Continuité inclusive - Enseignement Catholique

Continuité inclusive

La continuité pédagogique est mise au défi de l’École inclusive. Le 2 avril dernier, un webinaire du département Éducation du Sgec a proposé aux enseignants spécialisés des pistes pour ne pas perdre en route les élèves à besoins éducatifs particuliers.

François Husson

Animé par Jérôme Brunet, responsable du département Éducation du Sgec, le webinaire « Continuité pédagogique pour les élèves à besoins éducatifs particuliers » s’est tenu le 2 avril dernier. Objectif : proposer aux référents diocésains et aux enseignants spécialisés une réflexion sur sujet. « Plusieurs enseignants spécialisés nous font remonter qu’ils se sentent parfois inutiles. Il nous faut travailler avec tous les acteurs de l’institution, a rappelé en préambule Jérôme Brunet. Devant la situation inédite que nous vivons, nous nous devons de maintenir le lien ».

 

 

Contexte nouveau, apprentissage nouveau

 

Parmi les intervenants, Jacques Legal, coordinateur du pôle Éducation inclusive à l’Ifucome (Faculté d’éducation de l’université catholique d’Angers). Le formateur a identifié cinq obstacles qui complexifient la continuité pédagogique :

1/ La nature de la relation éducative

Elle est distanciée côté enseignant, mais pas côté parents, qui souhaitent que leurs enfants réussissent. Jacques Legal conseille « de continuer à être à l’écoute des familles et d’analyser les activités proposées aux élèves pour qu’elles soient réalisables ».

2/ Le rapport au savoir

L’apprentissage, cadré institutionnellement par l’École, est complexe. Or, les familles le voient de manière simplifiée, comme une suite de tâches. Pour gérer cet écart, le coordinateur estime important de « bien penser à l’évaluation, ce qui va donner du sens et de la valeur, et stabiliser, conforter, réinvestir ».

3/ L’environnement de l’apprentissage

L’école, lieu social fonctionnel où l’enseignant est un médiateur et où l’élève n’apprend jamais seul, diffère de l’espace familial. « Il faut apprendre à gérer le temps et l’espace, en faisant confiance aux capacités de l’élève qui va développer des opérations mentales dans cet autre contexte », a noté Jacques Legal.

4/ Le temps

Le temps scolaire est structuré et découpé en durées définies, mais moins organisé à la maison où il s’étire. « Pour les élèves, il faut une planification ajustée à leur potentiel, a-t-il précisé. Les enseignants ne doivent pas être soumis au programme et il leur faut savoir ce que leurs collègues proposent aux élèves pour leur permettre de tenir dans la durée. »

5/ La communication

À l’école, on communique en donnant des consignes, en affichant des informations… Il faut donc être attentif aux pratiques des familles, en pensant à leurs propres canaux de communication (téléphone, visio, SMS…), et en priorisant certains outils.

 

Les interlocuteurs de l’enseignant spécialisé

Xavier de Beauchesne, responsable pédagogique et adjoint Inclusion à la direction interdiocésaine de Franche-Comté a ensuite identifié les différents interlocuteurs de l’enseignant spécialisé. En premier lieu, ses collègues qui peuvent les conseiller. Ils l’aideront à questionner ses objectifs, les outils à utiliser, et à éviter de donner trop de travail. « Une heure en classe n’est pas une heure à la maison. L’enseignant spécialisé peut aider à faire le choix », a expliqué ce responsable. Et d’évoquer la co-préparation des cours, pour vérifier « si les enseignants ont pensé à tous les élèves. Soyons co-responsables de ces élèves à besoins particuliers, pour ne pas les mettre plus dans la difficulté ».

Les deuxièmes interlocuteurs sont les parents, forcés de devenir tuteurs. « Aidons-les à gérer le temps où l’enfant est élève, séquencer le travail, se donner un rituel, et un espace de rangement du matériel, a prôné l’adjoint diocésain. Mais aussi jouer, lire et parler : sortir le savoir du livre, faire un jeu à la place d’un exercice, ou adopter un temps partagé de lecture. » Enfin, les élèves sont aussi des interlocuteurs importants. Xavier de Beauchesne recommande avec eux de « consolider le connu, de maintenir l’acquis plus que des apprentissages nouveaux, quitte à perdre le programme ». Il préconise aussi une évaluation positive, valorisante, loin de la norme de classe : « Mettre les élèves en projet et préférer l’individualisation, c’est donner du sens à ce qu’ils font. »

 

Jérôme Brunet a conclu les échanges en affirmant que le « réseau école inclusive est bien positionné pour aider les acteurs de terrain. Nous nous devons d’être attentifs autrement, sans ajouter de la difficulté ni culpabiliser, profiter de l’occasion pour favoriser l’autonomie de ces élèves, et penser à l’après pour diffuser les bonnes pratiques ».

 

Les conseils d’une enseignante en Ulis

 

Séverine Lepage, coordinatrice Ulis au collège Largenté à Bayonne (64) a donné quelques conseils pour construire un cours pour tous. Voici selon elle les points à prendre en compte :

1/ La contrainte de l’organisation matérielle

Anticiper pour que l’élève prépare son propre matériel (ordinateur, tablette, cahiers, livres, trousse, matériel spécifique…).

2/ Penser l’organisation temporelle

Déterminer le temps de travail, en construisant un plan de travail quotidien ou hebdomadaire structurant, et proposer un échéancier et des modalités du travail. « Ces élèves ont des difficultés aussi pour mesurer le temps. On doit le déterminer ainsi que sa limite », a averti la coordinatrice, qui a invoqué l’utilité du timer.

3/ L’organisation spatiale

Préciser le cadre de travail, éviter les distractions externes et internes, moduler l’aide humaine en précisant sa nature, accompagner la famille, entre faire et laisser faire le jeune et proposer des degrés d’autonomie. Sans oublier d’avoir recours aux AESH : « Les AESH connaissent bien les enfants. Même à distance, ils peuvent intervenir de multiples manières, par téléphone, SMS, ou directement en vidéo. Et surtout expliquer les gestes qui fonctionnent à la famille. »

4/ Fixer des objectifs différenciés

Préciser les essentiels de façon explicite. Et séquencer les consignes en faisant attention qu’elles ne doublonnent, car « si elles sont trop complexes, elles ferment l’accès au travail. L’enseignant spécialisé peut donc aider les collègues à compenser les tâches qui font obstacle ».

5/ Déterminer des stratégies d’évaluation

Privilégier les évaluations formatives, sommatives mais pas certificatives.
Et l’on fixera les critères de réussite en les explicitant aux élèves.

6/ Produire des ressources nécessaires à la compréhension des notions

Capsules, cours en vidéo, lectures, consignes écrites ou orales, pictos…On peut énoncer les notions du plus simple au plus complexe. Et aussi apporter ou rappeler les outils techniques de mémorisation (carte mentale, tableau de numération…).

7/ Organiser la répétition des tâches pour automatiser

« Être à la maison peut être un avantage pour cet entraînement, même si les élèves auront besoin de plus de temps. »

8/ Planifier les interactions pour garder le lien

Reste à assurer une présence virtuelle en continu dans un temps asynchrone (mail, SMS, appels, défis de groupes…) ou synchrone (classe virtuelle, lien individualisé ou non).

9/ Structurer les ressources

Il est conseillé d’éviter d’utiliser trop d’interfaces, en préférant une seule bien structurée pour les outils et de programmer les rencontres.

10/ Adapter la correction et la rétroaction à distance

Proposer un retour multimodal et immédiat (un QCM en ligne est plus efficace qu’un devoir à retourner plus tard). Il faut valoriser les réussites et compétences acquises.

 

Les outils du MEN

Dans un communiqué (lien) du 9 avril 2020, le ministère de l’Éducation et le Secrétariat d’État chargé des personnes handicapées ont détaillé une série de mesures prises pour assurer la continuité pédagogique aux élèves en situation de handicap.

Lire ici

 

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