L’École inclusive tisse sa toile

La session des responsables ASH a permis de pointer le potentiel de transformation éducative de la dynamique inclusive et mis en évidence des convergences avec les orientations ministérielles. De bons signaux qui viennent étayer la structuration d’un réseau en pleine évolution.

 

Le réseau de l’École inclusive de l’enseignement catholique continue à tisser sa toile. Une cinquantaine de ses coordinateurs ont remis l’ouvrage sur le métier, lors de la session annuelle de formation proposée à l’ECM, du 10 au 13 décembre 2018. Au fil de nombreux ateliers, ces participants ont co-construit une plateforme en ligne agrégeant le fruit de leurs productions à celles déjà réalisées l’an dernier. L’objectif : « élaborer un commun qui permette d’outiller le réseau dans une logique de mutualisation, qui dresse un état des lieux d’un paysage en profonde évolution et qui assure une transmission d’expertise auprès des nouvelles recrues », détaille Marie-Odile Plançon, qui anime ce réseau pour le Pôle Éducation du Sgec.

La mission d'éclaireur de l'école inclusive

La mise en œuvre depuis deux ans du Cappei, nouvelle certification des enseignants ASH -170 formations dans l’enseignement catholique en 2018- a infléchi la posture de ces acteurs en faisant tout à la fois des personnes ressources expertes et des accompagnateurs des enseignants des classes ordinaires. « Leurs responsables ont aussi cette double mission d’élaboration des politiques inclusives diocésaines et d’accompagnement de terrain », analyse Jean Duchaine, expert en transitions éducatives, qui conçoit la dynamique inclusive comme un excellent aiguillon pour penser l’école de demain : « En ce qu’elle prône la coopération, la transversalité des compétences, la prise en compte des intelligences multiples et rejoint le fondement de l’anthropologie chrétienne, elle interroge fortement le modèle éducatif actuel, élitiste et compétitif. »

Pascal Balmand a fortement affirmé la mission d’éclaireur de l’école inclusive : « Elle tient ensemble, dans un inconfort fatiguant mais fécond, des contradictions du monde éducatif, ce qui en fait l’un des principaux leviers pour faire grandir l’École catholique : ce qui s’y travaille sur la capacité des marges à faire bouger le centre pourrait en effet aboutir à ce qu’il n’y ait plus ni centre ni périphérie… »

 

De la compensation à l'adaptation

La session a aussi été marquée par l’intervention de Patrice Fondin, conseiller éducation de Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat auprès du premier ministre en charge des personnes handicapées. Celui-ci a pointé l’enjeu majeur de passer d’une logique de compensation à une véritable dynamique d’adaptation. Cette stratégie passe par une diversification des modes de scolarisation et un effort d’outillage conséquent des enseignants avec le guide Qualinclus ou Apprendre à sa mesure mais aussi une plateforme numérique dédiée qui permettra de surcroît une mise en relation avec des enseignants ressources susceptibles de se déplacer dans les classes pour aider à la co-construction d’outils adaptés au plus près des conditions d’enseignement.

La restitution, en février 2019, de la concertation pour l’école inclusive lancée le 22 octobre dernier précisera aussi les modalités envisagées pour « déplacer le centre de gravité des centres médico-sociaux au plus près des lieux de vie des jeunes. » Souhaitant que cette externalisation puisse impliquer un maximum d’établissements, Patrice Fondin a prêté une oreille attentive aux difficultés juridiques qui freinent l’association de l’enseignement catholique à ce processus. De même qu’aux doléances concernant les décalages entre droits d’accompagnement notifiés et octroyés, qui peut atteindre dans l’enseignement catholique jusqu’à 20% dans certaines régions.
Tout en faisant état de son souci de rendre plus attractif le métier d’AESH (en complétant le temps partiel sur le périscolaire) et d’optimiser les moyens d’accompagnement via la gestion mutualisée envisagée dans les PIAL, il a souhaité que les progrès en matière d’adaptation scolaire permettent que les besoins d’accompagnements monopolisent moins le terrain de l’école inclusive. Ce au profit de l’outillage et de l’accompagnement des enseignants de classe ordinaire dont les responsables ASH, en charge de leur réassurance au quotidien, mesurent bien l’engagement et parfois le désarroi.

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