Vers des Harvard de la voie pro

La réforme de la voie professionnelle présentée le 28 mai 2018, entend « transformer la voie » et augmenter son attractivité. Au delà des ajustements organisationnels pour diversifier les parcours et les articuler à l’apprentissage, d’importants changements de gouvernance sont annoncés, pour créer des campus d’excellence pour le pro. De quoi conforter l’enseignement catholique dans son entreprise d’organiser des Etats généraux de la formation professionnelle.

Aurélie Sobocinski

Déprofessionnaliser ou renforcer la voie professionnelle ? La réforme de l’enseignement professionnel présentée par Jean-Michel Blanquer le 28 mai 2018, la « deuxième priorité » du ministre après l’école primaire, reprend nombre des leviers proposés par le rapport Calvez-Marcon publié en février dernier pour « transformer la voie » et augmenter son attractivité. Il s’agit de repenser les stratégies en réseau pour bâtir ces fameux « Harvard de la voie pro », de mieux articuler voie scolaire et apprentissage, et de diversifier les parcours des jeunes. Les principaux changements pour les 665 000 élèves scolarisés dans cet enseignement sont attendus pour la rentrée 2019.
Organisationnels mais surtout politiques, ces bouleversements annoncés confortent Renasup, dans la dynamique engagée d’Etats généraux de la formation professionnelle : « Le défi est lancé. Il ne laisse aucune place à l’immobilisme. L’absence de mouvement porte en elle un déclin auquel nous ne pouvons nous résoudre. On ne pourra pas dire que nous ne savions pas », commente Jean-Marc Petit, délégué général de Renasup. Tour d’hrizon des principaux axes de la réforme.

• La création de Campus d’excellence pour l’enseignement pro

L’objectif est d’en créer au moins trois par région à l’horizon 2022. Dans le prolongement des campus des métiers et qualifications développés depuis 2013, ils réuniraient des établissements allant du CAP au doctorat, des centres de recherche et entreprises pour développer des filières de pointe, notamment dans le numérique et l’environnement.
Un appel à projets de 50 millions d’euros sera lancé à l’été 2018 par le ministère dans le cadre du PIA pour en favoriser le déploiement. Par ailleurs chaque lycée sera inséré à la fois dans un réseau thématique national d’une part (structuré par une filière professionnelle) et dans un réseau géographique d’autre part. « Ces évolutions décisives dans le paysage de la formation demandent localement réflexion et prises de décisions stratégiques. Il s’agit notamment pour les établissements catholiques d’élargir le réseau LP-LT-CFA-CFC grâce à d’autres alliances comme avec les Grandes écoles et Instituts catholiques pour exister au sein de ces nouveaux ensembles », insiste Jean-Marc Petit. « Cela ne pourra réussir sans un véritable pilotage et la création d’une interlocution dédiée face au quatuor Académie-Universités-Régions-Branche Professionnelles », prévient-il.

• Remaniement de la carte des formations et de l’organisation des diplômes

- Les diplômes seront revus « à partir de l’été 2018 » pour devenir plus insérants. Certaines filières tertiaires administratives en particulier - nombreuses au sein de l’Enseignement catholique- devraient voir leur voilure fortement réduites et leurs référentiels réorientés. Les cursus SPVL (service de proximité et vie locale) pourraient glisser vers les métiers de l'animation et le bac pro Gestion administrative se réorienter résolument vers le numérique.
Un plan de formation des enseignants PLP ouvrant la possibilité d’enseigner en BTS devrait être déployé. « Dans ce cadre, il apparaît fondamental de sortir des positions défensives, d’anticiper les changements, et d’accompagner les personnels dans ces évolutions, comme y invite déjà la 1e étape des Etats généraux de la formation professionnelle engagés par l’Enseignement catholique », fait valoir Jean-Marc Petit.

- L’assouplissement du CAP et la « disparition » probable du BEP : « Les diplômes intermédiaires sont essentiels », a réaffirmé le ministre. la possibilité est ouverte d’obtenir le CAP en un, deux ou trois ans selon la diversité de ses publics et des attentes des professionnels. Quant au diplôme du BEP, il pourrait être remplacé par un bloc de compétences. L'évaluation des cursus entre donc dans une logique de certification, qui est à la fois celle que reconnaissent les conventions collectives et celle qui ouvre la voie à la formation tout au long de la vie.

• La diversification des parcours des jeunes

  • La fin du « maquis » des spécialités en 2nde : la nouvelle seconde pro sera organisée par grandes familles de métiers (15 + quelques spécialités à part au lieu de 100 actuellement). « L’idée est d’ouvrir un large éventail de possibilités, pas d’entrer dans un métier bloqué, a souligné Jean-Michel Blanquer. Il ne s’agit pas de passer à un bac pro en deux ans, mais de le remuscler. Ce que nous voulons c’est la progressivité, en créant un premier de socle de compétences professionnelles transversales utile sur lequel l’élève puisse fonder ses choix. » Un test de positionnement est mis en place dès septembre prochain afin d’identifier les besoins en maths et en français pour les élèves.
  • Spécialisation retardée à la 1e : En fin de seconde, le jeune fait le choix de sa spécialité et de sa modalité de formation –il peut revenir sur celle-ci également en fin de première même si précise-t-on dans les couloirs du ministère il ne s’agit pas de créer du zapping. En terminale, le lycéen devra choisir entre un module insertion pro post bac et un module poursuite d’études. Il présentera également un projet lors d’une épreuve orale. « Cette possibilité va nécessiter une organisation en réseau et en lien des lycées avec les CFA afin d’offrir les deux voies avec des effectifs acceptables, sans oublier des évolutions réglementaires et des dispositifs de formation à la pédagogie de l'alternance en direction de nos enseignants de lycées professionnels », analyse Jean-Marc Petit, délégué général de Renasup.
  • Une UFA créée par lycée : « Il faut dépasser le clivage voie sous statut scolaire et apprentissage, en réussissant leur articulation, il peut y avoir une voie française très originale avec ces parcours personnalisés », a insisté le ministre, qui met au cœur de sa réforme la mixité des parcours, plus que la mixité des publics. De nouvelles dispositions qui impliquent des ajustements législatifs pour s’appliquer à l’enseignement catholique.
  • Dès le collège : La possibilité de stages de découvertes en entreprise dès la classe de 4ème. La disparition des DIMA et 3èmes Prépa-Pro au profit de classes Prépa-Métiers proposées en collège comme en lycée professionnel et renforçant les temps de stages en entreprises.
  • Des classes passerelles pour favoriser la réussite en BTS : 2000 places seront créées pour les bacheliers pro à la rentrée 2019 visant une insertion en BTS. La création de ces classes passerelles en un an vient en sus de la création des 1700 places annoncées par la ministre du Travail Muriel Pénicaud pour favoriser la réussite des bacheliers professionnels dans l’Enseignement supérieur.

Un impact certain sur l’orientation

La progressivité et la diversité des parcours proposés aux jeunes de la voie professionnelle imposeront bien sûr un effort renforcé en matière d’accompagnement à l’orientation. Par ailleurs il est à noter que, symbole fort, le 16 mai dernier, une note de la Dgesco du ministère modifie les indicateurs de performance des collèges pour encourager l’orientation en lycée professionnelle. La montée de l’orientation en seule 2nde générale et technologique n’est plus un critère permettant de calculer la valeur ajoutée des établissements. L’orientation en seconde professionnelle compte pour cela à valeur égale.

Des états généraux pour les lycées pro
de l'enseignement catholique

En lien avec le Cneap, RenaSup organise des états généraux de la formation professionnelle en décembre 2018. Ils se nourriront de déclinaisons régionales qui se tiendront dès octobre et qui s’appuient elles-mêmes sur de larges consultations qui démarrent dès maintenant : les établissements réfléchissent aux pistes d’évolutions qu’ils pourront partager en bassin de formation du 15 avril au 15 juin. La concertation et les échanges s’étendront ensuite, à l’échelle régionale, à toutes les unités pédagogiques -collèges et écoles inclus- qui se retrouveront pour les états généraux régionaux. Cette dynamique sera accompagnée par un groupe de travail « Enseignement catholique et enseignements professionnels », piloté par Jacky Aubineau, de RenaSup.

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