Redéployer la dimension pastorale

Les ADP se sont retrouvés à Paris les 18 et 19 mars derniers pour interroger à frais nouveaux la dimension pastorale de l’éducation. Des réflexions riches qui nourriront le texte d’orientation en préparation Faire de l’École une pastorale.

Sylvie Horguelin

Joseph Herveau, en charge de l'animation pastorale au Sgec - SH

« Il nous faut résister à une double tentation, a lancé Mgr Ricard, en ouverture de la session de printemps des Adjoints diocésains en pastorale (ADP) qui s’est tenue au Secrétariat général de l’enseignement catholique (Sgec) en mars dernier. La première consiste à réduire l’évangélisation à la seule présence de la catéchèse, aux moments de proposition explicites de la foi et aux temps de célébration (…) alors que la formation intégrale des enfants en est une composante à part entière. La deuxième à la réserver à des établissements catholiques pour catholiques qui cultivent l’entre-soi social et religieux. »

Le président du Conseil épiscopal pour l’enseignement catholique a souligné le défi que l’École catholique se doit de relever : une éducation intégrale, proposée à tous les jeunes, qui prend en compte toutes les dimensions de la personne.

Cela n’exclut pas bien sûr une proposition de la foi « car les valeurs humanistes auxquelles nous faisons référence sont comme des fleurs coupées dans un vase », a-t-il ajouté en citant Paul Ricoeur.
Puis, le père Christophe Raimbault, enseignant à l’Institut catholique de Paris, a enraciné dans l’ensemble du récit biblique la proposition de Salut que Dieu fait à l’homme et qui concerne toute sa personne, en vue de son plein accomplissement dans le Christ, « l’Adam nouveau ». Autant d’éléments de réflexion qui nourriront le nouveau texte d’orientation Faire de l’École une pastorale auquel travaille Joseph Herveau, responsable national de l’animation pastorale au Sgec.

Autre intervenant de cette session très riche, le théologien François Moog qui a fait remarquer que « le mot “pastoral” n’est jamais utilisé dans le Statut de l’enseignement catholique comme un substantif (la pastorale) mais toujours comme un adjectif, pour de ne pas avoir à répondre à la question : “Qu’est-ce que la pastorale ?” ». Isoler cette dimension conduit à la couper du reste de la proposition éducative. Afin d’éviter cet écueil, il convient donc de repartir du concept d’éducation intégrale, élaboré par Jacques Maritain (1882-1973) et repris au concile Vatican II. Selon ce philosophe français, la modernité a dissocié méthodes pédagogiques et finalité éducative. Or « la tâche principale de l’éducation est avant tout d’aider au développement dynamique par lequel l’homme se forme lui-même à être un homme », écrit Maritain. « Derrière, il y a une anthropologie résumée dans personnalisme qui part du principe que la personne n’est pas un objet », a développé François Moog. Cela nous renvoie à la dignité de la personne qui est un acte de foi des chrétiens ».

Enfin, le théologien a invité les enseignants à transformer « les connaissances en sagesse de vie ». Affirmer la dimension pastorale de l’éducation, « c’est donc accepter d’entrer dans un chantier éducatif et pédagogique où l’on se sert de l’évangile comme d’une ressource ! », a-t-il déclaré aux participants.
« La principale question de notre temps réside dans le choix entre fragmentation ou unification par le sens », a conclu Pascal Balmand. Or les chrétiens sont bien outillés pour y répondre, a affirmé le secrétaire général de l’enseignement catholique. Leur culture du « tout est lié » leur permet en effet « d’apporter quelque chose de beau et d’utile à l’École ». Pour mobiliser la communauté éducative autour de cet enjeu, Pascal Balmand a invité les ADP à prendre davantage en compte les adultes pour les faire cheminer. Ce fut le cas lors des dernières Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) qui ont vu un petit groupe d’éducateurs de l’enseignement catholique s’envoler pour le Panama. Une expérience féconde à renouveler sous d’autres formes dans les diocèses.

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