Regards croisés sur la médiation

Le Groupe Médiations de l'Enseignement catholique a 15 ans. Le 27 novembre, dans le cadre de la journée « Regards croisés sur la médiation » le Groupe Médiations et le Sgec se sont associés pour permettre aux chefs d’établissement, responsables d’Ogec et représentants des tutelles d’affiner leur connaissance de cette pratique. Experts et témoins sont intervenus tout au long de la journée pour parler de leur expérience.

Mireille Broussous

Alain Ory, Olivier de Galzain, Dominique Simon, Constance Bouruet Aubertot, Jean-Louis Octau. M. Broussous

À sa prise de fonction, cette chef d’établissement a découvert une équipe « en souffrance », en « crise aigüe » et de nombreux « blocages ». À l’origine de cette situation, de très mauvaises relations entre l’équipe et le précédent chef d’établissement notamment.  La tutelle a alors proposé de faire intervenir le Groupe Médiations composé pour moitié de retraités du réseau des écoles catholiques et pour moitié de spécialistes de la médiation. « Nous avons beaucoup préparé la journée de médiation. En amont, les médiateurs ont reçu les enseignants et personnels Ogec individuellement ou par petits groupes. Des choses ont été dites sans filtre et les médiateurs ont eu une attitude apaisante », explique la chef d'établissement. La journée de médiation a été très dense. Les salariés ont été rassurés de constater que leur ressenti était partagé par leurs collègues. Des liens forts se sont créés. « Des solutions ont été trouvées. Malheureusement, elles n’ont pas été mises en œuvre car certains n’ont pas souhaité aller vers davantage de partage des responsabilités et de nouveaux conflits sont apparus par la suite. En fait, la situation était trop enkystée, la médiation est arrivée trop tard mais elle a néanmoins apporté une respiration», ajoute la chef d'établissement.

Dans d’autres situations, la médiation fonctionne à 100 %. « En tant que président d’Ogec, j’avais pris l’habitude de m’adresser au responsable de l’école primaire, coordinateur de l’établissement dans lequel se trouvait aussi un collège. J’ai compris lors de la médiation, que le responsable du collège qui comptait plus d’élèves que l’école primaire n’acceptait pas que je ne m’adresse pas plus à lui. Mon attitude contribuait sans que je n’en ai conscience à la dégradation des relations entre ces deux jeunes chefs d’établissements récemment nommés. Après la médiation, nous avons travaillé ensemble autrement et leurs relations se sont apaisées », explique un ancien président d’Ogec.

Entre 10 et 20 interventions par an

Dans ce deuxième cas, la médiation a été déclenchée juste à temps. « Le moment où il faut démarrer une médiation reste mystérieux. Il ne faut pas se lancer trop tard sinon les conflits sont cristallisés et prennent une dimension dramatique mais il n’est pas possible de se lancer trop tôt non plus. Une certaine souffrance est nécessaire sinon les gens ne voient pas l’intérêt d’amorcer un tel processus », souligne Jacques Faget, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la médiation.

Les chefs d’établissements ou responsables d’Ogec connaissent de mieux en mieux la médiation (voir encadré) pourtant, ils se lancent encore assez rarement dans la démarche. « Le Groupe Médiations qui intervient sur l’ensemble du territoire est sollicité entre 10 et 20 fois par an », indique Yann Diraison, adjoint au Secrétaire général de l’enseignement catholique. Ce qui est assez peu.

Jacques Faget © MB

« D’une manière générale, les institutions – comme les individus d’ailleurs - ont du mal à regarder le conflit en face. Bien souvent, il est occulté. Le médiateur, lui, ne regarde pas le conflit comme quelque chose de négatif. Au contraire, lorsqu’il « traité », il permet à l’institution de mieux fonctionner et aux individus de devenir plus tolérants. Il faut réintroduire le conflit comme un élément normal et fondateur de l’institution », affirme Jacques Faget.

Dans la médiation, l’individu se réapproprie son conflit. Il n’est pas représenté mais « monte au créneau » lui-même. La médiation présuppose que les individus ont l’intelligence de leur propre conflit, qu’on peut en appeler à leur libre-arbitre et à leur esprit de responsabilité et qu’ils seront à même de participer aux décisions qui les concernent. Que faire pour qu’une médiation réussisse ? « La médiation remet de l’horizontalité dans des systèmes verticaux. Ainsi, il est essentiel qu’elle se déroule dans un lieu neutre où les statuts de chacun sont oubliés. Dans la médiation, il n’y a plus de hiérarchie », rappelle Jacques Faget. Par ailleurs, le médiateur doit être indépendant, légitime et accepté par toutes les parties. Autre condition sine qua non, la confidentialité. Rien de ce qui se dit dans le cadre de la médiation ne doit être communiqué à l’extérieur. Enfin, il est indispensable d’expliquer à chacun ce qu’est une médiation et d’obtenir explicitement l’accord des participants avant de démarrer le processus. A tout moment d’ailleurs, un participant peut arrêter une médiation notamment si les décisions vers lesquelles elle s’achemine ne lui conviennent pas.

Le rôle du médiateur est de faire émerger ce qui n’est pas dit, de relancer la communication entre les personnes sans pour autant trouver les solutions à la place des gens. « Je questionne beaucoup, je tâtonne. Il faut que chacun trouve la place de dire sa vérité et soit entendu par les autres. Parfois, j’ouvre une brèche, c’est un mur qui s’écroule et une solution est trouvée. Parfois, le mur ne fait que se fendiller, les gens se parlent à nouveau mais rien n’est résolu », explique Constance Bouruet-Aubertot qui fait partie du Groupe Médiations. Le médiateur n’a pas de pouvoir de décision et ne doit pas avoir déjà avoir imaginé une solution a priori. « Il doit faire preuve de patience et se laisser porter », dit Jacques Favet.

A quoi reconnaît-on qu’une médiation est réussie ? Quand les participants n’ont plus besoin du médiateur, que le dialogue est revenu, que chacun est en mesure de s’exprimer et d’écouter la parole de l’autre. Un accord final n’est pas indispensable mais une médiation est résolument tournée vers l’avenir et un consensus autour de diverses solutions à la crise doit apparaître.

 

 

Une culture à construire

 

 

Il n’existe pas encore en France de véritable culture de la médiation pourtant de plus en plus d’acteurs savent en quoi elle consiste et en approuve le principe. « Les réponses au questionnaire que nous avons élaboré montrent qu’il existe un accord sur ce qu’est la médiation. Mais il faut aller plus loin dans une réflexion partagée autour de la médiation», affirme Dominique Simon, présidente du Groupe Médiations qui compte une vingtaine de membres. Au sein du réseau des écoles catholique, le Groupe Médiations est lui aussi de plus en plus connu. Il est d’ailleurs amené à former dans certains diocèses des groupes de médiateurs qui interviennent localement.

 

 

 

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