Priorité à l’école primaire

Lors de sa première conférence de presse de rentrée, le 29 août dernier à Paris, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a présenté les mesures qui seront mises en œuvre cette année. Ses priorités : le premier degré et la scolarisation des élèves en situation de handicap.

Jean-Michel Blanquer fait sa première rentrée comme ministre de l'Éducation. ©SH

« Notre devise ? L’École de la confiance », a annoncé d’emblée Jean-Michel Blanquer, lors de sa conférence de presse de rentrée qui s’est tenue le 29 août dernier à Paris. Une confiance envers tous les acteurs du système éducatif « qui doit conduire à la confiance des élèves en eux-mêmes », point de fragilité du système français selon lui. Mais « la confiance ne se décrète pas, elle s’enclenche », a souligné le ministre de l’Éducation nationale pour introduire les mesures mises en œuvre dès la rentrée, « alors que le nouveau gouvernement n’a que trois mois à son actif », a-t-il souligné. Voici la liste de ces mesures.

Le dédoublement des classes en CP en réseau d’éducation prioritaire (Rep).

Pour introduire plus de justice sociale, les réseaux d’éducation prioritaire sont ciblés. Ainsi, les 2 500 classes de CP en Rep+ seront dédoublées à la rentrée 2017, ce qui équivaudra à un effectif de 12 élèves par classe. Ce dédoublement sera réalisé dans 86 % des cas, avec parfois des effectifs à 13 ou 14 élèves, tandis que dans 14 % des cas, deux enseignants travailleront ensemble. À la rentrée 2018, les classes de CP en Rep seront aussi dédoublées ainsi qu’une partie des classes de CE1 en Rep+ et en Rep et leur totalité à la rentrée 2019. Cette mesure ne concerne pas l’enseignement catholique qui n’a aucun établissement classé en Rep (même si certains en remplissent les conditions). Mais, à terme, ce dédoublement pourrait toucher l’ensemble des maternelles et écoles élémentaires…
Le dispositif « Plus de maîtres que de classes » ne sera pas supprimé pour autant, même si la recherche internationale juge, selon le ministre, que la mesure la plus efficace consiste à dédoubler les classes. Les deux tiers de ce dispositif continueront donc d’exister, tandis qu’un tiers des maîtres seront redéployés. Ces deux dispositifs seront à terme évalués.

Des rythmes scolaires assouplis.

Le ministre, selon lequel aucune étude n'avantage la semaine de 4 jours et demi par rapport à celle de 4 jours, « a trouvé une situation d’inégalité » entre les communes, un certain nombre d’entre elles proposant aux élèves des activités périscolaires peu intéressantes et payantes. D’où sa décision d’assouplir les rythmes scolaires dès la rentrée 2017 pour mieux répondre aux singularités de chaque contexte local. À la rentrée 2017, 31,8 % des écoles ont choisi de revenir à la semaine de 4 jours, soit 28,7 % des élèves. Le soutien financier apporté aux communes qui ont choisi les quatre jours et demi est maintenu. Enfin, pour avoir une vision de ces rythmes sur une année complète, une concertation sur « le temps et l’espace de l’enfant », en lien avec le Cese, sera lancée avant les vacances de Noël.

L’évaluation des élèves
en CP et en 6e.

Au niveau national, les compétences des élèves en maths et français seront évaluées en septembre au CP et en novembre en 6e. Ces évaluations ont été conçues par la Dgesco et le Cnesco, avec l'expertise du chercheur Michel Fayol.

L’accompagnement des élèves
en situation de handicap.

Le ministre déclare s’inscrire dans la continuité de ses prédécesseurs sur ce sujet pour réaliser l’École inclusive, priorité du président de la République. Les 50 000 contrats aidés qui permettent cet accompagnement seront maintenus. Par ailleurs, aux 22 000 contrats AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap) existants seront ajoutés 8 000 autres contrats d’accompagnants, soit au total 80 000 personnes pour aider ces élèves.

La suppression de certains contrats aidés.

Le ministre veut travailler avec les communes pour « sortir par le haut » de cette « période de transition » concernant les contrats aidés. 23 000 d’entre eux, concernant des assistants d’école dans le public, seront de fait supprimés. Sur le plan scolaire, le problème ne se pose pas mais sur le plan périscolaire, la situation est plus complexe, a-t-il résumé.

Une réforme du collège adaptée.

Le ministre souhaite « garder ce qui est positif » dans la réforme du collège (les 20 % d’autonomie accordés aux acteurs) et changer ce qui n’est pas « cohérent » (la suppression des classes bilangues qui donnaient justement plus d’autonomie). « Je ne suis pas d’accord sur le fait qu’elles creusent les inégalités », a-t-il ajouté. Ces classes permettent, selon lui, de renforcer l’attractivité des établissements, ce à quoi il s’emploie alors que « la rentrée 2016 a vu le plus gros taux de fuite vers le privé ». Il en va de même pour le latin/grec « qu’il faut implanter là où les élèves sont en difficulté ». Une étude pour identifier les voies et les moyens du développement des langues anciennes sera confiée à Pascal Charvet, linguiste et inspecteur général honoraire.

Le déploiement de la mesure « Devoirs faits » au collège.

Cette mesure, qui contribue à lutter contre les inégalités d’accès au savoir, sera mise en œuvre après les vacances de la Toussaint. Les collégiens volontaires seront aidés gratuitement par des professeurs, des CPE, des assistants d’éducation, des volontaires du service civique et des associations. Le volume horaire sera fixé par l’établissement. À la rentrée 2018, « Devoirs faits » sera étendu au primaire. Un vade-mecum est à la disposition des équipes pour mettre en place ce dispositif sur : eduscol.education.fr (taper « Devoirs faits » dans la barre de recherche »).
Le ministre a aussi fait état des « stages de réussite » gratuits, pour les CM2 les plus fragiles qui se sont déroulés fin août (d’une durée de 15h à raison de 3h par jour en maths et/ou français et dans les locaux scolaires) : 110 000 élèves, encadrés par des professeurs volontaires, en ont profité. Ces stages qui existent depuis 2008, auront aussi lieu aux vacances de printemps.

L’augmentation du budget de l’Éducation nationale.

« L’Éducation nationale est sa priorité avec la Défense », a déclaré Jean-Michel Blanquer, en faisant référence au président de la République. Mais il est trop tôt pour entrer dans les détails ». Il a annoncé toutefois que « sans les pensions, on va passer de 49,3 à 50,5 milliards d’euros de budget » – une augmentation à relativiser dans la mesure où ce chiffre intègre la Jeunesse et la Vie associative (deux domaines regroupés avec le Sport dans le précédent gouvernement)... Et le ministre de noter que la France est en-dessous de la moyenne de l’OCDE pour sa dépense dans le champ de l’éducation concernant le 1er degré, d’où la priorité donnée à l’École.

Une rentrée en musique.

L’invitation à prévoir une rentrée en musique n’est pas un « gadget », selon le ministre, mais « un signe » : « Il s’agit de faire de la rentrée un moment de joie, or c’est la musique qui le manifeste le mieux ». Et de citer les nombreux établissements qui ont relevé le défi, tel ce lycée à Cannes où le vainqueur de The Voice viendra chanter dans son lycée professionnel. Mais c’est aussi « un signe » pour annoncer que la culture aura toute sa place à l’Ecole, avec une insistance sur la musique et le livre, en lien étroit avec le ministère de la Culture.

Entre autres chantiers à venir...

La réforme du bac.

Le bac qui reste le premier grade universitaire, ne sera pas supprimé mais il est prévu qu’en 2021, les lycéens passent quatre matières en contrôle terminal et les autres en contrôle continu. Cette réforme sera menée dans le cadre d’une concertation, lancée à l’automne, avec l’éclairage des comparaisons internationales.

 

Le renouvellement de la voie professionnelle.

Le ministre entend réformer les CAP pour mieux les orienter vers l’insertion, articuler davantage la voie professionnelle avec l’apprentissage et développer l’attractivité de cette voie. Et de mentionner les 110 lycées professionnels du réseau PRO-FAN, lancé par Jean-Marc Monteil, qui témoignent du fait qu’on y développe les compétences numériques. Jean-Michel Blanquer souhaite aussi que des places en BTS soient développées pour les bacs pro. Il n’est pas question en revanche que les lycées professionnels soient donnés aux régions, comme il l’avait évoqué dans son dernier livre, car « cela ne fait pas partie du programme présidentiel ».

La vidéo de la conférence de presse et l'ensemble des mesures sont à retrouver sur le site du ministère de l'Éducation nationale

 

 

 

 

 

Sylvie Horguelin

Partagez cet article

X