Le harcèlement en question

Comment prévenir, détecter et prendre en charge les situations de harcèlement scolaire ? La DDEC de Lille n'a pas attendu la journée nationale de lutte contre le phénomène, programmée le 9 novembre 2017, pour se pencher sur la question. À travers des témoignages de victimes et d'éducateurs confrontés au phénomènes ainsi que des interventions de spécialistes, la journée d’information qu'elle a organisée le 27 septembre dernier a apporté des éléments de réponse.

Par Coline Léger

 

Le 19 décembre 2015, Emilie, 17 ans, une élève de l’enseignement catholique lillois, se donnait la mort. Elle laissait derrière elle un texte témoignant du harcèlement qu’elle avait subie pendant plusieurs années dans son établissement, et contre lequel ses parents ont porté plainte. Dès avant ce terrible drame, la DDEC de Lille avait constitué un groupe de travail sur le sujet, se rendant compte, à travers les courriers des familles, que les établissements n’étaient pas outillés face à ce phénomène. C’est dans la continuité de cette réflexion et pour qu’un tel drame ne puisse plus se reproduire, qu’elle a organisé, le 27 septembre, une journée d’information sur le harcèlement à destination de l’ensemble de la communauté éducative. Plus de 350 personnes y ont participé, directeurs, infirmières, conseillers d’éducation, animateurs en pastorale, enseignants, etc., venus de l’ensemble du diocèse. Une preuve de leur volonté d’agir face à un mal qui toucherait 12% des écoliers, 10% des collégiens et 3,4% des lycéens. Soit au total 700 600 élèves dont 383 830 victimes d'une forme sévère de harcèlement, selon les données du gouvernement. Tout au long de la journée, les intervenants ont donné des outils de compréhension aux participants, pour les aider à repérer et à prendre en charge le phénomène : le pédopsychiatre Guy Cordier, la Maison des ados, des représentants de la Police et de la Justice, de l’éducation nationale, des chefs d’établissement... le tout entrecoupé de saynètes jouées par la Compagnie la Belle Histoire.

 

Silence des victimes

Bien que le phénomène soit massif, les établissements scolaires ont du mal à l’identifier. Comment expliquer en effet qu’ils ignorent souvent tout du calvaire des élèves concernés, jusqu’à en être alertés par les parents, qui l’apprennent eux-mêmes tardivement ? « L’une des difficultés tient à ce que les victimes gardent le silence, a expliqué le docteur Guy Cordier, pédopsychiatre. Pour se confier, il faut être capable de surmonter sa honte ». Monique Naessens, chef d’établissement de l’école Saint-Jean Baptiste, située à Roubaix, a pu en témoigner :« Je pensais que ça n’arrivait qu’au collège. J’ai appris des années plus tard qu’il y avait eu des cas de harcèlement dans mon école élémentaire ».

Compte tenu du silence des victimes, il appartient au corps éducatif de rester vigilant pour repérer, lorsqu’ils surviennent, les cas de harcèlement. Une tâche difficile dans un contexte de banalisation des incivilités : « On a tendance à minimiser ce qui se passe en cours de récréation. Il faut être attentif, surtout dans les lieux où les élèves se retrouvent isolés », a souligné Monique Naessens. Toilettes, cantine, couloirs... Les auteurs privilégient les lieux où la surveillance est moindre. Mais comment différencier de banales incivilités et les cas de harcèlement  ?« Ces des actes de violence physique ou verbale se caractérisent par leur répétition et sont prodigués dans la seule intention de nuire à la victime, voire de l’asservir », a précisé le docteur Cordier.

« Concevoir des solutions en équipe »

Dans l’un des deux témoignages vidéos diffusés au cours de la matinée (voir encadré), une maman a fait part de sa déception face au manque de réactivité de l’établissement de sa fille, une fois la situation connue. Une irritation compréhensible, pour Frédéric Vela, directeur au collège Saint-Joseph à Wattrelos :« Lorsque le parent découvre le harcèlement, il dure depuis longtemps. Les familles attendent une réponse immédiate, faisant peser une pression forte sur la direction. Or, il est bon de ne pas se précipiter pour concevoir des solutions en équipe ».

Régis Verhaeghe et Francis Arnoud, en charge des questions de harcèlement à l’académie de Lille ont abondé dans son sens : « Les situations de harcèlement nécessitent une stratégie d’équipe. On constate que la prise en charge est défaillante lorsqu’elle est portée par une seule personne (chef d’établissement, CPE...) ». Ajoutez à cela une bonne communication, tant entre les acteurs de l’établissement (assistants d’éducation, professeurs, infirmières, assistantes sociales, chefs d’établissement), qu’avec les familles.

Hausse dans les écoles primaires

Campagnes de sensibilisation, création du site « Non au harcèlement », protocole de prise en charge, formations de la communauté éducative… Les deux représentants de l’Education nationale ont rappelé les outils diffusés par le Ministère de l’éducation, depuis qu’il s’est saisi de la question en 2012. « Le protocole de prise en charge commence à être bien connu des établissements », ont-ils souligné. « Ce document est très bien fait ! Mais, à chaud, on n’a pas le temps de digérer ses 45 pages… D’où l’importance de se former en amont », a commenté Frédéric Vela.

Les mesures mises en place portent leurs fruits : « Le nombre de signalements baisse, mais dans le même temps, on observe une hausse dans les écoles primaires et les lycées professionnels », ont-ils nuancé. Le premier degré représente ainsi 30 % des cas de harcèlement, contre 60 % au collège et 10 % au lycée. Pour enrayer le phénomène, rien de tel que la prévention. « Depuis deux ans, des formations d’élèves ambassadeurs sont proposés aux établissements, pour que les élèves ne soient plus des spectateurs passifs face à ces situations », ont-ils indiqué. Une piste à creuser.

« J’ai eu l’idée d’en finir »

Deux vidéos diffusées au cours de cette journée d’information ont livré les témoignages d’une maman et de sa fille, victime de harcèlement : « Je me faisais traiter de grosse vache sans arrêt ! On me disait : Pourquoi tu existes ? Quand on est moche comme toi on n’a pas le droit à la parole. A la cantine, c’était l’enfer... J’en suis arrivée à penser : pourquoi continuer à exister si c’est pour me faire insulter tous les jours. J’ai eu l’idée d’en finir, mais j’ai réalisé que je comptais pour ma famille. » La maman, de son côté, a déploré le manque de réactivité de l’établissement qui n'a jamais reconnu la situation de harcèlement.

La méthode Pikas,
pour traiter les cas de harcèlement:

 

D’inspiration scandinave, cette méthode s'appuie sur  le principe de « préoccupation partagée ». Elle permet de désamorcer simplement et efficacement les dynamiques de groupe délétères.

Visitez la plateforme en ligne francophone dédiée aux éducateurs

Voir aussi:

la plateforme du ministère

 

À noter: le 9 novembre 2017,
Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire

 

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