Objectif grand oral

Après un premier week-end printanier phagocyté par la réorganisation des lycées situés dans les départements reconfinés au 20 mars, les équipes se refocalisent sur la préparation de l’oral du bac, maintenu en présentiel pour les bacheliers 2021.

Du 21 juin au 2 juillet, les élèves de terminale devraient être les premiers à s’essayer à la nouvelle épreuve orale du bac… Emblématique de la réforme et en rupture avec une culture scolaire de l’écrit et du silence, il est important que sa préparation pâtisse le moins possible des aléas imposés par la crise sanitaire… Dans l’enseignement catholique élèves et équipes s’apprêtent à relever le défi.

 

Trois oraux blancs à La Salle Lille (59)

Malgré la menace de reconfinement et les voix demandant son annulation, beaucoup d’éducateurs plaident pour son maintien tout en insistant sur le devoir de bienveillance incombant aux jurys. « Sans préjuger des décisions qui peuvent être prises jusqu’à début juin, il paraît souhaitable que les bacheliers puissent terminer leur année sur une épreuve qui devra être valorisante et jamais disqualifiante. Ils éviteraient ainsi l’impression désastreuse d’avoir travaillé pour rien et ils auraient malgré tout vécu un peu du rituel du bac dont la promotion précédente a regretté avoir été privée", explique Philippe Delvallée, chef d’établissement à La Salle Lille. Il s’emploie donc à présenter « l’épreuve aux élèves sous un jour rassurant puisque, son contenu étant préparé en amont, elle devrait permettre de récolter des points supplémentaires »
Toute l’année, l’option théâtre et des troupes professionnelles ont entraîné les élèves à des exercices d’improvisation et l’accompagnement personnalisé d’1h30 par semaine, après avoir été dédiée à Parcoursup au 1er trimestre a été consacré à la préparation de l’épreuve. Les enseignants de spécialité y co-interviennent pour aider les élèves à articuler leurs contenus à leurs projets professionnels. Après un premier oral blanc axé sur la forme à la fin du 1er trimestre, deux sessions d’entraînement vont permettre aux élèves de vérifier la pertinence de leur présentation sur le fond.

 

Une coach professionnelle à Saint-Jean-Hulst (78)

A saint-Jean-Hulst, à Versailles, un dispositif spécifique est porté par une coach en entreprise ayant déjà de l’expérience en milieu scolaire, notamment pour mieux prendre en compte le stress des élèves, décuplé par le contexte. Sa mise en œuvre se retrouve perturbée par le passage du lycée en demi-jauge depuis lundi 23 mars sur la base d’une rotation en demi-classe un jour sur deux afin d’assurer la fréquentation 2 à 3 jours par semaine de l’établissement à chaque lycéen: « les oraux blancs programmés avant les vacances de Pâques seront finalement positionnés après sur des journées qui vont devoir être banalisées »regrette Christel Lemerle, désolée de ne plus pouvoir sortir  « d’un fonctionnement en mode pompier » : « Pour les épreuves communes, nos commissions d’harmonisation des notes ont permis de supprimer le différentiel habituel dans notre lycée très exigeant entre les moyennes annuelles et les notes reçues au bac. Cette solution d’urgence ne remplace malheureusement pas la réflexion de fond qui reste à mener sur la mise en œuvre d’une véritable évaluation par compétence. De même, cette préparation de l’oral au pas de course, sans repères précis sur les modalités de l’épreuve ni formation ad hoc, ne suffira pas à changer la culture scolaire… en revanche nous savons déjà que nous anticiperons ces entraînements dès la première l’an prochain ».  Préoccupée par la fragilité psychologique de certains jeunes, perceptible dans de nombreux endroits notamment en Ile de France, la chef d’établissement fait aussi remarquer qu’après le succès inattendu d’une autorisation exceptionnelle à fêter la mi-Carême, son équipe pastorale réfléchit à des propositions régulières de convivialité pour offrir aux jeunes les soupapes de décompression dont ils ont manifestement grand besoin. » Et qui peuvent aussi concourir à leur succès au grand oral.

 

Une semaine de l’oralité à Notre-Dame de Challans (85)

À la mi-mai, Notre-Dame de Challans, organise une grande semaine de l’oralité durant laquelle se tiendront les oraux blancs de terminale, les oraux de français de première, les oraux des lycéens professionnels ainsi que des ateliers d’expression pour les secondes.Une progressivité qui commence déjà à s’installer puisque, « dans la perspective de la réforme, l’établissement a rénové en profondeur son fonctionnement voilà deux ans, de manière à y valoriser la parole de l’élève » explique le directeur adjoint Olivier Denis : Ses conseils de classe comportent notamment une dose d’auto-évaluation, chaque élève y présentant lui-même sa progression devant un personnel de vie scolaire, deux enseignants et un parent correspondant. En parallèle dans des conseils collectifs les élèves, réunis non plus en groupe classe mais en sept « maisons » par niveau, y élaborent des pratiques de travail collaboratives. Dans chacune de ces maisons, des animations de type jeux de rôles ou mini-débats offrent aussi des occasions régulières de mises en situation, souvent filmées puis collectivement analysées, grâce au renfort de la section cinéma de l’établissement. Cette année, la réalisation d’une trentaine de capsules vidéo à l’occasion des porte-ouvertes virtuelles a aussi mis à contribution l’éloquence des élèves…

Avant Noel, un conseil pédagogique dédié au grand oral a permis aux équipes de formaliser un ruban pédagogique récapitulant toutes ces manifestations concourant à préparer les élèves à l’oral ainsi que toutes les présentations orales disciplinaires, depuis la seconde et en y associant des objectifs gradués.

Autant de jalons qui, même en cette période perturbée, aideront les lycées à entrer progressivement dans une véritable didactique de l’oral qui offre un outil idéal de formation intégrale des jeunes.

 

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