Les aventures colombiennes d’une jeune catholique

Avant de commencer le master qui la conduira à l'enseignement, Zoé Blutel a décidé de vivre un semestre de mission humanitaire en Amérique du Sud. Avec l'appui de la Délégation catholique pour la coopération, elle est donc partie donner des cours de français dans le cadre de la Mission Resplandor, organisée en colombie par les Foyers de Charité de Marthe Robin. Une aventure humaine et spirituelle forte dont elle rend compte ici par le biais de newsletters régulières.

 

J’ai vingt ans, un an d’avance, et une soif incroyable de vivre ma propre aventure, mon expérience à moi seule. Une fois ma licence bi-disciplinaire de Littérature et Civilisation étrangère en anglais et en espagnol terminée, voilà pour moi l’occasion de faire une pause d’un an dans mes études ! J’ai reçu une éducation très belle dans des écoles hors du commun, à Haileybury Almaty, une école anglaise au Kazakhstan (j’ai eu la chance d’habiter à l’étranger pour le travail de mes parents dans des pays assez exotiques), puis à La Maison Française, un internat de jeunes filles basé sur le scoutisme dans les beaux bois de la forêt picarde, ou j’ai obtenu mon bac en filière littéraire, pour finir avec ma fameuse licence à l’Institut Catholique de Paris.

J’ai donc été très gâtée et eu beaucoup de chance, pour avoir eu des professeurs formidables, dans des écoles incroyables, et maintenant, à mon tour de donner !

Je n’avais jamais songé à faire de mission humanitaire avant, car l’idée de changer le monde en partant à l’opposé de mon pays où il y a déjà énormément à faire ne m’attirait pas vraiment. Donc ce n’est pas en voulant changer le monde que je décide de partir, mais plutôt dans l’idée de me construire en étant loin de ce que je connais, et tout en donnant de mon temps. Cette idée m’est venue lors de mon semestre d’Erasmus en Espagne, où j’ai pu approfondir mes connaissances en espagnol, et rencontrer des étrangers venant des quatre coins du monde.

C’est décidé, je pars, mais où, comment, et pour quoi faire ?
J’ai couru vers mon grand ami, Google, pour taper « humanitaire — pour servir — catholique — en accord avec mes valeurs — Amérique Latine — et pour parler espagnol».
Dans l’optique de m’inscrire à un Master l’année prochaine, je ne peux pas me permettre de partir plus de six mois, ce qui n’est pas envisageable avec des organismes tels que Fidesco ou Misericordia. Je me suis donc penchée sur la Mission Resplandor, organisée par les Foyers de Charité. J’ai envoyé ma candidature sans hésiter, CV, lettre de motivation, et très vite j’ai eu des entretiens par téléphone puis avec l’équipe Resplandor à Paris, sans trop savoir ce qu’étaient les Foyers de Charité.
Lorsque l’équipe m’a annoncé qu’ils avaient une mission pour moi, en Colombie, pour donner des cours de français aux membres d’un des Foyers colombiens, et m’occuper d’enfants, j’ai dû commencer une candidature parallèle, avec la DCC (Délégation Catholique pour la Coopération). La DCC envoie des volontaires dans le monde entier pour des missions courtes (VMS, Volontariat Mission Solidaire) ou longues (VSI, Volontariat Solidarité Internationale), et envoie également des volontaires qui partent avec des plus petits organismes tels que les Foyers de Charité, les Dominicains et encore d’autres. Elle offre au volontaire des assurances pour la mission et des formations qui visent à l’aider dans sa préparation au départ, pour tout ce qui est administratif, moral, physique, mais aussi pendant sa mission et à son retour.

Un départ en mission avec les Foyers de Charité demande également une formation avec les Foyers. Il nous est demandé de vivre au minimum deux semaines de service dans un des Foyers (en France ou dans le monde), pour se plonger dans la vie communautaire et comprendre la mission des Foyers telle que l’a voulu Marthe Robin, fondatrice, qui est celle d’accueillir des retraitants venus se ressourcer spirituellement. Je suis donc allée passer deux semaines à Chateauneuf de Galaure, Foyer central, où mon expérience de service a été très belle, car j’ai pu rencontrer les membres qui ont connu Marthe Robin. Nous devons également participer à l’une des retraites fondamentales (cinq jours), pour voir ce que sont les fruits des Foyers de Charité. J’ai choisi le Foyer de Tressaint, en Bretagne, et la retraite m’a énormément aidé, que ce soit pour mon départ, ou dans ma vie spirituelle. La Mission Resplandor propose aussi un week-end de formation à Chateauneuf de Galaure, où volontaires qui rentrent de mission et volontaires qui partent se rencontrent.

J’ai donc pu bénéficier d’une formation avec les Foyers de Charité, qui donne une grande dimension spirituelle à la mission, et une formation avec la DCC qui m’a beaucoup aidé pour les sujets d’administratif, de santé, et en cas de problèmes avec le partenaire.

Pour les questions de budget, je pars en mission solidaire, puisque c’est une mission de moins de six mois, les billets d’avion aller-retour, tout ce qui concerne la santé et le visa sont à ma charge.
La DCC et les Foyers de Charité proposent de m’aider dans la prise en charge des billets d’avion, sous forme de dons offerts à ces organismes par des proches et les Foyers prennent en charge le coût de la formation avec la DCC.

Ça y est ! Direction Cogua, une toute petite ville à une heure de Bogotá, capitale, dont la belle campagne abrite un des trois Foyers de Charité colombiens à 2600m d’altitude, qui m’accueille à partir d’Octobre jusqu’à Mars.

 

 

Enfin arrivée ! Ça fait des mois que j’attends cela et après avoir ressenti de l’empressement, de la peur, du stress, de la joie, je suis là ! Fini les histoires de papiers administratifs, d’attente de visa, de vérification sans cesse de la validité de mon passeport (ça aurait été trop bête), l’aventure commence !

Je suis arrivée le samedi 20 Octobre au soir à l’aéroport de Bogotá, où m’ont accueillie une membre du Foyer, Evita, qui est aussi ma référente, et un jeune couple colombien (Saul et Claudia) avec leur fille de 13 ans, Gabriela. Ils vivent une expérience au Foyer pour voir s’ils y entreront entant que famille. C’est une chance pour moi, car ils sont jeunes et surtout ils parlent aussi français ! Ils reviennent du Québec où ils ont habité six ans.

Je suis arrivée au Foyer de nuit, j’ai donc rencontré les travailleurs qui veillent pour sécuriser tout le parc, avec leur fusils et leurs chiens (apparemment il y aurait des vols de vaches la nuit ! On sait aussi que la Colombie n’est pas un pays si sûr).

Mes premiers réveils n’ont pas dépassé 5h30 du matin, à cause du décalage horaire et parce qu’il fait déjà jour ! Le Foyer est magnifique, entouré de montagnes, les paysages sont très verts, les prés sont peuplés de vaches et de chevaux et les moutons gambadent dans le jardin. Chaque jour a une lumière différente et chaque

jour j’ai envie de peindre ce que je vois par la fenêtre en ayant l’impression qu’on me change le décor en cachette pendant la nuit.

Cela fait à peine une semaine que je suis là et j’ai l’impression d’être arrivée depuis un mois, sûrement parce que déjà j’ai pu participer à beaucoup d’activités du Foyer. Dimanche 21 Octobre, j’ai assisté a la rencontre des jeunes ‘El Encuentro Juvenil’ sur le pardon et la guérison intérieure. Une soixantaine de jeunes de 13 à 23 ans semblables à ceux que l’on trouve en France, qui arrivent avec l’air un peu agacé et rebelle, mais qui peu à peu entrent dans l’esprit de la journée, grâce aux animateurs qui se donnent pleinement sans craindre le regard des autres ! La messe qui clôture la journée est précédée par une adoration que commente le prédicateur, les larmes coulent à flots dans toute la chapelle. Quelle émotion, je sens que ma foi va être bousculée ici !

Le lendemain je participe à la journée de formation des membres du Foyer, prêchée par le père du Foyer, Padre Roberto Beltrán, qui porte sur l’exhortation apostolique ‘Gaudete et Exsultate’ du pape François.

Ici les membres du Foyer prient énormément. Les laudes à 6h30 ou 7h selon les jours, le chapelet à 12h30, le second chapelet à 17h30, la messe à 18h, et la prière du soir après le dîner. Pas facile de suivre !

Ils mangent
 également
 beaucoup !
 Au petit 
déjeuner
 soupe, oeufs (de la maison), arepas (galettes typiques), pain, confiture, puis goûter à 11h, déjeuner avec beaucoup de choix à 14h, goûter à 16h15 pour ceux qui veulent (Armando le pâtissier nous fait gouter ce qu’il a préparé pendant la journée et il qu’il va vendre par la suite), puis le dîner tout aussi copieux que le déjeuner. Les membres veillent à ce que je mange assez pour ne pas rentrer trop maigre, mais je ne me fais aucun soucis, je m’inquiète plutôt du contraire !

Ma chambre est au dernier étage, où vit aussi le deuxième prêtre du Foyer, le père Orosco. Ce père doit avoir presque 80 ans, et il est aveugle. Je me suis prise d’affection pour lui, car nous ne sommes que deux à vivre au dernier étage, et dès qu’il a besoin d’aide, il m’appelle, et il en profite pour prendre de mes nouvelles, et des nouvelles de ma famille. Le 13 Novembre il fêtera ses 25 ans de sacerdoce (une vocation tardive), dans sa ville natale, Medellín, qui se trouve à 10h de route de là où nous sommes (le Foyer de Cogua est à une heure au nord de Bogotá). Il a invité plusieurs membres du Foyer à l’accompagner, la famille de Saul et Claudia, et moi aussi ! Nous serons donc une dizaine à partir quelques jours là-bas, je me réjouis à l’idée de visiter ce si beau pays, et de rencontrer sa famille !

Chaque matin les membres du Foyer me demandent ‘cómo amaneció?’ ce qui veut dire ‘comment t’es tu réveillée’, et chaque matin je leur fais part de la progression de mon temps de sommeil, ils s’en réjouissent !

Je n’ai pas encore commencé les cours de français, le père Roberto attend que je soies bien en forme. J’aimerai donner les cours individuellement, et les membres ont l’air de préférer cela aussi, car leur niveau est bien trop différent, il me faut seulement le feu vert du père.

Je ne suis pas encore tout à fait habituée aux horaires de la journée, et je suis un peu sans activité en attendant de commencer les cours. Heureusement tous les jours Gabriela me propose une petite balade pour aller voir les animaux qu’elle adore ! J’ai aussi commencé à lui donner des petits cours de piano, et comme elle chante très bien avec sa famille, qui sait on donnera peut-être un mini concert à Noël !

 

 

 

Cela fait très exactement un mois que je suis là ! Et j’ai commencé les cours de français !!!

De 
manière assez irrégulière, car je fais classe
 seulement à ceux qui me le demandent. J’ai donc actuellement sept élèves dans le Foyer, plus une petite fille d’un village proche qui avait commencé les cours avec Pierre, ancien volontaire, et qui a voulu continuer avec moi. Les cours sont individuels, car les membres ont des niveaux totalement différents. Certains parlent déjà pratiquement français, mais ont des problèmes de prononciation ou de formulation, avec eux je fais donc de la traduction. Avec les autres ont commence à apprendre à faire une conversation basique ‘Bonjour, comment ça va, as-tu bien dormi?’. Leur apprendre à prononcer le français correctement nous vaut des fou-rires ! Tout comme leur apprendre à dire mon prénom... Transitico, la doyenne du Foyer, ne prend pas de cours de français, mais à chaque fois qu’elle me croise elle me demande comment je m’appelle, je lui dis ‘Zoé’ (avec l’accent espagnol bien sur: SOÉ), mais malheureusement elle entend Tobby... Et je lui répète dix fois d’affilée, en vain, on fini par rire à ne plus en pouvoir !

Il y a trois semaines nous avons eu la chance d’avoir la visite de la Vierge pèlerine de Fatima, pour une nuit entière au Foyer ! Des centaines de personnes sont venues, alors que les membres n’attendaient que trente personnes, il a fallu changer toute l’organisation à la dernière minute ! La Vierge a été veillée toute la nuit et a continué son tour en Colombie.

J’ai eu de la visite !!! Léa, la soeur d’un ami que j’ai rencontré aux JMJ de Pologne, fait un échange universitaire à Bogotá, elle est donc venue me voir un week-end au Foyer. J’ai été ravie de lui présenter tous les membres, et de lui faire visiter ce petit coin de paradis. Les membres du Foyer m’ont remercié de l’avoir invitée ! Ça a été aussi l’occasion pour moi de sortir pour visiter Cogua !

Le week-end dernier, le Père Roberto, père du Foyer, m’a proposé de participer à la retraite de guérison intérieure. J’ai accepté avec hésitation, mais sans regrets car la retraite a été magnifique ! C’est le Père Roberto lui-même qui la prêchait, pour plus de 150 personnes ! Trois jours entiers de silence et de prière, tout cela m’a réconciliée avec la foi. Après une bonne guérison intérieure il m’a fallu une guérison extérieure, car la grippe est venue frapper à la porte du Foyer ! Elle ne m’a malheureusement pas encore tout à fait quittée, et les membres l’attrapent peu à peu ...

Cette semaine j’ai eu la grande chance de partir à Medellín, pour les 25 ans de sacerdoce du Père Orosco, le père aveugle du Foyer, qui a invité quelques membres à venir, et qui m’a invitée moi aussi ! Nous avons pris la route mardi matin, traversé une bonne partie de la Colombie, les paysages étaient magnifiques, entre montagnes et forêts tropicales, fraîcheur et chaleur intense, le Père Roberto conduisait comme un fou mais merveilleusement bien (car il faut voir les routes colombiennes, les embouteillages de camions et la vitesse maximale à 60km/h), Saul, père de la famille qui est au Foyer servait de super copilote, et derrière Claudia, mère de la famille, Gabriela, fille, Teresita, Olga-María, Rosalba (membres du Foyer) et moi, chantions les musiques colombiennes que mettait le Père. Quelle ambiance ! On ne s’est pas ennuyé une seule fois pendant ces dix heures de route ! Nous avons été accueilli à l’arrivée par le Père Orosco qui était parti en avion, et toute sa famille, dans un couvent de soeurs franciscaines, où nous avons passé la nuit.

Rocher de Guatape

Le lendemain matin nous avons célébré une messe pour l’anniversaire du sacerdoce du Père, puis nous sommes allé visiter un village proche de Medellín, Guatape, magnifique et de toutes couleurs, puis nous avons gravit le fameux rocher de Guatape, 659 marches et une vue à couper le souffle ! Nous avons ensuite dormi entassés dans l’appartement d’un couple amis du Foyer, pour qui le Père Roberto a célébré une messe le jeudi matin aux aurores, en l’honneur de leur anniversaire de mariage. La famille du Père Orosco nous a offert un city-tour de Medellín, une ville très sympathique et très moderne ! Nous avons fait un tour en téléphérique surplombant toute la ville, puis nous sommes allés voir les fameuses sculptures de Botero, mais nous avons dû rentrer vite à cause de manifestations étudiantes, le gaz lacrymogène et les mouvements d’agitations nous ont vite fait fuir ! Nous avons pris la route à 19h30 et sommes arrivés au Foyer à 5h du matin, crevés. Cela n’a pas arrangé notre grippe, mais le voyage a été magnifique.

Je reste émerveillée par les paysages du Foyer, par le monde
qui vient chaque dimanche à la messe, des centaines et des centaines de personnes, la place devant le sanctuaire se transforme chaque fois en marché, avec Armando qui vend ses pâtisseries, la famille de Saul et Claudia qui vend des Obléas, spécialités colombiennes délicieuses, et la famille du frère du Père Roberto, qui vend d’autres spécialités. Il n’en reste jamais une seule miette !!!

Ici le sport national, c’est le vélo ! Je suis partie en faire avec le Père Roberto et Neila, une membre, ils ont tous leur habits de cycliste professionnel, et le père descend les montagnes à fond les ballons et s’essouffle à peine dans les montées ! Dur dur de suivre le rythme, mais les paysages sont époustouflants, impossible de renoncer ...

La relation entre le Père Roberto et les membres du Foyer est vraiment très belle. Il est notre papa à tous, il s’assure toujours que tout le monde aille bien, fait des câlins paternels chaque matin pour nous dire bonjour et avant chaque nuit il nous bénit un par un. J’ai appris qu’il a été menacé par des guerrilleros dans son église, et qu’il a réussi à leur pardonner. Un très beau témoignage !

 

 

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