Grande difficulté scolaire: les neurosciences à la rescousse

Les responsables de Segpa ont travaillé leur posture bien particulière de spécialistes de la grande difficulté scolaire au sein de dispositifs accueillant une grande proportion d’élèves socialement défavorisés. Au menu de cette semaine de formation du 21 janvier à l’Ecole des cadres missionnés : outils, échanges de pratique, apports des neurosciences et réflexion sur le pilotage au sein de l’école inclusive.

Virginie LERAY

Grégoire Borst, professeur en neurosciences cognitives de l'éducation.

« De la bienveillance pédagogique à l’exigence pédagogique et didactique », tel a été le fil rouge de la session annuelle de formation des responsables de Segpa – sections d’enseignement général et professionnel adapté- des établissements catholiques, suivie la semaine du 13 janvier à Montrouge par une quinzaine de participants.

Malgré cette faible participation au regard des 80 Segpa que compte l’Enseignement catholique, ce rassemblement annuel reste une « précieuse occasion d’échanges de pratiques entre des dispositifs aux visages très divers et qui fonctionnent dans un relatif isolement », commente Cécile Santigny, de la Segpa de Saint-Joseph La Salle de Dijon.
Tous les participants ont fait état de progrès inclusifs réalisés depuis la circulaire 2015 (2015-176 du 28 octobre) qui en appelait à rompre avec « l’image de relégation » trop souvent associée aux Segpa. Ils jugent cette évolution positive malgré les problèmes organisationnelle qu’elle pose (cours en barrette, gestion de l’éloignement géographique des Segpa)

Un rapport IGEN (lire ci-contre) publié fin janvier atteste en effet du bénéfice des inclusions tout en estimant qu’elles restent trop ponctuelles ou réservées à quelques élèves seulement. De même il souligne le caractère aléatoire des orientations en Segpa, qui répondent à des critères très variables selon les académies. Un constat corroboré par les responsables Sepga de l’enseignement catholique qui constatent, dans certains lieux, que la proportion d’élèves relevant du champ du handicap progresse fortement dans leurs classes au détriment de ceux présentant de grandes difficultés scolaires non associées à des troubles cognitifs avérés qui, à l’origine, constituent leur public cible.

D'autres approches de la remédiation

Le rapport et les acteurs de terrains s'accordent aussi sur une constante : ¾ des élèves de segpa appartiennent toujours à des catégories socio-professionnelles défavorisées. Composant avec des milieux familiaux peu stimulants et éloignés des codes scolaires, les enseignants de Segpa ont donc accueilli avec intérêt l’intervention inaugurale du 13 janvier donnée par Grégoire Borst, professeur en neurosciences cognitives à l’Institut Descartes. Son laboratoire (La PsyDÉ) mène en effet de nombreuses recherches collaboratives avec des enseignants sur les blocages cognitifs (www.lea.fr) qui, contrairement à une conception fixiste du développement, peuvent être levés en transformant les contextes d’apprentissage (lire ci-contre).
« Découvrir ainsi d’autres approches de la remédiation nous conforte dans l’importance de la méta-cognition, de l’apprendre à apprendre et de l’explicitation des attendus » salue Jean-Christophe Brughier, responsable de la Segpa du collège La Salle de Nîmes.

Les participants ont aussi échangé de bonnes pratiques en matière de construction du Parcours Avenir avec des outils adaptés. ils ont aussi réfléchi à leur posture tant en termes de pédagogie que d’accompagnement des élèves et des équipes avec les chercheurs Laurent Lescouarch (maître E et docteur en sciences de l'Éducation) et le formateur en management Marc Baudoin. Ils ont également été initiés à plusieurs outils numériques permettant la différenciation et l'adaptation pédagogiques, ainsi qu'au dispositif Roma, réseau d’observatoire dédié à l’apprentissage des mathématiques.
Marie-Odile Plançon, du département Éducation du Sgec, qui co-animait la session avec Dominique Campana de l'ECM, a enfin resitué leur action dans le cadre du paysage général de l’École inclusive. Le nouveau CAPPEI – que devront passer les enseignants et responsables Segpa n’ayant pas de 2CA-SH- confère en effet aux enseignants spécialisés une double casquette d’accompagnement et de personnes ressources. Une raison supplémentaire pour conjuguer « exigence et bienveillance »

Un rapport IGEN

Harmoniser les critères d'orientation et les attendus des inspecteurs, mieux évaluer l’inclusion afin de la favoriser, conforter les responsables (le rapport névoque que les directeurs adjoint du public)  dans le rôle de pilotage pédagogique pour la grande difficulté scolaire : voici quelques-unes des préconisations du  dernier rapport de l’Igen sur les Segpa.
Si la mission observe que les élèves de troisième Segpa poursuivent de plus en plus leurs études, notamment en CAP et en baccalauréat professionnel, elle note que ces sections souffrent d'un déficit d'image persistant.

Lire le rapport IGEN n° 2018-076 daté de juillet 2018 et publié en janvier 2019

 

Le message des neurosciences

Non ! En matière d’apprentissage, tout ne se joue pas avant 5 ans ! Loin de là. Les dernières recherches sur la plasticité cérébrale révèlent non seulement que la maturation du cerveau humain s’étale sur 25 ans mais aussi que la transformation de l’environnement cognitif-socio-émotionnel peut rouvrir une fenêtre de plasticité, à tout âge de la vie. « Cette conception malléable de l’intelligence rompt radicalement avec le déterminisme fixiste du processus de développement linéaire popularisé par Piaget au début du XIXè siècle », a expliqué Grégoire Borst, professeur en neurosciences cognitives de l’Education aux responsables Segpa, le 21 janvier 2018.

Par ailleurs le chercheur a expliqué que les apprentissages scolaires devaient viser tout autant l’acquisition d’automatismes que la capacité à les déconstruire, certains d’entre eux étant source d’erreurs : L’association longueur/grandeur d’un nombre, la lecture de gauche à droite appliquée aux nombres décimaux/ la systématicité du S après « les » mis à mal lorsque le « les » devient pronom complément (Je les mange…).
Il s’agit donc aussi pour les enseignants de développer la persévérance et le contrôle d’eux mêmes chez leurs élèves. Le laboratoire de Grégoire Borst , la PsyDÉ mène d’ailleurs des recherches en collaboration avec des enseignants sur le développement de cette faculté à inhiber les automatismes et sur la remédiation de la dyscalculie. Des travaux qui associent « voyage interstellaire dans l’IRM » et exercices ad hoc en classe, au service de la découverte conjointe de la mécanique de l’apprendre.

 

Une enquête sur les Segpa

Le statut des responsables de Segpa de l’Enseignement catholique -sensiblement différent de celui des directeurs -adjoints du public- fêtera ses dix ans en novembre prochain… mais reste très diversement appliqué. C’est le constat tiré par l’Arsec (Association des Directeurs de Segpa de l’Enseignement catholique), qui a tenu son assemblée générale le 22 janvier 2019, en marge de la session de formation. « Notre statut prévoit une décharge à mi-temps et une gratification dont le financement est permis par une valorisation du forfait d’externat perçu par l’établissement pour les élèves de Segpa, négociée par le Sgec auprès du ministère. De même les textes stipulent qu’une Segpa (minimum une classe sur chacun des quatre niveaux de collège) donne lieu à une dotation de 129,5 heures. Or, ces moyens qui devraient être fléchés par les académies puis par les établissements ne sont pas toujours attribués aux Segpa. Nous lançons donc une grande enquête nationale auprès des directions diocésaines pour recenser l’existant », explique Jacques Rougnant, son président.

L’Arsec renoue cette année avec sa représentation au sein des groupes de travail du Sgec : pôle Ecole inclusive, pôle collège et comité technique de la formation .

Elle poursuit enfin un effort de communication et de mutualisation d’outils qui se traduit par un blog qui couvre l’actualité réglementaire et pédagogique. Avec 17 000 visiteurs uniques au compteur l’an dernier, ce blog témoigne du besoin d’échanges d’informations et de pratiques des professionnels de l’enseignement adapté.

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