement et financiers - à des établissements qui répondent aux nouveaux critères de l'éducation prioritaire», se félicite le secrétaire général de l'enseignement catholique, qui ajoute qu'ont été définis des «axes prioritaires» autour de l'ouverture culturelle, la remédiation, le travail sur les émotions...

Cantines : l’enseignement catholique juge ses élèves « discriminés »

La Croix – Denis Peiron
Publié le 23/09/21

Lors de sa conférence de presse de rentrée, jeudi 23, le secrétaire général Philippe Delorme a regretté que les élèves du privé, contrairement à ceux du public, ne bénéficient pas d’une aide sociale en matière de restauration scolaire. Il y voit une entrave à l’accueil des enfants de familles modestes dans les établissements catholiques.

 

Alors que l’enseignement catholique est fréquemment accusé de s’accommoder d’un manque de mixité sociale au sein d’une partie de ses établissements, son secrétaire général Philippe Delorme a contre-attaqué, jeudi 23, lors de sa conférence de presse de rentrée.

« Notre contribution à la mission de service public d’éducation ne peut pas, malgré toute la bonne volonté de nos équipes, être proposée à tous si l’État et les collectivités territoriales font des différences entre les familles et n’offrent pas le même accompagnement à tous les élèves », a-t-il dénoncé, en évoquant des « incohérences, des dysfonctionnements, des empêchements ».

Quel financement pour les AESH sur le temps de cantine ?

Le patron de l’enseignement catholique a donné pour exemple le cas de l’accompagnement des élèves handicapés sur le temps de cantine et de garderie. Depuis une décision du conseil d’État de novembre 2020, les collectivités territoriales doivent prendre le relais de l’État pour financer l’intervention des accompagnants, lorsque l’enfant est scolarisé dans le public.
En revanche, s’il est élève du privé, et même si la notification de la Maison départementale des personnes handicapées stipule qu’il a besoin d’un soutien sur le temps périscolaire, aucun financement n’est prévu.

« Cela a pour conséquence de faire retomber cette charge sur la famille », s’étrangle Philippe Delorme. Sur la famille ou sur l’établissement... « Or beaucoup de nos petites écoles n’ont pas les moyens de financer ces emplois », prévient Lionel Leandri-Vendeuvre, délégué du Snceel (1) dans l’académie de Nice, où plusieurs familles sont confrontées à cette situation.
À l’échelon national, plusieurs centaines d’enfants seraient concernées, avance Philippe Delorme. Selon lui, les discussions avec les différentes parties prenantes sont en bonne voie. Ce que confirme le ministère de l’éducation.

Le privé écarté du dispositif « cantine à 1 € »

En revanche, la situation est au point mort sur un autre dossier, de plus vaste ampleur : la restauration scolaire. Dans le public, le prix du repas est souvent fixé en fonction du quotient familial (avec par exemple un tarif plancher de 0,50 € en Île-de-France), la collectivité s’acquittant du reste de la somme.
Cela représente en moyenne les trois quarts de la dépense, a calculé la Cour des comptes en 2020. Dans le privé, en revanche, sauf exception, les élèves ne bénéficient pas de cette aide sociale et paient donc « plein pot ». Tant et si bien que pour eux, la dépense de restauration est souvent supérieure aux frais d’inscription.

« Quand une collectivité donne 3 € par repas à un élève, pourquoi un élève dans une situation familiale identique n’aurait pas droit à ces 3 € s’il est scolarisé chez nous ? », interroge Philippe Delorme, qui parle de « discrimination ». Cette « absente d’équité » lui paraît encore plus choquante dans le cadre du dispositif « cantine à 1 € », subventionné par l’État et qui concerne des communes fragiles en zones rurales : « Nous avons pourtant 2 570 écoles dans ces communes. Elles scolarisent 343 000 élèves qui ont donc été oubliés ! »

Ce dossier est d’autant plus crucial, plaide le patron de l’enseignement catholique, que la demi-pension est devenue la règle, « avec près de 100 % des élèves du primaire qui déjeunent à la cantine ». Philippe Delorme assure ne pas « revendiquer plus de moyens » pour ses établissements mais se battre pour les familles modestes susceptibles d’y inscrire leurs enfants. À défaut, argumente-t-il, la liberté de choix, garantie par la constitution, s’applique uniquement aux familles qui en ont les moyens.

L'enseignement catholique entre dans l'éducation prioritaire

Le café pédagogique – François Jarraud
Publié le 24/09/21

JM Blanquer l'avait promis. Il l'a fait. Six établissements catholiques sous contrat avec l'Etat bénéficient de la nouvelle éducation prioritaire a annoncé le 23 septembre le secrétaire général de l'enseignement catholique, Philippe Delorme. Cette avancée était attendue depuis la rentrée 2020 et elle ouvre un champ nouveau à l'enseignement catholique en même temps qu'elle renforce sa légitimité. L'enseignement catholique tient portant à marquer sa singularité en ce qui concerne la laïcité. Il ouvre d'autres chantiers : les aides sociales pour ses élèves, leur orientation dans Parcoursup par exemple.

Une entrée dans l'éducation prioritaire grâce à l'expérimentation Elimas

En septembre 2020, Philippe Delorme, secrétaire général de l'enseignement catholique, avait fait sensation en annonçant que JM Blanquer avait donné son accord à l'entrée de l'enseignement catholique dans l'éducation prioritaire. Le ministre n'avait pas confirmé cette déclaration. Mais il l'a fait.

Six établissements catholiques sous contrat avec l'Etat, deux collèges marseillais, trois autres du Mans, de Nantes et de Roubaix et un lycée professionnel de Roubaix, font maintenant partie de l'éducation prioritaire. Ils y sont entrés grâce à la réforme portée par N Elimas par le biais des contrats locaux d'accompagnement (CLA). La particularité de ces contrats c'est de s'adresser à des établissements qui ne répondent pas aux critères sociaux économiques des Rep et Rep+.

Les établissements sont sous contrat pour des expérimentation pédagogiques portant sur l'expression orale, la maitrise des émotions, le langage ou l'ouverture culturelle. "Les critères retenus sont les mêmes que ceux des établissements publics", nous a dit P Delorme.

"Nous nous félicitons de l'évolution de l'éducation prioritaire qui prend en compte dorénavant des contextes locaux d'établissements et pas seulement ceux des territoires fragilisés", dit P Delorme. "Ces contrats allouent des moyens supplémentaires à des établissements".

Sur l'année 2022, N Elimas a affirmé, après plusieurs tergiversations, que les crédits des CLA seraient en plus de ceux de l'éducation prioritaire. Mais ces expérimentations servent l'objectif de sa réforme qui est la suppression des Rep et leur remplacement par les CLA. Cela entrainerait le transfert de fonds nécessaires aux établissements qui concentrent les enfants les plus pauvres vers des établissements n'ayant ni le même niveau de pauvreté ni souvent de handicap scolaire. " On voit bien que cette logique qui invoque la diversité des territoires en disant qu'il faut prendre en compte la ruralité est une façon de dissoudre la question sociale", explique JY Rochex.

Les maitres du privé auront une formation propre à la laïcité

Philippe Delorme intervient sur un autre point politique : la laïcité. L'Eglise catholique avait critiqué la loi séparatisme, notamment la Conférence des évêques de France, en pointant la multiplication des contrôles et des contraintes. Ils craignaient des atteintes à la liberté de culte, d'association et d'enseignement. Depuis la loi est passée et l'Education nationale lance une grande campagne de formation et d'affichage sur la laïcité. L'enseignement catholique ne sera pas en reste mais entend défendre sa conception de la laïcité. "La laïcité n'est pas l'absence de religions mais ce qui permet leur coexistence harmonieuse", explique P Delorme. "Nous souhaitons vivre pleinement la laïcité mais en ayant quelque chose de différent à proposer". Aussi l'enseignement catholique refuse les formations de l'éducation nationale "car on ne vit pas la laïcité de la même façon". L'enseignement catholique développera ses propres formations. Elle sera proposée "à tous nos personnels éducatifs".

L'enseignement catholique veut les mêmes aides pour ses cantines

Autre point d'achoppement : les aides aux élèves des établissements catholiques en ce qui concerne la restauration. Le SGEC déplore que la plupart des collectivités locales ne subventionnent pas les repas des élèves comme elles le font dans le public. C'est le cas aussi de l'ETat qui ne les fait pas bénéficier de la "cantine à un euro" dans les zones rurales. Selon le SGEC cela nuit au développement des établissements catholiques car les familles se détournent vers les établissements publics où elles peuvent bénéficier de ces aides.

La politique d'ouverture sociale de Parcoursup critiquée

Le dernier point de friction c'est Parcoursup."Il n'est pas normal que le stress des lycéens vis à vis du bac ait été balayé par celui que génère Parcoursup", dit P Delorme. "Les élèves méritants se trouvent parfois pénalisés". Ce qui génère cette colère c'est le rejet par des IEP d'excellents élèves du privé. "Quand les IEP changent en cours de route leurs critères cela génère des déceptions". La part des élèves venant du privé dans les IEP est passée de 36 à 31%. Comme le dit P Delorme, "le recrutement des IEP a permis l'accueil de jeunes de lycées défavorisés et cela a conduit à ce que des jeunes de zones plus favorisés soient moins pris"... Le SGEC demande que Parcoursup prenne davantage en compte les avis des conseils de classe.

Des effectifs qui se maintiennent

L'enseignement catholique se porte bien. Il perd 367 élèves sur 2 045 223, autrement dit rien. Cette légère baisse se fait en primaire où on compte 7102 élèves de moins "pour des raisons démographiques", explique P Delorme. Dans le second degré il y a 5899 élèves de plus malgré la chute des effectifs en BTS et prépas (-2600). L'enseignement agricole connait une nette progression avec 836 élèves de plus (+2%). Plus que jamais l'enseignement catholique affirme son poids et ses exigences.

 

L’Éducation nationale ouvre un peu plus sa porte au privé

Médiapart – Faïza Zerouala

Le 29/09/2021

Six établissements catholiques ont intégré une expérimentation autour de l’éducation prioritaire. Les spécialistes jugent que cette initiative est un « galop d’essai » qui vise, à terme, à créer une concurrence entre établissements et à privatiser l’Éducation nationale.

 

L’enseignement catholique en rêvait, Blanquer l’a fait. C’est désormais officiel, le ministre de l’éducation nationale et la secrétaire d’État chargée de l’éducation prioritaire, Nathalie Élimas, ont intégré six établissements de l’enseignement catholique privé dans l’expérimentation à l’œuvre dans trois académies (Aix-Marseille, Lille et Nantes) depuis la rentrée. Ceux-ci ont ainsi signé un contrat local d’accompagnement (CLA), ce nouveau dispositif né de la volonté de réforme de l’éducation prioritaire.

Dorénavant, et pour trois ans, le groupe scolaire Saint-Joseph-Viala et le collège Saint-Mauront à Marseille (Bouches-du-Rhône), le groupe scolaire Saint-Benoît au Mans (Sarthe), le groupe scolaire Saint-Jacques-de-Compostelle à Nantes (Loire-Atlantique), le collège La-Salle-Sainte-Marie à Roubaix (Nord) et le lycée professionnel Sainte-Marie à Bailleul (Nord) se verront attribuer des moyens supplémentaires. De leur côté, ils devront proposer des projets.

Philippe Delorme, secrétaire général de l’enseignement catholique, confirme sa satisfaction devant cette intégration, justifiée par le profil très social de certains élèves dans quelques établissements. Il explique que certains remplissent les critères pour être en éducation prioritaire. « L’expérimentation voulue par Jean-Michel Blanquer et portée par Nathalie Élimas ne répartit plus l’éducation prioritaire par zones mais par établissements, ce qui nous rend éligibles. Nous allons contre l’idée souvent véhiculée que l’enseignement privé catholique n’est que pour les riches. Il y a des familles en difficulté dans des territoires urbains et ruraux. » 

Au cabinet de Nathalie Élimas, on tient à préciser que ces contrats locaux d’accompagnement n’ont pas vocation à remplacer l’éducation prioritaire, qui reste en place avec ses moyens assignés. Les CLA de l’enseignement catholique concernent six « unités éducatives », selon le jargon de l’éducation nationale, sur 172 au total, et ne forment « que 3 % » des CLA.

L’entourage de la secrétaire d’État explique encore avoir répondu à cette demande ancienne du privé catholique parce que les établissements proposés pour cette expérimentation ont des indices sociaux très bas et accueillent un public défavorisé. « À ce titre, on a ouvert l’expérimentation, car ils remplissent une mission de service public. » 

Au secrétariat d’État à l’éducation prioritaire, on souligne aussi que cette organisation va être supervisée par les rectorats et l’inspection générale, avant que soit décidé un éventuel élargissement ou une généralisation. « On s’appuie sur la réalité du territoire et ces établissements accueillent des publics fragiles. Ces établissements jouent le jeu de la mixité sociale et font monter le niveau, ce qui renforce leur attractivité et diminue les stratégies d’évitement. Ne pas tenir compte de cela serait un aveuglement de notre part. Si on abondait des établissements favorisés, il y aurait tout lieu d’être choqué. »

D’autres restent plus circonspects face à cette immixtion du privé dans l’éducation prioritaire, et sur la mission de service public censément remplie par le privé. Surtout que ce n’est pas la première fois. Les observateurs ont en mémoire le fait que Jean-Michel Blanquer, en rendant l’instruction obligatoire dès 3 ans, a fait un véritable cadeau au privé, lui permettant de bénéficier de subventions de la part des communes.

Pour le sociologue Choukri Ben Ayed, spécialiste de la mixité sociale à l’école, la question est délicate et il est difficile de prévoir les conséquences à long terme d’une telle décision. Il relève d’abord un manque de concertation de la part du ministère de l’éducation nationale. « On ne sait pas pourquoi ces décisions sont prises, dans quelles conditions ni comment elles ont été négociées. S’agissant de la politique de Jean-Michel Blanquer, on ne parle que d’expérimentations sur l’éducation prioritaire ou d’autres sujets. »

Le sociologue rappelle que l’enseignement privé sous contrat – 95 % des établissements relèvent de l’enseignement catholique – ne forme pas un ensemble homogène. Certains établissements privés sont en effet situés dans des zones d’éducation prioritaire ou des quartiers politiques de la ville, recrutent un public parfois plus populaire que certains établissements publics, mais il ne faut pas s’y tromper.

« L’enseignement privé est stratifié, on y retrouve des établissements très élitistes, d’autres avec des élèves en grande précarité sociale et scolaire. Certains récupèrent même des élèves refusés par l’enseignement public. Ce qui en fait des établissements ségrégués mais non mixtes. Lorsque l’enseignement privé se targue de faire de la mixité sociale, il cite ces établissements minoritaires mais, globalement, il est bien moins mixte que l’enseignement public. »

De son côté, Jean-Yves Rochex, professeur émérite de sciences de l’éducation à l’université Paris 8, spécialiste de l’éducation prioritaire, considère que ce rapprochement était annoncé. Un collège privé de l’académie de Caen avait déjà été intégré dans les territoires éducatifs ruraux.

« D’abord ça commence, on ne sait pas comment ça continue. L’enseignement catholique veut émarger au budget de l’éducation nationale via les CLA, réclame des budgets aux collectivités locales pour la cantine au nom de la mixité sociale. Or l’enseignement privé est bien moins mixte socialement que le public. Ce qui se joue au-delà de cette fleur à l’école privée, c’est un pas de plus dans une politique de plus en plus libérale. Il n’y a pas de rapports sociaux au-dehors et au-dedans de l’Éducation nationale, il n’y a que des consommateurs. »

Aux yeux du secrétaire général de l’enseignement catholique, les investissements accordés dans le cadre des CLA sont « significatifs » et celui-ci se réjouit que cela « [puisse] aider des jeunes à se mettre en route et à prendre confiance en eux-mêmes, s’il est encore trop tôt pour dire ce que cela va donner ». Pour Philippe Delorme, l’enseignement privé prend sa part en termes de mixité sociale et, à ce titre, devrait être soutenu par l’État. Il assure qu’il pourrait aller plus loin pour accueillir des familles en difficulté si des subventions étaient données aux établissements pour financer la restauration scolaire, un important poste de dépenses. « C’est une injustice et un frein à la mixité sociale. »

De son côté, le Comité national d’action laïque, le Cnal, est sévère vis-à-vis de ce rapprochement et dénonce dans un communiqué publié le 28 septembre « la logique clientéliste » qui « a une fois encore pris le dessus à l’occasion de la réforme de l’éducation prioritaire ».

Un peu plus loin, il écrit : « Ici, le lobbyisme des réseaux d’écoles religieuses conduit à une brèche qui va alourdir le financement public des établissements privés. » Jean-Yves Rochex partage ce point de vue. « C’est encore homéopathique mais c’est un galop d’essai. Les ressources budgétaires ne sont pas illimitées et forcément, à un moment, cela pèsera sur les financements du public. »

Choukri Ben Ayed pointe également les pratiques très actives de lobbying de l’enseignement privé pour obtenir des moyens de l’État de toutes les manières, y compris « en jouant sur la carte sensible de la précarisation de certains de ces publics, même minoritaires, mais pour mieux sauvegarder son statut. Il s’agit clairement d’une stratégie de diversion ».

Le Cnal reproche au privé de bénéficier de crédits qui auraient pu être alloués au public, notamment aux écoles orphelines, ces écoles isolées non liées à un collège. « Ainsi, la célérité du ministère à voler au secours d’établissements privés dans le cadre des CLA contraste avec son inaction à contrecarrer les effets délétères de l’effet d’aspiration des élèves issus de familles favorisées, par des écoles et collèges privés sous contrat, dans chaque petite, moyenne et grande ville. » Enfin, le Cnal se plaît à rappeler que Blanquer, qui se veut le chantre de la laïcité dans ce gouvernement, se trouve soudain moins regardant face à cette incursion de l’enseignement privé catholique.

Le secrétaire général de l’enseignement catholique refuse de réagir à ces mots et de rentrer dans le « débat stérile » avec les opposants à cette ouverture au privé. « D’un côté, on nous dit que nous sommes fermés, et de l’autre, si on s’ouvre, on nous le reproche… »

Plus largement, Choukri Ben Ayed considère qu’une telle expérimentation interroge le statut de l’enseignement privé lui-même. Depuis longtemps, les sociologues ont établi que la motivation première des familles pour scolariser leurs enfants est la concurrence avec le public. Le sociologue s’interroge : « À force de mener des négociations avec l’enseignement privé sous contrat, on peut se demander si ce statut a encore un sens. Je pense que non. Il est largement financé par l’État, c’est comme si un concurrent donnait à un autre concurrent les moyens de le combattre, c’est ubuesque. »

Choukri Ben Ayed se demande alors si le ministre ne devrait pas sauter le pas et unifier les statuts puisque les familles jonglent déjà entre privé et public : « À force de financements publics, de conventions qui se multiplient, le temps n’est-il pas venu de l’intégration de l’enseignement privé dans l’enseignement public avec des statuts identiques, y compris concernant la carte scolaire ? »

En son temps, François Mitterrand a essayé. Il voulait créer un service public unifié et laïque de l’Éducation nationale, ce qui a occasionné les grandes manifestations de 1984 qui l’ont conduit à retirer la loi Savary. Mais aujourd’hui, la situation n’est pas identique. Le sociologue considère que l’enseignement privé ne peut pas jouer sur tous les tableaux. Le statut du privé est particulièrement enviable en France tout en s’affranchissant de certains points comme la sectorisation.

Cela ne l’empêche pas de « réclamer les deniers de l’État, bénéficier de labels étatiques, et en même temps s’exonérer des règles de l’enseignement public. L’argument d’établissements privés “pauvres” qui justifieraient de nouveaux moyens est très habile, mais il ne contribue qu’à cacher la réalité de l’enseignement privé au recrutement plutôt élitiste et malthusien. »

Pour le spécialiste de l’éducation prioritaire Jean-Yves Rochex, cette nouvelle architecture de l’éducation prioritaire n’augure rien de bon, et est même inquiétante, déjà par son pilotage local.

Les CLA sont menés par chaque recteur. Et ce sont des contrats noués avec des établissements, ce qui met en péril tout le travail inter-degrés et en réseaux. Pour lui, il y a dans ce mode de fonctionnement une notion de pilotage direct par les autorités rectorales, par résultats. Les spécialistes le soulignent : le pilotage local dans l’éducation prioritaire est une mauvaise idée, car il laisse place aux arbitrages opaques.

Dans les années 1980 par exemple, les recteurs choisissaient les zones d’éducation prioritaire. La Seine-Saint-Denis en avait alors très peu, au contraire de la Nièvre, le département de François Mitterrand, alors président de la République.

Pour Jean-Yves Rochex, cette expérimentation montre enfin que l’enjeu d’égalité et le rejet de la méritocratie individuelle qui sous-tendent l’éducation prioritaire sont balayés par Jean-Michel Blanquer et Nathalie Elimas. Pour lui, ces petites offensives s’inscrivent dans un continuum de privatisation et de marchandisation de l’école publique. Et de citer en exemple la brèche ouverte par le président de la République lors de son discours à Marseille, début septembre.

En effet, Emmanuel Macron a annoncé qu’à la rentrée 2022, dans 50 écoles de la ville, des directeurs d’école pourront choisir leur équipe pédagogique autour d’un projet innovant, aides financières à la clé pour les enseignants, comme le prévoit la loi Rilhac, examinée en ce moment en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. Pour Jean-Yves Rochex, là encore, les parents et leurs enfants vont devenir les consommateurs d’une école de plus en plus libérale.

À terme, explique encore le professeur en sciences de l’éducation, les conséquences ne peuvent être que l’exacerbation de la concurrence. « Les uns seront assignés à des boutiques de riches et les autres à des officines de pauvres. Les établissements huppés et efficaces auront les meilleurs enseignants et les autres auront, au mieux, juste appris le socle minimum, au pire, les internats de réinsertion sociale. C’est un puzzle dont on verra le résultat à la fin. »

 

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