Mineurs migrants : Accueillir et recevoir

Depuis trois ans, le collège Saint Joseph, situé à Lille, en zone urbaine sensible, a ouvert ses portes à des mineurs migrants non accompagnés (MNA). Un accueil d’évidence, spontané, dont l’établissement était loin de soupçonner l’ampleur des répercussions positives. Deux membres de son équipe sont venus en témoigner, le 24 septembre dernier en ouverture du cycle 2019 des Soirées des initiatives, co-organisées par le Laboratoire national des initiatives et l’École des cadres missionnés. Une expérience à relayer largement !

«Lorsque le premier mineur migrant non accompagné nous a été adressé, la directrice, Mme Joos, a bien sûr consulté son équipe qui l'a confortée dans la conviction que le droit à l'éducation de ces jeunes l'emportait sur tout autre considération (1)...» D’emblée, Christophe Gernez, adjoint en pastorale scolaire à Saint-Joseph de Lille, a donné le ton : « S’occuper des plus démunis, c’est dans l’ADN vincentien… mais j’étais loin de me douter combien ces jeunes-là allaient illuminer ma vie intérieure ! » Un enthousiasme unanimement partagé, selon Jérôme Lorthiois, CPE : « Ces jeunes remercient sans cesse les enseignants qui sont sous le charme et leur immense soif d’apprendre donne à réfléchir aux autres élèves. Ils n’ont jamais causé aucun problème de discipline bien au contraire : ils se proposent pour aider et endossent volontiers le rôle de grand frère voire de médiateurs dans la cour ! »

 

Année tremplin en 3è ou en CM2

Quelque 6 à 12 jeunes ont ainsi vécu à Saint-Joseph « une année tremplin », généralement en 3è, pour préparer le Diplôme national du brevet et leur orientation vers un cursus professionnel, si possible en apprentissage, en vue d’une insertion la plus rapide possible.
En moyenne, ils décrochent un CAP deux ans après leur passage à Saint-Joseph, mais la grande hétérogénéité des profils de jeunes MNA a conduit l’établissement à expérimenter plusieurs modalités d’accueil en fonction de leur niveau scolaire et de leur degré de maîtrise du français. Certains jeunes peuvent ainsi être accueillis dans des classes de CM2 du groupe scolaire, avec autant de succès qu’au collège où ils sont intégrés partiellement sur les cours d’EPS ou d’art plastique puis dans d’autres disciplines, au fil de leurs progrès.

 

A l’étonnement de l’assistance, l’établissement n’a pas mis en œuvre de dispositif spécifique (UPE2A, formation FLE…). Son organisation maison, des cours de 50 mn permettant de dégager des créneaux d’ateliers et d’aide aux devoirs, suffit à assurer la remise à niveau et l’apprentissage du français des MNA. Cette année, Saint-Joseph bénéficie aussi de 18heures supplémentaires, reçues au titre du Plan pour la réussite éducative -mécanisme de redéploiement des moyens interne à l’enseignement catholique. Réparties entre trois enseignants, ces heures permettent de renforcer l’aide personnalisée apportée aux MNA.

Sur le plan financier, l’établissement ne s’est pas non plus posé trop de questions : Il accorde la gratuité à ces jeunes pour lesquels elle perçoit le forfait élève versé par le Département. Saint-Joseph a aussi négocié avec succès la gratuité de leur repas avec le prestataire de restauration. Une générosité dont l’équipe ne comprend pas qu’elle ne se prolonge pas systématiquement lors des poursuites d'études.

Nombre de ces jeunes sont en attente de la reconnaissance de leur minorité ce qui les prive du suivi de l’aide sociale à l’enfance mais le Centre de la réconciliation, association protestante lilloise, assure une prise en charge en matière d’hébergement et d’accompagnement aux démarches administratives.
Seul point de vigilance souligné par Jérôme Lorthiois et Christophe Germez, la fragilité psychologique de ces jeunes, souvent très éprouvés par leur parcours d’exil : « Le plus souvent ils ne laissent rien paraître, se présentant éternellement souriant… mais les confidences qu’ils peuvent nous faire, leurs témoignages poignants auprès d’autres élèves ou dans le cadre de la pastorale nous font toucher du doigt l’ampleur de leur détresse… Nous tâchons d’accompagner dans la mesure de nos moyens et avec le renfort de la psychologue qui assure une permanence mensuelle dans notre établissement. »

Pour délicate qu’elle demeure, la scolarisation des mineurs non accompagnés peut donc être mise en œuvre, en tout simplicité… et pour une valeur ajoutée humaine importante. L’exemple simple et authentique de l’établissement Saint-Joseph en atteste.

(1) En effet, le délit dit de solidarité a été cassé par l’arrêt du conseil constitutionnel en juillet 2018  et par ailleurs le BO stipule que tout mineur français ou étranger bénéficie d'un droit à la formation: En l'état actuel de la législation scolariser un jeune migrant, reconnu ou non comme mineur, ne constitue donc pas un délit.

 

Revivre ci-dessous les échanges
de la soirée du 24 septembre 2019
sur la scolarisation
des mineurs migrants

Le cycle 2019 des Soirées des initiatives

Le laboratoire national des initiatives propose des temps de rencontre, dans un esprit de convivialité et de découverte, autour d’une initiative conduite et vécue par un établissement.
Ce temps, est ouvert à tous les participants aux formations de l’Ecole des Cadres présents dans la maison, mais aussi à tous ceux qui le souhaitent.

Il est l’occasion pour l’équipe du laboratoire d’ouvrir une fenêtre sur son travail et de mettre en lien tous ceux qui le souhaitent.

Voir le programme des rencontres

À l'occasion de la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié (JMMR), ce dimanche 29 septembre 2019, le Pape François a célébré une messe au Vatican.

Quelques ressources pour aborder la question sous l'angle pastoral

Partagez cet article

X