Les parents, artisans du dialogue

Les associations de parents d’élèves créent du lien au sein des communautés éducatives en y faisant résonner les questions des familles. Dans ce but, elles ont lancé un outil  pour favoriser les échanges : les Rencontres parents-école (RPE®).

Par Virginie Leray

Cela fait du bien de voir que les profs sont aussi des parents comme les autres… et de pouvoir discuter avec eux sur un pied d’égalité ! » Par cette exclamation, Séverine Duchesne, une mère d’élève de l’ensemble scolaire Sainte-Thérèse de Magny-en-Vexin (Val-d’Oise), atteste que cette soirée de Rencontre parents-école (RPE®) du 16 mars dernier, a pleinement atteint ses objectifs. Sur l’autorité, une vingtaine de parents et une demi-douzaine d’enseignants viennent d’échanger à bâtons rompus selon le modus operandi élaboré par l’Apel nationale (1).

« C’était mieux avant ! », « J’fais c’que je veux », « Les adultes sont dépassés »… En petits groupes d’abord, autour de six poncifs, parents et enseignants sont invités à commenter et interroger un lieu commun. Chaque groupe retient trois phrases ou invente de nouvelles maximes et justifie ensuite son choix devant toute l’assistance. Bien vite, rires, inquiétudes, confidences ou anecdotes fusent… et d’échanges de pratiques en confrontations de ressentis, la parole circule sans tabou ni gêne entre les éducateurs, qu’ils soient enseignants, parents, ou les deux à la fois !

« Très intuitif, très facile à mettre en œuvre, cet outil structure le déroulement de la rencontre et crée les conditions d’un échange très convivial. On parvient ainsi à tisser des liens, à ouvrir le dialogue entre parents et enseignants, sans plus se focaliser sur le cas particulier d’un enfant mais en parlant en général », explique Irène Lépine, bénévole de l’Apel du Val-d’Oise et chef d’orchestre de cette rencontre. Sur sa proposition, ce printemps, un tiers des 27 établissements du département vont jouer le jeu des RPE®.

Un succès pour une association soucieuse de promouvoir les échanges, à travers une représentation au sein de chaque conseil d’établissement, et, dans toutes les classes du département, des parents délégués participant aux commissions d’appel et de recours. Une action conduite en lien étroit avec le directeur diocésain, Maurice Girona, et son équipe.

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Ce type de manifestation répond au fort désir des parents d’échanger autour de leurs expériences éducatives. « Je pensais que le thème allait conduire les parents à s’interroger sur l’exercice de l’autorité en classe… Mais pas du tout ! Ils sont restés très centrés sur le cadre familial », note Anne Colas, directrice de Sainte-Thérèse. Un constat qui la conforte dans son projet de proposer chaque année des réunions dans l’esprit « École des parents ». L’équipe de l’Apel départementale décline aussi des formes de soutien à la parentalité à travers des conférences-débats ouvertes à tous les établissements Val-d’Oise – le formateur Georges Oltra en septembre, le Dr P. Nguyen (psychiatre) en mai – ou organisées pour quelques uns d’entre eux. « Récemment, des parents de plusieurs établissements ont ainsi pu profiter d’une sensibilisation aux dangers d’internet réalisée au collège Saint-Charles par la société Calysto. Je diffuse aussi le plus largement possible le compte rendu que nous avons réalisé de la manifestation, car ce thème suscite un grand intérêt », témoigne Irène Lépine.

Bien sûr l’Apel du Val-d’Oise intervient aussi sur l’orientation à travers neuf bureaux de documentation et d’information (BDI), animés par six bénévoles et dix permanents, dont un lieu-ressource départemental basé à Notre-Dame d’Enghien. Elle tisse également des liens entre les établissements et le monde professionnel, « en participant à des forums de métiers, en signalant les bourses aux stages et les institutions ou entreprises volontaires pour intervenir devant les élèves », détaille Josselin Morlet, responsable du pôle École et Monde professionnel de l’Apel 95. Mais, dans l’activité d’Information et conseil aux familles (ICF), les questions éducatives occupent une large part. « Ni enseignants ni psychologues, nous jouons plutôt le rôle d’une courroie de transmission, en orientant sur des spécialistes, l’Apel nationale ou la plate-forme téléphonique Apel Service(2). Il nous arrive aussi parfois d’être appelés lorsqu’une sanction disciplinaire est contestée. Dans ce cas, notre rôle de médiation atteint ses limites. C’est le chef d’établissement qui pilote et arbitre. Nous nous contentons de remettre les parents en situation de renouer le dialogue », explique Irène Lépine.

Complicité et proximité

Créer un climat de compréhension mutuelle pour dépasser les préjugés et les a priori qui existent de part et d’autre, c’est aussi l’objectif d’Anne Colas qui a proposé l’an dernier l’intervention d’une formatrice spécialiste dans les relations parents-enseignants : « Mon idée était d’aider les parents à dépasser la caricature des profs que dressent parfois les enfants, un tantinet manipulateurs, ne l’oublions pas. Il a ainsi été rappelé que la critique ouverte des professeurs par les parents plaçait les enfants dans une situation de conflit de loyauté qui nuisait à leur progression. D’un autre côté, les enseignants ont appris à ne plus parler de “convocation”, à respecter la règle de la parité du temps de parole lors des entretiens, à expliquer davantage les programmes… »

De petits riens qui permettent de construire, peu à peu, un implicite commun, au fil de toutes les occasions d’échanges informels. Cette complicité et proximité aident ensuite à aborder plus sereinement des points de crispation tels que la discipline ou les notes… C’est ce qui permet la nécessaire cohérence dans l’alliance co-éducative des parents et des professeurs.

(1). L’Association nationale des parents d’élèves de l’enseignement libre (Apel).

(2). Numéro Azur (prix d’un appel local à partir d’un poste fixe) : 0810 255 255.

Outils d’animation

 

Trois cents personnes à travers la France ont été formées, à ce jour, pour animer les Rencontres Parents-École (RPE®). L’Apel nationale a concocté à leur intention des outils ludiques. Pour chaque thème de rencontre est fourni un kit d’animation. Il comporte une méthodologie, un jeu-support et une grille de prise de notes. Mais aussi un document « pour aller plus loin » où les participants notent les commentaires qui leur semblent fondamentaux et une fiche d’évaluation qui sera renvoyée à l’Apel pour enrichir la réflexion éducative du mouvement. Un travail se fait souvent en petits groupes pour favoriser la prise de parole. Quant à l’expert, il n’intervient en général qu’en fin de débat pour réagir à chaud et l’enrichir. Il ne délivre donc pas une parole qui servira de support de discussion. Après avoir traité les années précédentes des médias, de l’orientation, de l’évaluation et de la motivation, cette année, les rencontres ont pour thème l’autorité, en lien avec le congrès de juin 2010 (cf. note 1 de l’article).

Des liens tissés autour des parents délégués

 

Dans l’enseignement agricole, les parents d’élèves trouvent aussi leur place, sans disposer pourtant d’une association structurée.

 

Dans l’enseignement agricole, point d’association structurée pour représenter les parents d’élèves. Chaque établissement invente donc les modalités de la relation parents-établissement. Les règles, moins formelles, répondent donc aux besoins particuliers des publics scolaires. Elles doivent tenir compte de l’éloignement géographique des parents d’internes et donc préférer le qualitatif au quantitatif dans les temps d’échanges proposés. À l’institut Pouillé, en proche banlieue d’Angers, les parents sont donc invités à accompagner leurs enfants durant la première matinée dans l’établissement. « Ensuite, en septembre, une réunion d’information détaille les cursus, le déroulement de l’année, le fonctionnement de l’établissement, puis, deux rencontres, au 1er et au 3e trimestre, permettent aux parents d’un même niveau de s’entretenir avec chaque professeur. Organisées le vendredi, elles démarrent à 15 heures pour ne finir parfois qu’à 22 heures passées. Entre 80 et 90 % des parents y participent, comme aux portes ouvertes, très prisées car elles offrent l’occasion de s’immerger dans l’établissement, d’en ressentir l’ambiance, l’esprit, de voir ses enfants dans leur rôle d’élève », détaille Dominique Guyot, le chef d’établissement. Tutelle salésienne oblige, l’institut Pouillé s’attache aussi à prendre en compte l’élève dans son intégralité, avec ses difficultés personnelles, médicales ou familiales : la semaine des élèves est rythmée par deux temps d’échanges collectifs, et un bilan hebdomadaire est dressé chaque vendredi avec le professeur titulaire. Le conseiller de division, qui a son bureau près des salles de classe du niveau dont il s’occupe, se tient à leur disposition pour discuter de tous les sujets. Les parents peuvent aussi choisir entre plusieurs interlocuteurs : directeur, responsable pédagogique, conseiller de division, responsable de vie scolaire, enseignants. En cas de souci, la sanction ne tombe jamais immédiatement, sans prévenir : d’abord, des conseils d’éducation réunissent l’équipe, le jeune et ses parents pour comprendre les raisons d’une transgression, d’un manque de travail, réfléchir ensemble aux solutions et rédiger un contrat récapitulant les engagements de chacun.

Pierre angulaire des liens parents-établissement dans l’enseignement agricole : les parents délégués, associés notamment aux conseils de discipline, aux choix en matière de restauration. À Pouillé, deux soirées dînatoires leur permettent de débattre autour des projets de l’établissement et de l’organisation de manifestations. Au lycée-CFA de Pommerit-Jaudy (Côtes-d’Armor), une journée offre l’occasion d’échanger avec l’équipe éducative, infirmiers et animateurs des ateliers culturels inclus, ainsi qu’avec les élèves délégués. Des jeux de rôles simulant des conseils de classe aident aussi les parents à mieux appréhender leur fonction. Le tout au service d’une relation riche et fructueuse, sur laquelle peut s’appuyer la réussite des élèves.

eca336Issu du magazine Enseignement catholique actualités n° 336, avril 2010 - mai 2010

À retrouver dans l'ECA n° 336

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