Partager sur l'éducatif - Enseignement Catholique

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Ce mercredi 23 novembre, Carole Grandjean, ministre déléguée à l’Enseignement et à la Formation professionnels, a dialogué avec des jeunes de l'Enseignement catholique, sur le plateau de sa webradio, en direct du Salon des maires.

La bataille de l’image des filières pro

Carole Grandjean, ministre déléguée à l’Enseignement et à la Formation professionnels

Anne-Lise Méreau, élève en 1re année BTS Management opérationnel de la sécurité au lycée Saint-Nicolas d’Issy-les-Moulineaux (92)

Ethan Dahmani élève en 1re Métiers de l’accueil à Sainte-Marie de Joinville-le-Pont (94)

« Comment faire pour changer la mauvaise image de filières pro qui nous conviennent pourtant parfaitement ? » Sa question, Anne-Lise Méreau, élève en 1re année BTS Management opérationnel de sécurité au lycée Saint-Nicolas d’Issy-les-Moulineaux (92), a pu l’adresser directement à la ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels, Carole Grandjean, sur le plateau de la webradio de l’Enseignement catholique, en direct de son stand au Salon des maires. Et elle a fait mouche ! Car la ministre entend bien mener et remporter « la bataille de l’image », sur le modèle de ce qui a été entrepris avec succès pour l’apprentissage. « C’est d’ailleurs l’un des grands enjeux de la réforme que nous lançons : la revalorisation des périodes de formation en stage par une gratification, la découverte des métiers et de leur excellence dès la 5e au collège ou encore les WorldSkills, Olympiade internationale des métiers, vont contribuer à déconstruire les stéréotypes encore trop souvent associés aux voies professionnelles. »

Sur la réforme, Carole Grandjean a détaillé les quatre grands domaines d’action, qui font l’objet de groupes de travail auxquels l’Enseignement catholique est bien sûr associé : la prévention du décrochage, l’amélioration de l’insertion professionnelle, l’octroi de marges de manœuvre accrues aux chefs d’établissement afin de mieux adapter les cursus aux besoins de leurs élèves et du tissu économique local, sans oublier la facilitation des poursuites d’études pour ceux qui le souhaitent. Questionnée sur ce dernier point par Ethan Dahmani élève en 1re Métiers de l’accueil à Sainte-Marie de Joinville-le-Pont (94), qui se projette volontiers en BTS puis en licence pro, la ministre a évoqué la possibilité de créer « des sas, une année passerelle pour aider les jeunes bacheliers pro à gravir la marche du supérieur », déplorant leur taux de réussite trop faible en BTS à l’heure actuelle.

Du dialogue interculturel
et interreligieux en éducation

Anne-Sophie Luiggi, enseignante du groupe Hospitalité de Marseille

Nathalie Tretiakow, adjointe du secrétaire général de l'Enseignement catholique

Accueillir et être reçu… Tout un programme, porté par le groupe Hospitalité de Marseille, espace de dialogue inter-établissements né à l’automne 2021 : des échanges spontanés sur les religions, noués entre élèves, à l’occasion d’une cérémonie d’hommage à Samuel Paty organisée par le Rectorat de Marseille. Les enseignants et responsables de leurs quatre établissements, un public et trois confessionnels sous contrat, un juif, un musulman et un catholique, le collège Chevreul-Champavier, ont souhaité prolonger l’aventure de la rencontre. Chacun d’eux a accueilli les autres, travaillant à cette occasion « une grammaire du dialogue qui relève un triple défi : celui de s’ouvrir à l’altérité en présumant qu’elle constitue une richesse, celui d’affermir son identité dans l’ouverture, celui de la sincérité »,  résume Anne-Sophie Luiggi, enseignante qui a accompagné l’expérience à Chevreul-Champavier. Elle a apprécié le soutien qu’apporte l’ISTR de Marseille qui propose notamment un DU sur l’interreligieux et une formation pour les responsables de vie scolaire de l’enseignement catholique : « Résultat, faire visiter l’oratoire, partager une lecture, organiser des débats sur la place des femmes, la diversité et la spiritualité a été très formateur pour les jeunes, qui nous ont dit que cette découverte des autres leur avait aussi permis de se découvrir eux-mêmes… »

Impressionnée, Nathalie Tretiakow, adjointe au secrétaire général de l’Enseignement catholique, a salué cette expérience exigeante et authentique qui démontre « toute la portée éducative des valeurs de compréhension mutuelle » et « la chance, dans l’Enseignement catholique, de pouvoir parler de religion et ouvrir ainsi les jeunes au champ si essentiel de la spiritualité ». Elle a aussi rappelé que certains établissements largement ouverts aux élèves musulmans faisaient figure de véritable laboratoires de ce dialogue interreligieux et interculturel, si précieux pour faire des religions des chemins de fraternité plutôt que des murs de séparation.

 Priorité aux plus fragiles

Jean-Luc Lambert, chef d'établissement du lycée Saint-Martin de Roubaix (59)

Un chef d’établissement ému jusqu’au larmes lorsqu’un ancien élève, trisomique, se jette dans ses bras pour le remercier de l’aider à avoir trouvé sa place dans la société et un métier… C’est le genre d’expériences qu’a pu vivre Jean-Luc Lambert, chef d’établissement du lycée Saint-Martin de Roubaix (59), établissement proposant des formations santé et social à un public scolaire au profil fragile, doublé parfois de situations précaires, comme en atteste son IPS particulièrement bas. C’est ce qui lui a permis d’expérimenter depuis la rentrée 2021 les CLA (Contrats locaux d’accompagnement) qui octroient des moyens supplémentaires – crédits pédagogiques, forfaits et heures sup – à des établissements dont les élèves relèvent de l’éducation prioritaire. Saint-Martin a utilisé cette enveloppe pour développer le soutien scolaire, renforcer le lien aux familles en leur proposant notamment des conférences sur des thèmes éducatifs et en travaillant sur le bien-être des jeunes ainsi que sur leur accompagnement à l’orientation et à l’insertion. Y compris pour les élèves les plus fragiles, à savoir les jeunes en situation de handicap qui, en parallèle du dispositif Ulis, peuvent désormais profiter d’une Ulip. Coup de pouce à la recherche de stages en entreprise et aménagement du rythme d’alternance sur deux jours filés à l’année.

Au-delà, les deux dispositifs Ulis de quinze jeunes souffrant de troubles cognitifs (TSA, dys…) peuvent profiter de créneaux de soutien sur-mesure ainsi que d'ateliers de sophrologie et de théâtre proposés à tous. Un centre d’écoute dispense également un accompagnement renforcé à quelque 25 élèves éprouvant des difficultés personnelles spécifiques. Pour que chacun dispose de chances de réussite optimisées !

La cantine à 1 euro : c'est possible !

Jean-Pierre Bataille, maire de Steenvoorde (59)

Jean-Marie Ridez, président d’Ogec de l’institution Notre-Dame-de Lourdes, à Steenvoorde

Gilles Demarquet, président de l'Apel nationale (Association des parents d’élèves de l’enseignement libre)

Steenvoorde, petit village du Nord frontalier de la Belgique, compte parmi les quelque 1 500 communes – sur 12 500 communes rurales éligibles – à avoir instauré le dispositif « Cantine à 1 euro » proposé depuis 2019 dans le cadre du plan de lutte contre la pauvreté. « Parce que dans une commune où 58% des foyers sont non imposables, toute mesure propre à soutenir le pouvoir d’achat des familles est bonne à prendre », estime son maire, Jean-Pierre Bataille. Il se trouve que l’édile, qui a fréquenté l’école catholique de son village – socialement très mixte – et l’école publique  – deux ans pour y apprendre le latin –, s’applique à ajuster strictement le forfait d’externat versé au privé au coût d'un élève du public, soit 740 euros. En toute logique et sans rencontrer aucune objection de son conseil municipal, il a donc répondu favorablement à la demande de l’Ogec de l’institution Notre-Dame-de-Lourdes d’étendre ce dispositif au privé. Le président de cet Ogec, Jean-Marie Ridez, se réjouit : « Au début, notre dossier a été refusé mais, puisqu’il s’agissait d’une subvention nationale à laquelle tous les administrés sont en droit de prétendre, nous avons insisté et fini par obtenir que la mairie se porte mandataire pour l’école privée. Chaque trimestre, on déclare les enfants éligibles à la mairie, qui perçoit les aides  – 3 euros par repas facturé 1 euro – et nous les reverse. »

Triennal, le dispositif permet une économie de 420 euros par an et par enfant éligible pour les familles ayant fait le choix du privé comme du public. Un montant non négligeable par les temps qui courent. Si la municipalité a la chance d’avoir ses factures énergétiques bloquées jusqu’en 2024, elle subit l’explosion des contrats d’assurance et une hausse de 70 000 euros des salaires de ses agents. Pour autant, le maire va engager un projet de lotissement afin de vitaliser ses deux écoles, qui assurent elles-mêmes la pérennité des commerces et du tissu associatif, très dynamique.

Pour plus d'équité

Gilles Demarquet,
président de l'Apel nationale

Parmi les priorités du président de l’Apel nationale : le sujet fondamental du financement des AESH sur la pause méridienne, qui, faute d’être pris en charge par l’État, retombe sur les parents dans l’Enseignement catholique quand les collectivités locales le prennent à leur charge pour les élèves du public. Un manque d'équité d’autant plus insupportable que les enfants concernés relèvent de handicap plutôt lourd.

Gilles Demarquet a aussi évoqué l’injustice en matière de restauration : « Il y a là un sujet social. Alors que l’Enseignement catholique travaille à généraliser la contribution différenciée pour promouvoir une mixité dont on sait qu’elle est bénéfique à tous, ses élèves défavorisés ne reçoivent pas les aides qu’ils obtiendraient s’ils étaient scolarisés dans le public. »

Autre signe cité de la  volonté d’ouverture de l’Enseignement catholique : son souhait de développer les voies professionnelles et l’apprentissage - auquel l’Apel a consacré son dernier petit-déjeuner débat au Sénat le 16 novembre dernier – pour mieux prendre en compte toutes les formes d’intelligence et valoriser des voies de réussite diversifiées.

Des métiers en tension

Michel Quinton, chef d'établissement du lycée La Salle – Saint-Nicolas d’Issy-les-Moulineaux (92)

Rémy Schickler, enseignant et formateur

Luna Rodrigues et Anne-Lise Méreau, élèves en BTS Management opérationnel de sécurité

En plein développement, les métiers de la sécurité peinent à recruter suffisamment. À tel point que les lycéens de La Salle – Saint-Nicolas d’Issy-les-Moulineaux (92) ont été démarchés pour venir renforcer les dispositifs de sécurité des JO 2024 dans les lieux sportifs : l’établissement a noué une partenariat avec la fédération française de sauvetage et de secourisme, qui propose aux élèves des formations gratuites aux PSC1 et PSC2, complétées par quarante heures de service sur le terrain durant leurs week-ends qui leur permettront d’être opérationnels pour les JO.

Michel Quinton, chef de cet établissement qui a investi ces filières de formation, du CAP Agent de sécurité au bac +3 avec un bachelor en cybersécurité proposé en partenariat avec l’école d’ingénieurs voisine de l’Isep, « mesure toute la difficulté à mettre en adéquation les appétences des jeunes, leur formation et les besoins du monde du travail, et le besoin de créer des synergies entre employeurs et établissements comme y travaille l’Agence Excellence Pro. Par exemple, alors que 15 jeunes décrochent ici chaque année leur bac pro Maintenance des systèmes de production connectés, je reçois chaque mois une vingtaine d’offres d’emploi dans ce secteur… »

Anna Rodrigues et Anne-Lise Méreau, élèves en BTS Management opérationnel de sécurité souhaitant devenir respectivement membre de la Garde républicaine et sapeur-pompier de Paris, illustrent l’attirance des jeunes pour les métiers passion de la sécurité publique, moins à la peine pour recruter. Bien dans leur cursus, qui offre autant de possibilités de poursuite d’études que de perspective d’employabilité rapide, elles apprécient d’apprendre vraiment un métier, en immersion et dans des classes en petits effectifs. Elles aimeraient voir le regard porté sur ces formations professionnelles enfin évoluer !

L’enseignement agricole en transition écologique

Philippe Poussin,
secrétaire général du Cneap

Avec 45 000 apprenants, un effectif en hausse depuis deux ans (-200 élèves mais +900 apprentis), l’Enseignement agricole privé se maintient et voit son public traditionnel d’enfants d’agriculteurs se diversifier avec un public plus urbain, en quête de nature.

« Reste qu’avec le départ à la retraite de 150 000 agriculteurs dans les dix ans, un travail de communication important doit être engagé dans les collèges de l’Éducation nationale qui méconnaissent nos filières », affirme Philippe Poussin.

Ìl pointe aussi l’enjeu majeur de la transition écologique : « Le changement est en route. Certes ,le monde agricole est traversé par de la désespérance, souffre de faibles salaires pour un rythme de travail qui laisse peu de place aux congés… Mais ce métier de vocation est l’un de ceux qui ne se sont pas arrêtés durant la crise sanitaire. Il peut promouvoir un rapport au vivant plus respectueux de l’environnement, ce à quoi s’emploient nos établissements, qui évoluent aussi en lycées de territoires, dont les plateaux techniques sont mis à disposition des populations environnantes et des collectivités locales. »

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