Les référents numériques en questionnement - Enseignement Catholique

Les référents numériques en questionnement

Les 24 et 25 novembre, les référents numériques de l’enseignement catholique se sont réunis par visioconférence pour faire le point sur leurs pratiques depuis la première expérience d’Ecole à distance du printemps dernier.

Noémie Fossey-Sergent

 

Une vingtaine de référents numériques et d’organismes de formation ont participé les 24 et 25 novembre derniers aux 2 jours du numérique, organisés à distance par Mickaël Gac, chargé de mission au sein du département Education du Sgec.


Bilan du premier confinement

Après un rapide retour sur les Etats généraux du numérique du ministère de l’Education nationale, les participants ont partagé, lors d’un premier atelier, leurs observations et leurs réflexions sur ce que le premier confinement a bousculé en termes de pratiques numériques. Pour Marie-Chantal Daniel, responsable de formation pour la Présentation de Marie, « cela a fait évoluer les gens à une allure folle. Il y a eu durant le premier confinement un enthousiasme mais qui est retombé aujourd’hui, on sent un abattement chez les enseignants ». Un avis partagé par François Jourdain, chef d’établissement d’une école à Tours : « Après un temps de sidération, des formations ont été lancées et la continuité éducative s’est mise en route mais il a été difficile de s’y remettre après les grandes vacances. » Selon Mohammad Valsan, de la direction diocésaine de Bourgogne, il y a un besoin d’homogénéiser les modes de fonctionnement : « Chez nous, il y a trois plateformes différentes pour déposer les activités des élèves, trois outils de visio différents… Nous n’avons pas eu le temps encore de prendre du recul pour uniformiser cela. »

Ce dernier a également observé que les différences en termes de compétences ont explosé parmi les enseignants : certains sont montés en compétence à vitesse grand V quand d’autres ont décroché : « Je vois, en formation, que les écarts sont énormes. » Patrick Lecointre, responsable de formation au CNFETP (Centre national de formation de l’enseignement technique privé) de Lille, a confié pour sa part que la transition s’était bien passée, entre autres parce qu’élèves et professeurs étaient déjà équipés de la suite Office et d’une messagerie professionnelle. Et ce grâce au choix fait à la rentrée d’utiliser un outil unique, Google class room, avec une journée pédagogique pour y former tout le monde.

Pour autant, cette expérience de l’Ecole à distance a révélé aussi plusieurs effets bénéfiques. Les participants ont évoqué : la façon d’évaluer, qui tend à être plus positive ; le lien avec les familles qui a changé favorablement ; la valorisation nouvelle des élèves dys ou à besoins éducatifs particuliers souvent habitués à maîtriser l’outil numérique.
Concernant les compétences numériques, un temps d’échange sur PIX a permis de faire le point sur le déploiement dans les établissements de cette certification et un webinaire complémentaire aura lieu le 1er mars prochain.

Favoriser la collaboration entre élèves

Répartis par groupe, les participants étaient ensuite invités à assister à un temps de témoignage, au choix sur trois sujets distincts. Parmi eux : celui d’Edith Georges, professeur d’histoire-géographie au collège Saint-Antoine, à Phalsbourg (Moselle), qui a présenté une activité qu’elle mène en classe de 6e pour favoriser la collaboration entre ses élèves. Par binôme, elle les fait travailler sur un corpus documentaire numérique en vue d’une présentation devant la classe, dans le but d’acquérir des compétences précises : créer un Powerpoint, capturer des images, écrire sur une diapositive, enregistrer le travail sur une tablette ou clé USB, l’envoyer sur sa messagerie...  L’enseignant peut voir ce qu’a réalisé chacun des élèves du binôme car les apports de chacun sont tracés dans l’historique des documents. Autres atouts du travail sur ordinateur relevés par les membres de cet atelier : il donne un effet propre et donc valorisant au document produit par les élèves, pas de blanco ou de découpage/collage approximatif ; il stimule la créativité en proposant l’insert de vidéos, la possibilité de faire des cartes heuristiques à plusieurs ; il permet de traduire une notion abstraite en concret via des outils 3D….

 

Un point sur l’intelligence artificielle ! 

Ces deux jours du numérique ont aussi été l’occasion de faire un point sur l’intelligence artificielle (IA) avec Arnaud Markert, enseignant d’éthique et de culture religieuse au collège épiscopal Saint-Etienne de Strasbourg (ALsace). Premier constat : l’IA est évoquée dans presque tous les programmes du ministère, ceux des matières scientifiques bien sûr, mais aussi en bac pro Economie-gestion, en humanités en terminale… mais « tous les enseignants en charge de ces matières savent-ils bien de quoi il s’agit pour pouvoir en parler ? », s’interroge Arnaud Markert. La majorité d’entre eux n’y sont pas formés.

Premier élément de définition : le terme « intelligence » en anglais ne recouvre pas exactement le même sens qu’en français. Il peut et sans doute doit être compris comme « investigation, recherche », pour Arnaud Markert pour qui l’idée selon laquelle l’IA remplacera bientôt l’humain est un mythe. « La machine ne fait rien de plus que ce que l’homme pourrait faire seul. Elle l’allège juste de tâches répétitives et qui lui prendraient un temps infini. Et l’IA a besoin de l’homme pour pouvoir progresser. Ce dernier étant limité et pouvant faire des erreurs, il en est de même pour la machine. » Une dimension qu’il ne faut pas oublier : ainsi si une IA est pertinente à 95 %, et fait donc 5 % d’erreurs, elle se sera trompée 50 millions de fois si on la sollicite 1 milliard de fois dans la journée ! Autre talon d’Achille de l’IA à garder en mémoire : elle n’a pas la notion de valeur et ne se pose pas la question du sens. Elle est ainsi incapable de déterminer si un humain est plus important qu’un chat par exemple. D’où le rôle essentiel de l’homme dans les données qu’il fournit à la machine : si celles-ci sont biaisées, la machine les assimilera ainsi. « Aux USA, une machine n’avait ainsi pas reconnu une personne noire comme humaine car elle n’avait appris à déceler ses caractéristiques que sur des visages blancs ou hispaniques ! », illustre l’enseignant. Ce dernier prône donc un « apprentissage machine supervisé » et qui s’appuie sur une approche « algor-éthique ». Pour rendre la machine non seulement intelligente, mais aussi morale.

Un nouveau document
pour gérer ses visios

En lien avec de nombreux partenaires, le Sgec a élaboré lors du premier confinement un guide intitulé « Les clés d’une visio réussie : garder la proximité dans la distance », désormais disponible gratuitement sur la boutique en ligne de l'enseignement catholique. Il comporte des fiches pratiques à destination des animateurs de webinaires, visio pour des groupes de 3 à 40 participants.

 

Prochain RDV: Webinaire sur PIX le 1er mars

Partagez cet article

X