La bienveillance scolaire contre le décrochage - Enseignement Catholique

La bienveillance scolaire contre le décrochage

L'enseignement catholique continue à s'investir dans le domaine du raccrochage et dans la prévention du décrochage, notamment en travaillant à renforcer la bienveillance scolaire. Une voie qu'un séminaire organisé par le ministère le 14 novembre dernier a justement engagé à approfondir.

Des lycées catholiques pour raccrocher

Décrochage-LND

L’enseignement catholique contribue à accompagner le déploiement de structures de la deuxième chance.

Ainsi, l'association des Lycées Nouveau départ rassemble dix établissements catholiques accompagnant les jeunes décrocheurs jusqu'au baccalauréat, à travers la France. Créée en 2001 sous l'appellation « Association des Lycées du Soir », elle a changé de nom l'an passé : « À l'origine, les Lycées du Soir accueillaient des personnes en activité souhaitant passer le bac pour évoluer professionnellement. Progressivement, le public a changé, avec beaucoup de jeunes adultes en décrochage scolaire ou en réorientation vers les filières générales et technologiques. Dans l’ensemble, les cours ne se déroulent plus le soir», indique Emerik Flamment, directeur du Lycée Nouveau départ de Sainte-Agnès, à Angers, et président de l'association.

Certains de ces établissements accueillent jusqu'à une centaine d'élèves, d'autres une dizaine. Comme les effectifs, les filières proposées varient d'un lycée à l'autre (L, ES, S, STMG, ST2S). L'association vise à promouvoir le partage d'expérience entre les établissements ayant entrepris ou souhaitant s'engager dans cette démarche.

 

Le site de l'association des lycées Nouveau départ

 

Le rôle de prévention et d'accompagnement des Mijec

À noter que, du côté de la prévention du décrochage et d'accompagnement des jeunes et des équipes qui y sont confrontés, les missions d’insertion des jeunes de l’enseignement catholique (Mijec) poursuivent et intensifient leur action.

Leur expertise et leur vision globale d'un territoire en font des appui précieux pour les nouveaux dispositifs qui se lancent un peu partout en territoire.

 

Nouvelle chance

Campus Ozanam

Depuis la rentrée 2014, le Lycée de la Nouvelle chance, installée sur le campus Ozanam de Lille, prépare de jeunes décrocheurs à passer le bac. Une initiative portée par la direction diocésaine, à l'aide de sept établissements catholiques.

Micro-lycées

Par ailleurs, les Jésuites ont choisi de décliner un dispositif similaire appelé « Micro-lycée » à Saint-Joseph-de-Tivoli, à Bordeaux, à Saint-Jospeh, à Avignon, et à Saint- Marc, à Lyon.

La force du réseau

Les initiatives de prévention du décrochage gagnent à s’appuyer sur des partenariats locaux pour croiser les regards et diversifier les propositions. Exemple avec la collaboration entre la direction diocésaine de Nanterre et l'association du Valdocco.

Dans le même esprit, le Cerfal, réseau d’apprentissage d'Ile de France, propose des pacours Booster de formation et de stage de mars à juin, pour accompagner les jeunes vers l'apprentissage, en s'appuyant sur la diversité des formations proposées au sein des CFA d'Ile-de-France.

Son souci de bienveillance scolaire fait de l'enseignement catholique un acteur précieux de la lutte contre le décrochage

Isabelle Petitprez, professeur d'histoire-géographie, donne un cours aux élèves de la filière ES - © C. Léger
Isabelle Petitprez, professeur d'histoire-géographie, donne un cours aux élèves de la filière ES - © C. Léger

Les effectifs de jeunes français décrochant des études sans qualification seraient descendus sous la barre des 100 000, selon les chiffres avancés par la ministre Najat Vallaud Belkacem qui organisait, le 14 novembre, un séminaire en forme de bilan du plan de lutte contre le décrochage engagé à l’automne 2014.

Bien que les indicateurs statistiques, récemment modifiés par le ministère, prêtent à discussion, ces 10 000 décrocheurs annuels en moins en deux ans viennent confirmer une tendance de fond. Un rapport de la Cour des comptes de janvier 2016 faisait en effet déjà état d’une baisse du flux de décrocheur depuis 2009. Face aux 140 000 jeunes décrochant alors chaque année, l’institution scolaire a commencé à s’emparer du problème. Aujourd’hui, deux tiers des solutions proposées aux jeunes décrocheurs, proviennent des plateforme partenariales mises en place par l’Éducation nationale. Les dispositifs de remédiation et de reprises d’étude spécifiques se développent également (lire ci-dessous)

La prévention du décrochage passe aussi par le souci de valoriser des compétences non scolaires mais socialement précieuses,
de promouvoir une école bienveillante, attentive à ouvrir des trajectoires épanouissantes à chaque jeune.»

« Une bonne nouvelle, commente Jean-Marc Petit, chargé de l'orientation au Sgec même si, au delà des dispositifs, la réflexion autour du décrochage doit aussi inciter l'école à interroger les formes scolaires et l'inciter à innover, afin de mieux prévenir le phénomène. L’importance accrue donnée à la mission partagée de l’aide à l’orientation des jeunes doit y contribuer. C’est le sens du Parcours Avenir comme des possibilité de réorientations entre filières favorisées depuis 2010 par la réforme du lycée et en classe de seconde professionnelles depuis l'an dernier aussi. De nombreux établissements catholiques ont aussi le souci de valoriser des compétences non scolaires mais socialement précieuses, promouvoir une école bienveillante, attentive à ouvrir des trajectoires épanouissantes à chaque jeune.»

Ce constat rejoint d'ailleurs celui dressé par les universitaires qui se sont exprimés lors du séminaire du 14 novembre. Ils ont aussi insisté sur l'importance de proposer une grande variété de solutions locales, à condition de veiller à améliorer leur coordination et leur articulation, gros point noir du pilotage de la lutte contre le décrochage.

L’enseignement catholique porte un plan triennal de lutte contre le décrochage scolaire en mettant en avant pour ses élèves le droit au redoublement, le droit au retour en formation mais aussi le droit à un congé scolaire pour faire une pause en entreprise ou en service civique avant de reprendre le chemin de la scolarité. Au micro de RCF, Jean-Marc Petit, délégué général de Renasup détaille le dynamique engagée.

Le plan de lutte contre le décrochage 2014-2017

Le droit à un congé scolaire
le PAFI, "parcours aménagé de la formation initiale" est généralisé depuis la rentrée 2016. Il permet aux jeunes en voie de décrochage de faire une pause, dans le cadre d’un stage en entreprise ou d’un service civique, puis de reprendre leur scolarité. Ce dispositif pourrait être étayé par un partenariat signé le 14 novembre entre le ministère et l'association C'Possible. Cette dernière réunit des dirigeants et anciens dirigeants d'entreprises, oeuvrant à rapprocher les jeunes du monde professionnel, qui pourraient accompagner les stages de jeunes en difficulté.

Le droit au redoublement
Depuis la rentrée 2016, les recalés au baccalauréat, au brevet de technicien ou au CAP, peuvent désormais faire valoir leur droit à redoubler une fois dans leur établissement. Ce retour est facilité par la possibilité de conserver les notes d’examen supérieures à la moyenne et d’aménager la scolarité. Alors que jusqu’à présent, seuls trois élèves de lycée professionnel sur dix ayant raté le bac repassent l’examen, cette disposition pourrait inciter 40 000 jeunes à retenter leur chance.

Le droit opposable au retour en formation
Quelque 26 000 décrocheurs ont repris une formation initiale dans le cadre du nouveau droit au retour en formation, généralisé à la rentrée 2015 à tous les 16-25 ans ayant abandonné leurs études prématurément. Certains ont intégré les 1700 places crées à ce jour dans 47 structures de rattrapage. D’autres on repris une formation via la plateforme Internet reviensteformer.fr.
En cette rentrée 2016, des bourses de reprise d’études d’un montant de 600 euros annuels seront attribuées, sur critères sociaux, à des jeunes âgés de 16 à 18 ans s’inscrivant dans un parcours de retour en formation.

Les textes réglementaires du droit au retour en formation

La loi du 8 juillet 2013 pour la refondation de l’École de la République précise que «Tout jeune sortant du système éducatif sans diplôme bénéficie d’une durée complémentaire de formation qualifiante qu’il peut utiliser dans des conditions fixées par décret. Cette durée complémentaire de formation qualifiante peut consister en un droit au retour en formation initiale sous statut scolaire.»

Formation professionnelle des jeunes sortant sans qualification professionnelle du système éducatif dans le décret n° 2014-1454 du 5 décembre 2014.

Durée complémentaire de formation qualifiante prévue à l’article L. 122-2 du code de l’éducation dans le décret n° 2014-1453 du 5 décembre 2014.

La bourse de retour en formationArrêté du 19 août 2016 publié au Journal Officiel du 21 août 2016 (cliquez ici pour y accéder)

Les Chiffres du décrochage

Un flux en baisse
140 000 décrocheurs par an en 2010
110 000 en 2014
107 000 en 2015
98 000 à la rentrée 2016

Un bon classement en Europe...
Avec 9.3% de décrocheurs chez les 18-24 ans, la France est en dessous de l'objectif européen fixé à 10% pour 2020, ex æquo avec la Finlande et devant l'Allemagne ou le Royaume Uni.

...mais au final,
plus de jeunes sans solution

On les appelle les Neets pour "Not in Education, Employment or Training", à savoir ni étudiant, ni employé, ni stagiaire. Et la France, du fait de son taux de chômage élevé, reste championne en la matière, comme le montre une étude de l'OCDE publiée en octobre 2016 : Avec 16.6% de Neets, la France compte plus de jeunes sans solutions que le Royaume Uni (13.6), l'Allemagne (8.8%) ou les Pays Bas (7.8%).

Un coût social élevé
Chaque décrocheur coûterait 230 000 € à la collectivité sur toute sa vie.

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