Les (R)évolutions du Sup

Sans la neige ils auraient été 500. Plus de 300 membres de RenaSup, venant d’établissements catholiques proposant des formations post-bac, ont réussi à rallier Sainte-Marie d’Antony (92), le 7 février 2018.
Yves Ruellan et Jean-Marc Petit, respectivement président et délégué général de RenaSup ont placé cette journée sur le thème de l’universitarisation. Si ce phénomène  peut inquiéter, il recèle aussi des opportunités d’innover, en s’appuyant sur une logique de réseau.

Jean-Marc Petit et Yves Ruellan, délégué gal et pdt de RenaSup avec Gérard Pignault, dir. du CPE de Lyon, Dominique Vermersch, Recteur de l'UCO d'Angers et Pascal Balmand, secrétaire gal de l'enseignement catholique.

Décrypter ensemble le paysage en mutation de l’enseignement supérieur… et s’y adapter en se serrant les coudes. C’était l’objectif de la journée du 7 février dédiée aux (R)évolutions du supérieur. Son organisateur, RenaSup, qui regroupe plus de 500 lycées catholiques proposant des formations post-bac y a réuni, devant plus de 300 chefs d’établissement du réseau, tous les acteurs de l’enseignement supérieur catholique : l’Udesca, qui regroupe cinq instituts universitaires, la Fesic, fédération d’une trentaine de grandes écoles, l’Union des nouvelles facultés libres et le Cneap pour l’enseignement agricole… « C’est un beau roll-up de nos logos… à faire vivre par des collaborations démultipliées » a invité Yves Ruellan, président de RenaSup. D’autant que le contexte se tend : alors que l’université publique conserve le monopole de la diplomation, l’offre en bachelors et en officines privées à but lucratif connaît une forte inflation. « C’est une responsabilité collégiale que d’élargir l’offre de poursuites d’études pour les 70 000 étudiants du réseau RenaSup », poursuit Jean-Marc Petit, délégué général de la structure.

Pour relever ce défi, les acteurs s’accordent sur la nécessité de renforcer le « partage stratégique », selon les termes de Philippe Choquet président de la Fesic. Des classes prépa s’adossent déjà à certaines écoles d’ingénieur de cette fédération tandis que la Catho de Toulouse a rendu diplômant quelques cursus de l’Institut Limayrac.
Laurent Péridy vice-recteur de l’Université Catholique de l’Ouest, a toutefois insisté sur la difficulté à harmoniser les référentiels de BTS, d’IUT et de licence. Il a aussi évoqué les les master MEEF comme lieu possible d’une réflexion qui articulerait promotion du métier, formation initiale et continue.

Un autre frein à la continuité des parcours au sein de l’enseignement supérieur catholique reste le prix relativement élevé de ses instituts et Grandes écoles qui ne relèvent pas la loi Debré. Faiblement conventionnés, ils demandent en effet des contributions bien plus importantes aux familles que les lycées. Ils accueillent certes près de 30% de boursiers. D'autres pistes ont été évoquées pour alléger l’investissement financier que peut représenter le supérieur. L’Institut catholique de Paris propose par exemple aux étudiants du BTS Information-Communication du lycée parisien Carcado-Saisseval des modules de renforcements qui peuvent s’ouvrir sur une troisième année de licence en tarif préférentiel.
Porté conjointement par la Fondation Saint-Matthieu et Renasup, le programme « Ascension Sup » peut aussi apporter un soutien financier. L’alternance représente enfin à tous les niveaux un levier de démocratisation à développer.

Booster l’apprentissage avec le Cnam

Le Conservatoire national des arts et métiers, institution publique qui milite pour la démocratisation de l’accès aux diplômes, s’avère un partenaire intéressant pour co-construire des cursus originaux en alternance. Jacques Pelhâtre, directeur du lycée Saint-Aspais, de Melun a ainsi présenté la licence informatique qu’il propose avec le Cnam en contrat de professionnalisation ou en apprentissage : « Elle génère d’autres projets, toujours inspirés des besoins économiques du territoire, tels qu’une licence RH ou un titre d’architecte numérique. Cette dynamique, relayée dans les quatre collèges catholiques du secteur, a renforcé l’attractivité du lycée professionnel. »

Par ailleurs, malgré les difficultés rencontrées dans certaines régions, le conventionnement avec des universités publiques peut aussi fort bien fonctionner. C’est ce que démontre le partenariat engagé entre l’université de Nice-Sophia-Antipolis et le lycée Stanislas de Cannes, grâce auquel l’établissement a pu compléter son offre de BTS et de prépa d’une 3è année de licence ouverte à des profils très variés. Elle débouche sur une grande école ou sur l’un des masters sélectifs de l’université. Son vice-président Marc Dalloz plaide pour que les deux univers se rencontrent. L’explicitation des attendus universitaires qu’a mis en place avec Parcousup peut offrir cette occasion d'échanger, par exemple lorsque des universitaires donnent des cours de droit à des lycéens : « Dans un contexte d’évolution profonde du monde universitaire avec des regroupements d’établissements et des financements sur appels à projet, certaines universités recherchent de nouvelles implantations territoriales et s’intéressent à toute proposition de co-construire un projet allant dans ce sens ».

Conventionnements

Ces coopérations s’avèrent incontournables pour tous les établissements désireux de s’impliquer dans les dispositifs de remise à niveaux prévus par Parcoursup.
Les conventionnements sont aussi indispensables aux cursus STS et aux nouveaux diplômes sur 3 ans ayant grade de licence (Economie sociale et familiale, Art design). Des partenariats peuvent aussi se nouer à l’étranger comme les bachelors internationaux proposés dan le réseau avec l’université anglaise de Coventry.
Présent en duplex le 7 février, Bernard Tremblay, directeur des Cégeps, a présenté ce réseau d’établissements supérieurs québecois qui propose conjointement des cursus techniques et des parcours pré-universitaires, avec un tronc commun facilitant les découvertes et réorientations.
Leurs MOOCs certifiant pourraient beintôt être préparés de manière encadrée dans des établissements de RenaSup.

« Ouverture, innovation souplesse »

Dans tous les cas de figure, dans un paysage post-bac en profonde mutation, il y a un impératif « d’ouverture, d’innovation et de souplesse », a résumé Jean-Pierre Raman, président du comité des sages de RenaSup. Il s’agit par exemple de décloisonner les formations, sécuriser les parcours par des système d’équivalence (ECTS, titres certifiant, diplômes intermédiaires). On peut aussi diversifier les cursus en combinant des licences généralistes avec des formations professionnelles. Mixer les publics en formation initiale, apprentis et formation continue serait aussi un plus, mais cela requiert un assouplissement du statut des enseignants contractuels…

À la croisée des chemins, nombre de voies semblent ouvertes vers un « enseignement supérieur utile et spécifique » selon les termes de Pascal Balmand, secrétaire général de l’enseignement catholique. Ce dernier a salué les « convergences de fond sur le projet éducatif que le comité de liaison de l’enseignement supérieur catholique avait permis de dessiner grâce au rôle moteur de RenaSup. » Et le moteur n’en a pas fini de carburer !

ParcourSup et son impact sur l’orientation

Des élèves de terminale un peu inquiets de se faire recaler à l’entrée à la fac… et très peu au fait des alternatives existantes. Des professeurs plutôt favorables à l’évolution dessinée par ParcourSup mais conscients de la responsabilité majeure qu’elle leur assigne : accompagner et commenter les choix d’orientation en tenant compte des résultats mais aussi de la motivation et des compétences extra-scolaires de leurs élèves… C’est le paysage brossé par les interviews d’élèves et d’enseignants filmées par RenaSup.

Interrogé par Jean-Marc Petit, délégué général de RenaSup, Xavier Turion, adjoint au directeur général de l’enseignement scolaire, a confirmé que « des textes allaient inscrire dans le marbre le rôle prépondérant des enseignants en matière d’orientation ». cela sera renforcé par la réforme du lycée qui introduirait un horaire dédié à l’accompagnement dans l’emploi du temps. Il a assuré que ce domaine serait la priorité du plan de formation des maîtres en cours d’élaboration : « Des outils numériques sont déjà à disposition ainsi qu’un MOOC Magister accessible aux enseignants du privé avec leur identifiants académiques tandis que 125 000 personnes ont suivi cette année une action dans ce domaine ».
De son côté RenaSup prépare, avec Formiris, la sortie prochaine d’un SPOC,
Il s’agira d’une déclinaison du Mooc déjà accessible au grand public. Sur inscription, il proposera bientôt à des enseignants personnels OGEC et parents engagés dans les BDI une de véritables cursus de formation scénarisés. En plus de ses aspects généralistes, il présentera les spécificités de l’enseignement supérieur catholique.

 

Suivre aussi l'actualité des réformes du bac et du lycée sur le site de RenaSup

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