Quand solidarité rime avec prospective

Dans ce climat d’incertitude sanitaire, économique et sociale, source de fragilités et d’inquiétudes, l’école catholique est plus que jamais amenée à renforcer et à imaginer de nouvelles formes de solidarités.

C’est l’idée force du message de rentrée adressée par le secrétaire général de l’enseignement catholique, à la presse, ce 24 septembre au matin. Ni slogan ni « sentiment de compassion vague », Philippe Delorme, convoquant Jean-Paul 2, en a appelé à une fraternité en acte, traduction de « la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun ».

Une ambition dont il a expliqué qu’elle impliquait notamment d’engager une prospective audacieuse qui permette à l’Enseignement catholique de répondre aux enjeux éducatifs forts de notre temps.

© F. Husson

 

 

 

© F. Husson

 

 

 

 

 

À année particulière… rentrée particulière

Solidaire du service public d’éducation, l’Enseignement catholique s’emploie, en cette rentrée si particulière, à valoriser et enrichir les expériences éducatives innovantes vécues pendant le confinement, dans la perspective de réassurer les élèves, en particulier les plus fragilisés par la crise.
Il continue pour cela à s’appuyer sur les acteurs des communauté éducatives dont Philippe Delorme a salué et remercié l’investissement, en termes d’accompagnement des élèves et des équipes, de disponibilité et de réactivité, autant que de créativité pédagogique.
L’Enseignement catholique poursuit aussi l’étroite collaboration, renforcée pendant le confinement avec les services du ministère de l’Education

 

Si environ 14 000 élèves de l’Enseignement catholique ont été concernés depuis la rentrée par quelque 440 fermetures de classes, ces mises en quatorzaine sont en nette décélération depuis la réactualisation des protocoles le 21 septembre dernier.

« Vigilant mais confiant car incompétent pour juger de leur pertinence au plan médical », Philippe Delorme estime logique que « l’école étant soumise, comme les théâtres et les cinémas, à un protocole spécifique très strict, ne soit pas concernée par les durcissements annoncés le 23 septembre, notamment parce que le maintien de la restauration y constitue un impératif et que la sécurité des personnes est garantie par les règles en vigueur. »

 

Dans le souci de maintenir l’accueil des élèves malgré ce contexte sanitaire particulier, il a également pointé la nécessité de garantir des possibilités de remplacement optimales, rappelant l’inéquité actuelle entre enseignement public et privé. « Variable en fonction des territoires et des disciplines, elle peut conduire à ce que les remplaçants du public soient rémunérés jusqu’à 50% de plus que des suppléants du privé » a-t-il fait valoir.

© F. Husson

Les effectifs : une baisse à relativiser

 

Certes, l’Enseignement connaît, pour la première fois en dix ans une légère baisse (-0,03%) de ses effectifs. « Une baisse à mettre en regard des 100 000 élèves gagnés en dix ans » a relativisé Philippe Delorme reconnaissant que la hausse des effectifs dans le second degré (+ 6915 élèves et étudiants) ne compensait pas les 14 855 élèves de primaire perdus.

À noter que l’Enseignement catholique enregistre aussi une diminution des effectifs de 783 élèves dans l’enseignement agricole ( soit -1,75 %) tandis que les effectifs de ses lycées professionnels se maintiennent et ceux des BTS et des apprentis croissent fortement.

Concernant le 1er degré, Philippe Delorme note qu’en plus de l’impact de la courbe de la natalité, cette rentrée a été marquée par des désistements plus nombreux qu’à l’accoutumée sur l’ensemble du territoire. Des défections imputables à la crise de la Covid, liées à la perte de revenus de certaines familles ainsi qu’un climat d’appréhension quant aux risques sanitaires conduisant certaines familles à différer l’inscription des plus jeunes en maternelle. Il relève en outre que les internats ont sûrement aussi fait les frais de craintes sanitaires par rapport à la vie en collectivité.

Focus sur l'agricole

A cette rentrée 2020, les effectifs du réseau des établissements du CNEAP enregistrent une baisse de 783 élèves en formation initiale scolaire temps plein, soit une diminution de 1,7%. La filière Services, en proie à une érosion récurrente de ses effectifs, est particulièrement touchée avec une perte de 1100 élèves (-8% par rapport à la rentrée 2019). Les filières Agroéquipement et Production horticole enregistrent de bons résultats (respectivement +283 élèves soit + 31% et +301 élèves, soit +43%), malgré la crise sanitaire. Côté apprentissage, les résultats sont encourageants avec des effectifs à la hausse : à cette rentrée, les établissements du Cneap accueillent ainsi 5626 apprentis contre 4200 à la rentrée dernière, soit une croissance de 34%. Au total, 49 700 apprenants sont accueillis au sein du réseau, hors formation continu

 

Solidarité envers les acteurs
de la communauté éducative

L’Enseignement catholique entend aussi exprimer sa solidarité, à tous ceux qui ont été éprouvé par la crise, par la maladie, le deuil ou les difficultés financières. « AU sein des établissements, des mécanismes d’aides financière ont aidé les familles fragilisées et des fonds de solidarité nationaux mis en place par la mutuelle Saint- Christophe ou l’association des parents de l’école libre (Apel) ou ont aussi permis d’accorder des réductions de contribution, voire la gratuité totale. »
Interrogé sur le « Grenelle des professeurs » Philippe Delorme a manifesté son souhait de voir la profession revalorisée à la hauteur de ce que la crise a révélé de son utilité sociale. Une urgence qui va de pair avec celle de susciter davantage de vocations enseignantes.

 

Innovations et réformes

Nouvelles modalités d’apprentissage en distanciel, exploitées par exemple dans le cadre de l’aide aux devoirs ou de la mutualisation entre lycées des enseignements de spécialité ; souci de renforcer le suivi éducatif à travers des modalités de conseil de classe renouvelées, enrichies d’une part d’auto-évaluation ; permanence d’écoute élargies, comme proposé par exemple par les psychologues de la DDEC de Vannes…
Philippe Delorme a encouragé à « conserver et enrichir toutes les expériences vécues depuis le mois de mars, particulièrement dans les domaines pédagogiques et éducatifs » notamment pour combler les inégalités qui se sont creusées à la faveur du confinement.

Il y voit l’occasion pour l’Enseignement catholique de renforcer encore son souci d’une éducation intégrale, qui prenne en compte toutes les dimensions de la personne et vise à prévenir toute forme de maltraitance, ce pour quoi a été lancé le programme de protection des publics fragiles (PPPF). Il a également rappelé toute l’importance de l’éducation affective relationnelle et sexuelle, à l’occasion d’une question sur la polémique autour des tenues vestimentaires inappropriées en établissement scolaire : « L’apprentissage de la pudeur, si elle commence en famille, trouve naturellement son prolongement à l’école, concernée d’autant plus que des comportements impudiques peuvent, via l’amplification des réseaux sociaux, conduire certains jeunes au suicide. »

Philippe Delorme a aussi encouragé à poursuivre le fil des réformes en cours, celle notamment du lycée, dont il a souhaité que les modalités de mise en œuvre n’en dévoient pas l’esprit.
Satisfait de la transformation des Épreuves communes de contrôle continu (E3C) en Évaluations communes (EC) qui accordent une autonomie plus grande aux établissements dans leur organisation, il a souligné que des questions demeuraient en suspens : « adaptation nécessaire des conseils de classe, la notion de groupe classe, constitution des emplois du temps, évaluation, préparation au grand oral… »

Une prospective audacieuse 

 

La dynamique prospective engagée par l’Enseignement catholique doit s’accélérer dans un contexte de sobriété budgétaire très contraint. Pour preuve, ce sont cette année près de 300 emplois qui ont été redéployés en interne, contre une centaine l’an dernier, pour « répondre aux nouveaux besoins éducatifs en tenant compte d’un maillage territorial équilibré entre les secteurs en plein développement démographique et les secteurs ruraux en déprise démographique. »

 

Philippe Delorme a rappelé à quel point l’Enseignement catholique est appelé à penser son évolution « autrement que quantitativement, en tenant compte de ce que l’enseignement catholique peut apporter aux familles et aux territoires fragiles ». Cette responsabilité implique qu’il transforme et renouvelle ses propositions en termes d’éducation autant que de pilotage. Ainsi, si des choix de raison imposent des fermetures lorsqu’il n’y a plus d’élèves, d’autres écoles gagnent à être maintenues, par adossement à un groupe scolaire ou par le biais de directions multi-sites.

Entre autres exemple de ces modèles de développement innovant, Philippe Delorme a cité l’école Notre-Dame à Sancerre dans le Cher. Sa fusion avec l’ensemble scolaire de Bourges Centre, lui garantit une viabilité financière et assure des retombées en termes de dynamisme éducatif comme d’animation du territoire puisqu’elle accueille dans ses murs un tout nouveau BTS viticole.

Pour guider ce développement, des orientations pour la prospective à l’horizon 2030 seront votées par le Cnec cet été, à partir des enseignements apportés par une enquête nationale qui dresse un état des lieux de l’enseignement catholique à partir d’une soixantaine de critères objectifs -organisation territoriale, santé économique, services rendus aux familles…-

 

© F. Husson

 

 

© F. Husson

Trois incontournables pour L'Enseignement catholique de demain

 

  • Mixité sociale

 

"L’Enseignement catholique entend donc être pleinement associé à la nouvelle politique d’éducation prioritaire dans le respect de la loi Debré"

 

« Sachez que sans notre politique de redéploiement interne en faveur de toutes les réussites qui a concerné 1400 postes en dix ans-, nos effectifs ne seraient pas à la baisse aujourd’hui », a asséné Philippe Delorme.

Convaincu que faire vivre et travailler ensemble des jeunes plus favorisés et plus fragiles bénéficie à tous et contribue à construire une société plus fraternelle, l’Enseignement catholique entend donc être pleinement associé à la nouvelle politique d’éducation prioritaire dans le respect de la loi Debré pour approfondir une politique déjà bien affirmée qui se traduit aussi à travers le dispositif des Établissement à moyens éducatifs renforcés auxquels le magazine Enseignement catholique actualités (ECA) consacre son dossier de rentrée.

 

"Lever le frein de la restauration"

Si des possibilités de contribution différenciée rendent l’Enseignement catholique accessible à des familles moins favorisées, Philippe Delorme a reconnu que la question du coût de la restauration demeurait un frein. Sur ce point il a solennellement demandé aux collectivités territoriales d’en finir avec les trop nombreuses ruptures d’égalité qui privent les élèves du privé de certaines aides accordées pour la restauration, poste qui parfois décuple la contribution financière demandée aux familles.

 

 

         - Ecole inclusive

 

Saluant que le président de la République ait fait une priorité nationale de la scolarisation des élèves en situation de handicap, Philippe Delorme a regretté la persistance de certains freins à sa mise en œuvre effective dans certains territoires.
Les établissements de certaines académies, comme celle des Yvelines, ne se voient en effet pas accorder les AESH notifiés par les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). De même il a annoncé que l’Enseignement catholique ne tolèrerait pas que la rémunération des AESH sur la pause méridienne, - sur laquelle le Conseil d’État délibère actuellement- repose sur les familles.

 

 

         - Valoriser la diversité des formations

Bien que le Salon Excellence pro, évènement inédit visant à valoriser les formations professionnelles de l’Enseignement catholique n‘ait pu se tenir à cause du contexte sanitaire, une dynamique profonde en leur faveur a porté ses fruits. Outre l’explosion des effectis d’apprentis, cette année voient les effectifs des lycées professionnels se stabiliser.

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