Migrants : Prendre en charge ou accueillir ?

Apprentis d’Auteuil a présenté, le 26 septembre dernier, sur le site des Grands voisins à Paris, une enquête qualitative sur l’accueil des mineurs isolés.
Elle souligne les écueils récurrents d'une prise en charge globalement appréciée des bénéficiaires mais qui reste trop utilitariste, dictée par le court-terme et entravée de contraintes administratives.

Apprentis d’Auteuil vient de réaliser une étude dédiée aux conditions d’accueil des mineurs migrants. Réalisée par Cédric Leva, de l’observatoire des jeunes et des familles d’Apprentis d’Auteuil et publiée par le Think Tank Vers le Haut, cette enquête qualitative s’appuie des entretiens menés avec une quarantaine de jeunes dans trois structures d’accueil, en Espagne, en Italie et en France, dans un site d’accueil géré par Apprentis d’Auteuil. « Si les jeunes interviewés se déclarent globalement satisfaits de leur conditions d’accueil, ils pointent des écueils déjà soulevés dans les rapports Etiemblé de 2002 et Debré de 2010, ce qui montrent le peu d’évolution des prises en charge malgré l’augmentation substantielle des flux migratoires ». Le préambule de Cédric Leva traduit un certain sentiment d’impuissance liée au fait que l’accueil des mineurs migrants reste tributaire des politiques publiques sur lesquelles les acteurs de terrain peinent à influer.
D’où l’idée de relayer ces nouvelles conclusions auprès des décideurs politiques.

Consulter l'étude :

De l’exposé de Cédric Leva trois points d’achoppement majeurs sont ressortis.

 

La question interculturelle

  • Dans certains lieux, il apparaît que la cohabitation entre jeunes de différentes origines –Afrique Noire et Maghreb, notamment) s’avère problématique, ce d’autant plus quand un groupes ethnique se retrouvent en nette infériorité numérique par rapport à un autre.
  • La nécessité d’une formation à l’interculturel pour des encadrants avec lesquels les relations, globalement plutôt bonnes, sont parfois ternies par une certaine incompréhension mutuelle. A l’extrême elle installe une attitude de défiance chez les jeunes qui du coup ne se confient pas à leurs éducateurs.

La problématique psychologique

  • Après un parcours migratoire marqué par des violences vues ou subies, les jeunes font preuve d’une certaine tendance au repli à leur arrivée. Ils ont du mal à s’impliquer dans la vie collective et le peu d’activité proposé en dehors des cours les plonge généralement dans un ennui qui entretient cette propension à se refermer.
  • Alors que les premiers mois de leur arrivée, les jeunes entrent sans difficulté dans le parcours d’intégration qui leur est proposé, il est extrêmement fréquent qu’ils expriment une sorte de syndrome de stress post-traumatique qui se déclare environ six mois après leur migration. Cet épisode, qui peut prendre des formes sévères remet brutalement en cause le travail d’insertion engagé. Il déstabilise aussi profondément les encadrants qui ne peuvent pas toujours orienter le jeune vers l’accompagnement psychologique approprié.
  • Les démarches administratives, source de stress, augmentent souvent l’impact de cette crise des 6 mois, d’autant qu’elles sont entreprises avec la médiation des encadrants du quotidien.
    À noter qu’en Italie, le fait que les questions administratives se gèrent en marie, avec un interlocuteur unique et sans intermédiaire semble au contraire sécuriser les jeunes migrants

Les obstacles à la construction d’un projet d’avenir

  • Le couperet des 18 ans, âge auquel survient systématiquement un changement de prise en charge oblige une orientation extrêmement rapide des jeunes vers des projets de formation qui ne sont pas forcément les plus appropriés pour eux. De plus, le projet engagé se retrouve hypothéqué lorsque le jeune atteint 18 ans.
  • Le lieu d’hébergement, imposé par la prise en charge administrative conditionne souvent le choix de formation et le restreint, notamment en milieu rural.
  • L’émerveillement et la gratitude des jeunes migrants devant la possibilité qui leur est offert d’étudier gratuitement ainsi que la peur de se voir expulsé à leur majorité les conduit à une forme de docilité insincère : ils suivent des formations qui ne conviennent ni à leurs aspirations, ni à leur compétences, ni aux besoins de territoires où ils s’implanteront au final…

Sur ce point Cédric Leva indique qu’il est fréquent que les jeunes viennent à l’étranger dans la perspective de se former pour rentrer travailler au pays. Vu la prévalence e cete situation il préconise un travail en amont avec les pays d’origine pour proposer des formations sur place, évitant un gâchis humain et financier conséquent.

Dans les autres cas, un temps de discernement plus long avant l’engagement d’une formation paraît conseillé.

Pour aller plus loin

 

Pour en savoir plus sur l'action de la Fondation Apprentis d'Auteuil en faveur de la jeunesse, notamment défavorisée, dont des mineurs migrants, le réseau accueillant 10% de ces jeunes arrivant sur le territoire français,
Rendez-vous sur leur site.

 

Think Tank Vers le Haut

 

Association Pierre Claver

"Reconnaître ces personnes comme sujets de droit"

Ayyam Sureau, directrice de l’association Pierre Claver, qui accompagne deux promotions de 120 réfugiés chaque année dans leur apprentissage de la France, porte aussi un regard critique sur les prises en charge administrative de ces publics.

"Ces personnes ont été privées de liberté toute leur vie. Elles fuient leur pays pour avoir une chance de reprendre leur destin en main… Et, au lieu de cela, elles se font orientées vers des formations professionnelles… alors que leurs besoins premiers est d’être reconnus comme sujet de droit.

Sport collectif, théâtre, poésie, littérature et découverte d’une histoire qui ne soit pas de la propagande… les cours de français s’accompagnent dans notre « école » de propositions visant à doter ces étrangers d’un outillage culturel, d’un réseau de connaissances et d’un projet d’avenir qu’ils puissent définir eux-mêmes."

Partagez cet article

>