Un courrier de Mgr Ulrich et Philippe Delorme - Enseignement Catholique

Un courrier de Mgr Ulrich et Philippe Delorme

 

"N’ayons pas peur de notre temps ! Prenons en charge, avec courage et audace, les réalités et les enjeux actuels, avec ses difficultés et ses promesses, sans céder à la déploration et aux nostalgies."

Le président du Conseil épiscopal pour l'Enseignement catholique, Mgr Ulrich et son secrétaire général, Philippe Delorme, expliquent les enjeux et les fondamentaux de la démarche propective dans une lettre d'orientation de novembre 2021.

Voici près de trois ans, l’Enseignement catholique lançait sa « démarche prospective ».

Peut-être en avez-vous déjà entendu parler, peut-être pas... Peut-être y avez-vous déjà travaillé, en diocèse, en territoire, en établissement, peut-être pas... Ces orientations nationales nous rejoignent chacun, là où nous en sommes, dans la diversité de nos situations, de nos questions et de nos opinions. Elles souhaitent nous réunir dans des perspectives communes, dont chacun aura à cœur de s’emparer, à sa manière, selon sa part. Elles nous convoquent à travailler ensemble dans un esprit de responsabilité en partage.

† Laurent ULRICH

Archevêque de Lille
Président du Conseil épiscopal
pour l'Enseignement catholique

Philippe DELORME

Secrétaire général
de l'Enseignement catholique

Pour être capable de changer... il faut savoir être soi-même... Pour être en mesure de rester soi-même... il faut savoir changer !

Se donner ensemble une vision prospective, c’est faire preuve de fidélité vivante, en recherchant les voies adaptées pour continuer de proposer ce que l’école catholique a en propre, son héritage éducatif et sa tradition féconde, comme une promesse renouvelée pour le monde de ce temps. C’est être à l’écoute : l’école catholique est attentive aux appels du monde, aux « choses nouvelles », qui demandent les transformations et les audaces indispensables pour y répondre. C’est donner toute sa place à ce qui se vit déjà réellement, manifestant une inventivité constante et une joyeuse espérance. C’est déterminer ce que nous souhaitons changer, pour mieux répondre aux besoins éducatifs de l’homme, aujourd’hui et demain.

Pour envisager l’avenir : quelques éléments d’un contexte nouveau

Un certain nombre de réalités actuelles questionnent très concrètement l’avenir de nos établissements. Évolutions démographiques et territoriales, demande de mixité sociale et scolaire, fragilité du modèle économique, manque d’attractivité du métier d’enseignant, nouvelles missions assignées à l’école, et nouvelles questions éducatives, cadre législatif en constante évolution... Autant de sujets qui interrogent le type d’offre de formation à privilégier, l’implantation et le maillage territorial de nos établissements à réformer, les formes pédagogiques et éducatives à repenser, les choix économiques à opérer. Bref, quelles adaptations utiles et quelles transitions en raison des mutations rapides du monde contemporain ?

Le contexte nouveau, c’est aussi quand le commun d’un projet collectif et d’une société fraternelle, quand le commun d’une conception chrétienne de la personne humaine ne sont plus globalement partagés et semblent parfois s’effacer. Quand ce qui allait de soi ne va plus de soi, l’implicite ne suffit pas pour exprimer notre projet éducatif : si nous ne disons pas d’où vient notre engagement éducatif, ni où se trouve sa source, il y a peu de chance que celle-ci soit identifiée. Ce que l’école catholique propose en propre, ce que signifie l’éducation intégrale de la personne humaine, ou encore ce que peut être une œuvre éducative d’Église, tout cela mérite de notre part d’être plus explicite. Et nous savons aussi qu’un repli identitaire nous ferait perdre l’esprit de la mission qui a depuis toujours animé l’école catholique.

Le contexte nouveau, c’est enfin celui du « pacte éducatif mondial », à la reconstruction duquel nous invite le pape François. « Raviver l’engagement pour et avec les jeunes générations, en renouvelant la passion d’une éducation plus ouverte et plus inclusive, capable d’une écoute patiente, d’un dialogue constructif et d’une compréhension mutuelle » (Message du pape François à l’occasion du lancement du pacte éducatif mondial, du Vatican, le 12 septembre 2019).
Le pacte nous demande d’unir nos efforts dans une vaste alliance éducative, qui recherche la coopération d’acteurs variés.

Si l’école catholique n’existait pas, que manquerait-il ?

Dans ce contexte, on peut encore enrichir le diagnostic avec cette simple question : si l’école catholique n’existait pas, que manquerait-il ? Que manquerait-il pour répondre aux urgences éducatives de la société actuelle ? Que manquerait-il aux jeunes et aux familles ? Que manquerait-il à l’Église ? Et donc, quelle est la raison d’être de cette école ?

Il manquerait une école ! Puisqu’en effet l’école catholique répond avant tout à un besoin d’enseignement et d’éducation auprès des familles. Il manquerait ce projet d’une école de « l’éducation intégrale de la personne », une école de la relation et de l’intériorité, une école de « l’écologie humaine ». Il manquerait une école de l’hospitalité, dont le projet vise la construction de communautés humaines et fraternelles, avec le souci des plus fragiles. Il manquerait, dans un monde caractérisé par la diversité des cultures et des convictions, une école de la rencontre qui croit au dialogue entre foi et raison, pour contribuer à la recherche de la vérité et qui croit à la conversation entre religion et société pour faciliter l'amitié sociale. Il manquerait ce projet d’une éducation à la liberté et à la coopération entre les hommes, qui fait alliance éducative, en offrant ce qu’elle a de spécifique pour contribuer au bien commun. Il manquerait le projet d’une éducation à la sobriété, à la simplicité, à la solidarité et au partage. Il manquerait à l’Église l’une des formes de sa présence au monde et aux hommes de ce temps.

Certes, l’école catholique n’a pas le monopole de tels objectifs éducatifs ! Et cependant, elle les réaffirme en référence à la personne du Christ. C’est en Lui qu’elle trouve sa propre manière d’être présente, par l’éducation, aux hommes et au monde.

Penser « stratégie » ?

Le diagnostic étant posé, parlera-t-on stratégie ? Cela peut nous faire peur, ou sembler bien éloigné de notre culture... Et pourtant. À tous niveaux : établissements, diocèses, territoires, national, c’est bien notre responsabilité de déterminer ce que peuvent être les axes de notre développement, sans aucun esprit de conquête ou de « parts de marché » et sans esprit de « protectionnisme » non plus.

Le travail de prospective conduit depuis deux ans en faisant appel à l’intelligence collaborative permet de dégager 4 axes stratégiques. Ce sont des choix « politiques » pour l’Enseignement catholique, que nous vous invitons à approfondir comme tels :

AFFERMIR ET MIEUX FAIRE CONNAÎTRE NOTRE PROJET D’ÉDUCATION DE LA PERSONNE

Approfondir, reformuler et affirmer notre projet. L’école catholique doit mieux dire qui elle est, mieux présenter ce qu’elle offre de spécifique. Dans un monde où « tout est lié », être en mesure de présenter le sens d’un projet catholique d’éducation.

DÉVELOPPER LA LIBERTÉ ET L’EXCELLENCE ÉDUCATIVES ET PÉDAGOGIQUES POUR TOUS

Promouvoir une éducation de qualité, celle de la réussite pour chacun au service du bien commun. Pour cela, « miser » sur la liberté et l’initiative, en particulier en matière pédagogique, et en renforcer les conditions par la recherche et la formation.

ADAPTER ET DÉPLOYER UNE OFFRE ÉDUCATIVE ACTUALISÉE

Aménager une offre cohérente du réseau de l’Enseignement catholique (maillage, parcours, modalités...), qui propose différents types de formation et soit soucieuse de l’accueil des plus fragiles.

RÉINTERROGER LE MODÈLE ÉCONOMIQUE ET LA GOUVERNANCE

Organiser une solidarité indispensable, une mutualisation opérationnelle, une sécurisation économique, un pilotage efficace, au service de la mission éducative.

Et maintenant ? Et concrètement ? C’est l’affaire de tous..

Que voulons-nous que l’école catholique soit dans dix ans, dans vingt ans ? Il nous faut maintenant traduire les 4 axes stratégiques en propositions d’action concrètes. Que déciderons-nous ensemble de transformer pour favoriser la croissance des jeunes que nous accueillons, pour concourir au bien de nos établissements, à leur participation singulière à l’éducation, et pour affermir la mission éducative qui nous est propre ?

Puisqu’il s’agit d’une démarche, « faisons route » ensemble... La route demande du temps et la rencontre. Elle est « synodale » : elle permet que « chacun soit à l’écoute des autres et tous ensemble à l’écoute de l’Esprit- Saint. » (Discours du pape François pour le 50e anniversaire du synode des évêques, du Vatican, 17 octobre 2015) Elle est tournée vers un horizon, mais on se demande sans cesse : « Que se passera-t-il concrètement au terme du chemin ? »

Parce que l’école catholique est une école de la personne, elle fait appel à la liberté et la responsabilité des personnes, elle compte sur la richesse et la liberté de ses acteurs, comme sur la valeur intrinsèque de la diversité de ses établissements. Cette lettre d’orientation s’adresse donc à nous tous, femmes et hommes de bonne volonté, qui souhaitons faire alliance et coopérer à son devenir.

Ainsi, chacun peut s’emparer, dans des contextes pluriels, d’une démarche prospective commune. Entrer dans une dynamique partagée en même temps que dans une dynamique singulière d’établissement, de réseau, de diocèse, de territoire...

 

Rien ne se fera sans vous

Ces orientations font donc appel à nous tous, qui avons choisi de partager cet engagement magnifique de l’éducation dans chacune des écoles catholiques qui nous sont confiées...
... nous qui, chefs d’établissement, enseignants, professionnels et bénévoles, nous sommes mis au service de cette œuvre commune,

... nous qui, parents et élèves, voulons être encore plus acteurs des communautés éducatives,
... nous qui sommes les partenaires et les alliés de l’école catholique,
... nous qui voyons dans l’école catholique une manière spécifique de participer à une plus grande fraternité humaine et de porter un regard d’espérance sur chaque personne.

Nous tous sommes invités à faire nôtres ces orientations qui se réaliseront dans des priorités à mettre en œuvre, auxquelles chacun pourra apporter une contribution singulière.

N’ayons pas peur de notre temps ! Prenons en charge, avec courage et audace, les réalités et les enjeux actuels, avec ses difficultés et ses promesses, sans céder à la déploration et aux nostalgies. Tout ce qui se vit aujourd’hui dans nos établissements rend compte de l’espérance qui est en nous.

Ayons à cœur de signifier la présence du Christ dans ce service éducatif de nos frères, pour qu’ils puissent le connaître et le reconnaître. Ayons à cœur de donner ce que nous avons reçu, et d’annoncer son Évangile. Ayons à cœur de nous mettre à l’école du Christ qui « est toujours jeune et source constante de nouveauté. (...) Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui. » (Exhortation apostolique du pape François, « La joie de l’Évangile », n° 11)

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