Rentrée 2018 : les syndicats sur la brèche - Enseignement Catholique

Rentrée 2018 : les syndicats sur la brèche

Suppressions de postes annoncées, poursuite des réformes à un train d’enfer, pouvoir d’achat des enseignants en berne… Les dossiers chauds ne manquent pas pour les syndicats de maîtres. Tour d’horizon avec le Spelc et la Fep-CFDT, à l’occasion de leur point presse de rentrée des 13 et le 19 septembre derniers, à Paris.

Sylvie Horguelin

Luc Viehé, président du Spelc, Régine Mahé, secrétaire générale adjointe, Valérie Doulmet, chargée de communication.

Sur le terrain, on ressent « une inquiétude quant aux réformes, en particulier celle du lycée qui impacte le bac », a déclaré Valérie Doulmet, chargée de communication au Spelc (1), lors d’un point presse organisé par ce syndicat le 13 septembre dernier à Paris. Et de pointer des réformes lancées trop vite, sans plan de formation des enseignants suffisant pour les accompagner. « En Allemagne, il y a eu une réforme de fond de l’École entre 2005 et 2010 et maintenant cela marche, alors qu’en France, le système éducatif est un enjeu politique », déplore le président du Spelc Luc Viehé. « Nous abordons toutefois la rentrée avec optimisme », a-t-il poursuivi. Le syndicat se réjouit en effet d’un « boom de ses adhérents » avec une progression de plus de 4 % - alors qu’il représente 6,5 % des personnels enseignants et non enseignants de l’enseignement catholique.

Impératif de concertation

Concernant les avancées obtenues, Luc Viehé salue le courrier envoyé par la Direction des affaires financières au Secrétariat général de l’enseignement catholique, le 18 juillet dernier, qui « rappelle avec fermeté l’obligation pour les chefs d’établissement de mener une concertation avec les enseignants avant l’attribution des indemnités pour mission particulière (IMP) ». Le syndicat y voit le résultat des interventions des organisations représentatives des maîtres, dont l’envoi par le Spelc de l’enquête qu’il avait conduite l’an dernier sur le sujet. Il en résultait que seuls 10 % des établissements privés pratiquaient la concertation. Autre dossier sur le feu, celui des suppléants. « 21 % des maîtres du 2d degré sont des précaires – un maître sur cinq – et 14 % dans le 1er degré, avec des disparités régionales, s’alarme Régine Mahé, secrétaire générale adjointe du Spelc. La petite amélioration obtenue concernant la rémunération des maîtres du 2d degré - avec depuis la rentrée, le classement en MA1 des suppléants qui ont la licence - ne peut suffire. Nous demandons depuis des années la création d’un corps de titulaires remplaçants, comme dans le public. » Enfin, le Spelc juge inacceptable les réductions d’emplois qui vont dégrader les conditions de travail des maîtres, conclut Luc Viehé.

 

La baromètre de la Fep, entre lassitude et fatalisme

L'équipe de la Fep-CFDT (de g. à dr.) : André Jeffroy, Bruno Lamour, Brigitte Cassard et Laurent Lamberdière. ©SH

Même réaction indignée à l’annonce des suppressions de postes à la rentrée prochaine du côté de la Fep-CFDT(2) qui a reçu, quant à elle, la presse le 19 septembre dernier. « Les enseignants du privé en collège et en lycée pourront se consoler en faisant de gré ou de force, des heures supplémentaires mieux rémunérées, commente André Jeffroy, responsable de la communication de ce syndicat qui représente environ 28 % des personnels enseignants et non enseignants de l’enseignement catholique. C’est le retour du “travailler plus pour gagner plus” dont on connaît aujourd’hui les effets néfastes sur l’attractivité du métier. » Et celui-ci de déplorer « un métier qui s’exerce de plus en plus dans un registre low-cost ».

De fait, en cette rentrée, les enseignants ressentent « lassitude » et « fatalisme », selon les premières remontées du terrain recueillies par la Fep. « Lassitude » en pensant à l’énergie dépensée pour la mise en place de réformes dont il ne reste rien (collège, rythme scolaire) et « fatalisme » vis-à-vis des réformes en cours menées trop vite.

 

Des inquiétudes sur
la mixité des publics et l'agricole

L’enseignement professionnel craint, pour sa part, d’être de plus en plus confronté à la mixité des publics. « Comment prendre en compte les apprentis alors qu’ils ne sont pas toujours en classe avec les autres élèves ?, s’interroge Laurent Lamberdière, secrétaire national. « De plus, ici ou là, un enseignant est prié d’aller faire au CFA voisin quelques heures prises sur son service financé par l’Éducation nationale », constate-t-il.

Enfin, les inquiétudes sont particulièrement vives dans l’enseignement agricole privé « qui perd des élèves, qui va perdre des postes, et qui, faute de vision prospective, ne joue plus le rôle d’avant-garde pédagogique qu’il avait dans les années 1980-1990 », souligne Brigitte Cassard qui porte ce dossier à la Fep. « Une quarantaine d’enseignants sont passés dans des établissements de l’Éducation nationale depuis qu’une “passerelle” a été mise en place et celle-ci n’a été utilisée qu’une fois en sens inverse ! », souligne-t-elle. Et Bruno Lamour, secrétaire général de la Fep, d’ajouter : « Beaucoup d’enseignants de l’agricole se demandent s’il ne serait pas plus logique d’être rattachés à l’Éducation nationale. Et la fédération envisage de lancer une consultation sur ce sujet tabou. »

Le pouvoir d’achat des enseignants préoccupe aussi la Fep qui liste : le gel du point d’indice, après qu’il l’ait été pendant six ans (de 2010 à 2016), le report du PPCR (Parcours professionnels, carrières et rémunérations), le rétablissement du jour de carence…

Enfin, le syndicat qui dénonce « le management parfois rugueux des chefs d’établissement et l’insuffisance du dialogue social » se félicite, comme le Spelc, du « coup de semonce » du ministère de l’Éducation nationale et de la lettre que Pascal Balmand a adressée en conséquence aux directeurs diocésains, le 13 septembre dernier. Dans cette dernière, le secrétaire général de l’enseignement catholique rappelle que « rien ne peut justifier, sur ce point précis de l’attribution des IMP comme sur tous les autres sujets où elle est requise, l’absence de concertation avec l’équipe enseignante ». Une nouvelle culture de la gouvernance, plus horizontale, doit se mettre en place sans tarder.

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