Une culture humaniste - Enseignement Catholique

Une culture humaniste

Au collège Mercier - Saint Paul de Meulan, 
la mixité sociale et religieuse est à l’image
 de celle du territoire. L’organisation du collège et les initiatives des enseignants permettent de donner sa chance à chaque élève.

Par Mireille Broussous

Bruno-Gurzeler-yvelines

C’est sur l’un des coteaux qui bordent la Seine, dans la ville un peu triste de Meulan (Yvelines), que se situe le collège Mercier - Saint- Paul. « Ce qui est sûr, c’est que les parents ne mettent pas leurs enfants dans ce collège pour son architecture », ironise son chef d’établissement, Bruno Gurzeler. Situées sur plusieurs niveaux, les bâtisses anciennes — même si certaines ont été rénovées — composent un espace dont la logique ne saute pas aux yeux. Il n’empêche, le collège connaît un vrai succès et compte 530 élèves.

La mixité sociale et religieuse y est à l’image du territoire. Depuis plus de 15 ans, ce collège catholique reçoit des enfants de cadres moyens, parfois supérieurs, qui habitent les villages du Vexin, mais aussi des enfants issus de familles défavorisées et des enfants de confession musulmane. Un beau melting-pot qui n’est pas pour déplaire à Bruno Gurzeler. « Je suis né à Aubervilliers. Mon père était ouvrier ajusteur, ma mère couturière. Je veux rendre ce que j’ai reçu. »

En fait, le positionnement du collège ne résulte d’un choix. Il n’a pas les moyens de rivaliser avec les établissements prestigieux des environs comme, par exemple, Notre-Dame - “Les Oiseaux” à Verneuil-sur-Seine, et répond, par ailleurs, à la forte demande des familles qui cherchent une alternative aux collèges publics des Mureaux. Du coup, il est amené à relever le défi consistant à accueillir de très bons élèves mais aussi d’autres en difficulté. Les dossiers des 6es ne sont pas triés, mais acceptés selon l’ordre d’arrivée. Seul bémol : les enfants dont le comportement pose problème. Ils ne sont retenus que si, entre le premier et le dernier trimestre de CM2, l’enseignant de l’école primaire a relevé un progrès sensible. « Il n’y a qu’un ou deux enfants dissipés par classe, ce qui leur offre toutes les chances de changer de comportement », précise Xavier Dumas-Prunier, professeur d’EPS, au collège depuis 30 ans. Quant aux enfants qui entrent en 5e, 4e ou 3e, ils doivent présenter un bon dossier. Question d’équilibre...

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Projets transversaux

Ce souci de favoriser l’égalité des chances ne date pas d’hier. « Mon prédécesseur avait déjà impulsé beaucoup de choses », reconnaît Bruno Gurzeler, qui a pris la relève il y a 10 ans. Mais, progressivement, l’organisation a évolué et continue d’évoluer sous l’influence de la très dynamique et cohérente équipe pédagogique (40 enseignants) à l’origine de nombreuses initiatives.

Pour attirer les bons élèves, on a ouvert ici, comme dans de nombreux collèges, une classe européenne permettant d’apprendre deux langues en parallèle. « Quand je suis arrivé, les 30 enfants de cette classe restaient ensemble de la 6e à la 3e. Résultat, les rivalités devenaient de plus en plus difficiles à gérer », explique Bruno Gurzeler. La classe a été divisée en deux, de même qu’une autre – non européenne celle-là –, et deux nouvelles classes ont ainsi vu le jour, « mixant » élèves apprenant deux langues et élèves n’apprenant qu’une seule langue. Le collège a ainsi fait d’une pierre deux coups. Non seulement les élèves des deux classes sont tirés vers le haut par la présence d’éléments brillants, mais les deux groupes de la classe européenne n’étant réunis qu’à partir de la 4e, l’ambiance en est plus légère. Autre élément fort, permettant au collège de favoriser l’égalité des chances : l’existence d’une 6e dite d’accueil qui ne compte pas plus de 20 élèves.

Elle est destinée aux enfants dyslexiques ou dysorthographiques (10 par classe), ou souffrant d’un autre problème (forte inhibition, manque de confiance en soi, etc.). Une douzaine d’enseignants a suivi cette année une formation pour apprendre à mieux accueillir ces enfants. Au programme : comment leur enseigner les matières scientifiques et littéraires, et comment les évaluer. Beaucoup
 de cours se font en demi-
groupes, les leçons sont structurées autour d’un système
de couleurs et photocopiées
pour ceux qui ont du mal à
recopier ce que les enseignants écrivent au tableau.
Belle réussite : la plupart des
élèves vont jusqu’en 3e, et certains intègrent même le lycée. « Nous réfléchissons à la mise en place, en 2014, d’une 5e d’accueil, qui permettrait de renforcer encore la confiance en eux de ces élèves qui ne sont pas moins intelligents que les autres », indique Bruno Gurzeler.

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Comme tous les élèves du collège, ils font du théâtre, deux heures par semaine. Le théâtre est l’une des trois activités extra- scolaires retenues pour aider les enfants à prendre confiance en eux. Les deux autres, optionnelles, sont la lutte et l’aviron. À partir de la 5e, les élèves peuvent choisir l’une de ces deux disciplines, qu’ils pratiquent alors quatre heures par semaine. « Ces activités sont très bien implantées dans l’établissement, et les élèves obtiennent de bons résultats lors des compétitions. Dans le sport, la mixité est réelle : bons élèves et élèves aux résultats très moyens s’y côtoient. Ces activités sont une vraie chance pour certains d’entre eux, à qui elles donnent vraiment l’occasion de montrer le meilleur d’eux-mêmes », affirme Xavier Dumas-Prunier.

Au sein du collège, l’égalité des chances est devenue une culture. Certaines initiatives ont été prises par l’établissement. Pour valoriser les élèves et leur apprendre à connaître leurs points forts, on y distingue, par exemple, deux moyennes : celle des matières scientifiques et celle des matières littéraires. D’autres l’ont été, à titre individuel, par des enseignants comme Anne Rambaud-Scholl, professeur de mathématiques et de physique, qui, pour ne pas décourager ses élèves, s’engage à ne jamais leur mettre de note au-dessous de 6 et utilise des outils numériques leur permettant de faire les exercices à leur rythme et selon leur niveau, tout en se corrigeant eux-mêmes.

Paris est à une heure de train, mais les élèves n’y vont jamais.

« Au moins une fois par an, nous les emmenons en bus au théâtre ou dans un musée. Tous vont également à la cathédrale de Chartres, quelle que soit leur religion », indique Christine Grandin, professeur de français et de latin, en charge de certains projets transversaux.

Le collège s’appuie aussi sur l’histoire de l’art. Chaque élève de 3e tire au sort un thème — les murs, par exemple — sur lequel il devra travailler avec un tuteur (le professeur d’histoire-géographie ou celui de... mathématiques) en rendant compte de cinq œuvres appartenant à des domaines artistiques différents. « Dans cette matière, les notes trahissent rarement l’origine sociale des élèves. Elles dépendent uniquement de leur investissement », souligne Christine Grandin. Tuteurs et élèves y apprennent aussi à se connaître autrement.

Et ce n’est pas la seule initiative du collège pour renouveler le regard des adultes sur les enfants et celui des enfants sur les adultes. Quand le club d’aviron ou de lutte obtient de bons résultats, l’équipe se présente en salle des professeurs pour y être applaudie. Un élève faible dans les matières scientifiques, applaudi par son prof de maths, ou un élève faible dans les matières littéraires, applaudi par son prof de français, rien de tel pour relancer la confiance...

Sabine Dumant, Vice présidente de l’Apel et mère d’un garçon dyslexique

Dès que j’ai rencontré les responsables de l’établissement, j’ai su que j’y inscrirais mon fils. Ils m’ont tout de suite dit : “Nous savons avec quels enseignants nous allons le mettre” », se souvient Sabine Dumant, vice-présidente de l’Apel et mère d’un garçon dyslexique. L’ambition du collège, qui consiste à « emmener les enfants un peu plus loin »
tout en « les respectant», l’a séduite par son humanisme. Elle rencontre les enseignants aussi souvent que nécessaire et, malgré un comportement difficile, son fils, aujourd’hui en 5e, est toujours encouragé et valorisé lorsqu’il fait des efforts. « Le projet est formidable. Il va dans le sens de l’Évangile en accueillant beaucoup d’enfants d’origine étrangère », poursuit Sabine Dumant. Un projet qui oblige les parents à apprendre à se connaître car, sur les quinze représentants des parents d’élèves dont elle fait partie, trois sont musulmans et l’un d’eux est même imam. « Ce n’est pas toujours simple. En ce mois de décembre, nous sommes encore en train de prendre nos marques, car parler de la préparation de la fête de Noël avec des musulmans exige du tact. » C’est sûr, tous les parents du collège ne sont pas aussi ouverts. Certains souhaiteraient qu’il y ait moins d’enfants de confession musulmane, d’autres trouvent que le niveau n’est pas assez élevé. « De nombreuses mères sont toutefois ravies que le projet de l’établissement ne prenne pas en compte le seul développement intellectuel de l’enfant mais toute sa personne dans son rapport aux autres. Quant à moi, je voudrais seulement que le collège se donne plus de moyens pour aider les enfants à faire leurs devoirs. Cela permettrait d’aller encore plus loin dans le sens de l’égalité des chances. »

eca352Issu du magazine Enseignement catholique actualités n° 352, décembre 2012 - janvier 2013, p 34 – 35

À retrouver dans l'ECA n° 352

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