Septembre en ligne de mire

Aider les élèves à reprendre le fil des apprentissages, repérer leurs besoins pour réduire les écarts de niveau, repenser l’apport possible du distanciel... Dès la rentrée, l’accompagnement des jeunes reprendra comme avant, enrichi par des pratiques nouvelles testées pendant le confinement.

Aurélie Sobocinski

©P. GIRAULT/sgec

Cette crise nous demande de prendre en compte les effets du confinement sur les apprentissages des élèves, en se posant les bonnes questions ! Et ce ne seront pas les mêmes pour tout le monde ! », pointe Benoit Skouratko, du département Éducation du Sgec. Alors que se profile la rentrée de septembre, il y a urgence à réfléchir. « Un enjeu essentiel est de créer des espaces ou des temps pour se redire collectivement les priorités en termes de sens, sans attendre tout des circulaires. La spécificité de cette rentrée, c’est aussi à nous de la penser ! », estime Bruno Chauvineau, directeur diocésain de Blois et membre du Groupe national « Accompagnemer la reprise en établissements ». Cette démarche passe par une analyse fine du vécu des élèves, notamment des plus fragiles, en impliquant chacun pour qu’il reprenne son parcours, après une année scolaire marquée par de nombreuses interruptions – des grèves à la crise sanitaire.

Bilan diagnostique

« Il faudra faire le point sur les apprentissages de chaque enfant, les difficultés rencontrées mais aussi les compétences développées, dans une perspective de bilan diagnostique et d’éventuelles remédiations », insiste Corinne Rumin, chef d’établissement du collège Saint-Blaise, en Loire- Atlantique (cf. p.15). L’hétérogénéité des classes va s’accroître à la rentrée, accentuée par la variabilité des conditions d’apprentissage à la maison, qui augmente le besoin d’accompagnement personnalisé. Au-delà de la proposition de stages de soutien pendant les vacances et de l’adaptation nécessaire des programmes, comment travailler de façon plus systématique la différenciation et l’inclusion ?

«La rentrée va devoir s’inscrire dans la continuité de ce troisième trimestre en intégrant les besoins des élèves et en leur permettant de développer des compétences complémentaires en petits groupes », souligne Anne-Marie Briand, chargée de mission pour le 1er degré à la direction diocésaine de Brest.

Passerelles entre niveaux

Pour son homologue du 2d degré à Saint-Brieuc, Alain Larhant, « c’est l’occasion d’entrer de plain-pied dans la dynamique d’accompagnement du parcours de l’élève, en travaillant la question des cycles et des transitions en équipe et en réseau ! » À partir des décisions d’orientation, les équipes vont devoir renforcer les passerelles entre niveaux, avec une attention particulière à l’orientation post-3e ainsi qu’aux spécialités choisies en 1re et Tle.

« L’enseignement professionnel va être appelé à une grande souplesse et à l’aménagement de “sas” de découverte de ses différentes branches jusqu’à la Toussaint afin de permettre des réorientations. De même, le lycée général et technologique devra prévoir des bifurcations vers la 2de professionnelle pour éviter des décrochages dès le début d’année », prévient Jean-Marc Petit, délégué général de RenaSup. Comment se fera l’enseignement en septembre ? « Un droit d’inventaire est nécessaire – sur les plans immobilier, humain et des apprentissages à acquérir – en vue d’élaborer plusieurs scénarios, même si tout ne pourra pas être prévu », préconise François Brugière, directeur de l’enseignement supérieur à La Salle – Clermont-Ferrand (63). Si les conditions sanitaires le permettent, la dimension présentielle doit-elle être la seule ? « Précipités dans l’enseignement à distance, sans y être nécessairement formés, les professeurs ont dû changer leur façon d’enseigner en quelques heures », observe Patrick Rayou, professeur émérite à Paris-VIII (cf. p. 11). Des cours en visioconférence pour la classe entière à l’élaboration de séquences courtes scénarisées pour des apprentissages ciblés en petits groupes, les formules ont évolué.

Injecter du distanciel ?

Alors pourquoi ne pas conserver le meilleur de ces pratiques ? « La question est celle d’une présence pédagogique renouvelée et de stratégies d’accompagnement plus opérantes dans l’acquisition des savoirs. On pensait qu’il n’y avait pas de salut hors de la classe ; or, il y a eu de bonnes surprises avec l’autonomie et la gestion du temps permises par le distanciel. Si certains élèves ont décroché, d’autres, y compris en classes-relais, se sont révélés », souligne Anne-Marie Briand. Entre des cours à distance enrichis de ressources et d’exercices en ligne et un approfondissement ou une remédiation avec l’enseignant, s’ouvre la possibilité d’un cadre scolaire repensé pour les apprentissages. Il s’agira aussi d’y faire vivre le collectif par le travail coopératif en petits groupes et en binômes, même à distance.

Réévaluer l’évaluation

Passage des examens (bac et brevet) en contrôle continu, suppression des notes au troisième trimestre... La crise sanitaire a bousculé les pratiques d’évaluation et modifié leur impact sur l’orientation des élèves. Comment donner une valeur autre que la seule évaluation certificative ? Comment valoriser les compétences transversales révélées pendant cette période ? Va-t-on élargir à la rentrée la palette des pratiques, incluant l’autoévaluation, la coévaluation ou encore des évaluations collectives ? « Il est essentiel de considérer une évaluation plus formative, qui permette réellement à chaque jeune de grandir », insiste Xavier Mancel, chef d’établissement de l’institut Sainte-Geneviève, à Paris. Des équipes comme la sienne ont décidé depuis le confinement de s’engager dans de nouveaux formats d’évaluation plus interactifs via des grilles de compétences, ou encore de remanier les conseils de classe. À la rentrée, l’élaboration d’évaluations repères visant à situer les acquis et les besoins des élèves pourrait ouvrir aussi d’autres perspectives. « Il y a là une question essentielle pour l’École catholique : celle du regard que nous portons sur chaque jeune ! », retient Bruno Chauvineau. Sans oublier d’y associer les parents. « Un gros travail d’explicitation nous attend ! », pointe Charlotte Rousselet, de la direction diocésaine de Saint-Brieuc.

Faire équipe

La crise a poussé les enseignants à pratiquer de façon plus collaborative leur métier. « Avant, c’était chacun sa classe et ses élèves. Dans cette situation inédite d’enseignement à distance, il a fallu penser ensemble l’harmonisation du travail et des progressions, ainsi que le suivi des élèves. Cela n’a pas été sans mal mais ces pratiques collectives ont été très porteuses. L’enjeu est de les consolider, en donnant toute leur place aux enseignants spécialisés et à la vie scolaire ! », analyse Xavier de Beauchesne, adjoint à la direction interdiocésaine de Franche- Comté. Le développement de cette culture commune autour du travail des élèves dans et hors de la classe appelle les enseignants à tester, lors de temps dédiés, les limites et les potentialités de leurs pratiques et du sens de celles-ci. À Lyon, un « pédagotroc » virtuel a été organisé en ce sens pendant le confinement. À Nice, trois journées de foires à idées et d’ateliers de co-formation sont en projet pour la pré-rentrée, selon Anne Valentin, coordinatrice pour l’accueil des différences au diocèse : « Il y a là un levier essentiel pour continuer à valoriser les valeurs d’entraide, de partage et d’équité dans ces nouveaux temps ! »

Partagez cet article