Pour que « chacun se sente chez lui chez nous » - Enseignement Catholique

Pour que « chacun se sente chez lui chez nous »

L’année scolaire 2017/2018 se terminait à peine qu’une centaine de participants préparaient – à l’invitation de l’ISFEC/AFAREC Ile de France- le « climat » de la rentrée 2018 en travaillant plus particulièrement sur le thème « bienveillance et exigence au service de l’apprentissage et de l’éducation ». Une session qui, croisant regards d'experts et paroles de jeunes, a mis en évidence de nombreuses convergences.

Nicole Priou

 

Sophie Genès, directrice de l'Isfec/afarec donne la parole à des lycéennes pour nourrir la réflexion.

Le climat était au menu de la formation organisée début juillet par l'Isfec/afarec Ile de France. Le ton des échanges au cours des pauses, quelques réflexions saisies à la volée et les applaudissements nourris de fin de session témoignaient de l’intérêt des participants pour ces deux journées riches et denses.

Trois conférences, trois temps d’ateliers, deux tables rondes : un menu particulièrement équilibré permettant de croiser points de vue des acteurs et résultats de recherche dans une interpellation réciproque féconde.

L’une des grandes réussites fut sans conteste la table ronde introductive permettant d’entendre Camille et Maeva, deux élèves de 1ère, témoignages complétés par des interviews vidéo d’élèves d’école maternelle et élémentaire.

Le prof idéal ?
Un prof berger, plutôt respecté que craint 

Invitées à partager avec l’assistance ce qui, de leur point de vue, créait des conditions favorables aux apprentissages ou au contraire y faisait écran, les lycéennes ont parlé sans langue de bois pointant non sans humour à quel point le monde des profs vu des bancs de la classe apparait souvent comme « une ethnie à part » dont on se dit parfois « ce n’est pas possible qu’ils aient une vie sociale » ! Leur prof idéal ? un prof « berger » « plutôt respecté que craint » « qui a plaisir à être là », donne ainsi envie de « s’engager dans les apprentissages ». Il est garant de l’ordre, pose rapidement des limites, occupe sa place d’adulte. Il instaure une relation de confiance, sait établir une relation personnalisée avec chaque élève, créer un climat de solidarité et « on n’a pas envie de le décevoir ».

Le climat peut se dégrader par contre si « les profs contribuent à la concurrence entre les élèves », s’ils « ne prennent pas en considération chacun et chacune», s’ils manifestent un manque de conviction et d’engagement, s’ils pratiquent « une évaluation dépréciative et non explicitée » (le « sans commentaires »accompagnant une mauvaise note ne passe pas).
Il était frappant de retrouver dans l’intervention de la chercheuse Agnès Florin, des remarques recoupant les propos des lycéennes notamment sur l’incidence des pratiques d’évaluation, de coopération, d’accompagnement et de soutien comme décisives dans le rapport positif ou négatif que les élèves entretiennent à l’école.

 

« Les bonnes intentions doivent être outillées »

Intervenant le second jour sur le thème « Faire place aux différences pour construire du commun » Pascal Balmand a rappelé, en introduction, que la vocation de l’enseignement catholique a toujours été « d’essayer d’identifier les besoins pour y répondre de façon spécifique ». À ses yeux l’urgence, aujourd’hui , c’est « un besoin vital de liens » face à une société éclatée. Comment faire de l’enseignement catholique un « laboratoire de fraternité » en évitant l’écueil de la « gentillesse molle ». Penser la bienveillance dans cette logique c’est viser « la construction progressive d’une expertise collégiale »car « les bonnes intentions doivent être outillées ». Sans jamais oublier l’hospitalité « principe non négociable de priorité aux plus faibles » afin que « chacun se sente chez lui chez nous ».

Des marges de manoeuvre à saisir

 Quatre participants invités à exprimer au cours d’une table ronde ont insisté à tour de rôle sur la nécessité de passer d’une posture de « plainte à l’égard des réformes à la recherche de ce qu’il peut y avoir de bon à prendre pour avancer ». Ils ont évoqué le poids des mots tant pour valoriser l’autre que pour s’indigner et « ne rien lâcher » face à ce qu’on juge intolérable dans certains propos tenus sur des élèves . Ils rappelaient l’importance de la bonne humeur et la nécessité de temps collectifs pour « déposer ce que l’on vit en classe au-sein de la communauté éducative et dénouer les choses ou partager les perles ».
Des deux interventions très intéressantes de Benjamin Moignard sur « les nouvelles pratiques éducatives » on retiendra deux interpellations. Des enquêtes montrent qu’Interrogés sur le climat scolaire les différents acteurs de l’école se montrent assez satisfaits des relations avec les élèves et beaucoup plus critiques sur les relations entre adultes . Lorsque le climat se dégrade ne conviendrait-il pas d’examiner ce qui se vit entre adultes dans l’établissement tout autant que ce qui se vit avec les élèves ? Les enquêtes réalisées révèlent aussi que les enseignants ont du mal à occuper leur statut de cadre avec ce qu’il suppose de prise d’initiative, de risque, de responsabilité. Un constat qui rejoint le questionnement déjà ancien de Philippe Perrenoud sur la « prolétarisation » possible du métier si les enseignants ne se positionnent qu’en « exécutants ». Les textes officiels prescrivent, certes, mais des marges de manœuvre existent et sont bien peu investies : des pistes pour 2018 ?

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