« Le dialogue, en réponse à la violence » - Enseignement Catholique

« Le dialogue, en réponse à la violence »

Des rencontres interreligieuses trimestrielles ont lieu au lycée parisien Charles-Péguy, dans l’esprit du charisme des centres Madeleine-Daniélou. Le temps d’une pause déjeuner, on y aborde des questions telles que la place de l’homme dans la création ou la miséricorde, dans les trois monothéismes. Ouvertes à toute la communauté éducative, ces réunions lancées après le 11 septembre 2001, attirent quelque 70 participants. Animées par la directrice, Dominique Paillard, elles sont préparées par une quarantaine de lycéens, dans des cours hebdomadaires dédiés à l’approfondissement de leur religion. Ils témoignent ici de la richesse de leurs échanges.

 

Propos recueillis par Virginie Leray

Dominique Paillard, directrice du lycée Charles-Péguy, à Paris.
Dominique Paillard, directrice du lycée Charles-Péguy, à Paris. © V. Leray

Sharon (1re) : La rencontre proprement dite débute par un pique-nique avec des sandwichs végétariens, histoire de ne pas d’emblée créer des clivages liés aux prescriptions alimentaires. Après une introduction du thème par la directrice, Dominique Paillard, les groupes d’élèves des trois religions présentent leur synthèse sur le sujet. Ensuite, on échange, toujours dans un grand respect. Chacun donne son point de vue sans chercher à l’imposer. C’est magnifique !

Nour (Tle) : J’apprécie beaucoup cette opportunité, rare, d’approfondir ma foi tout en découvrant le judaïsme et le christianisme.

Étienne (Tle) : Dans l’établissement, j’ai d’abord participé à un rendez-vous hebdomadaire de réflexion entre chrétiens sur un thème en lien avec l’actualité. Mais, très vite, j’ai ressenti le besoin de me confronter à d’autres manières de penser.

Dalya (1re) : Je voulais mieux comprendre ma religion, l’islam, pour pouvoir mieux l’expliquer, éviter les amalgames, surtout par les temps qui courent…

Laure (Tle) : Dans le contexte de guerre des cultures que nous vivons, j’avais besoin de mieux connaître les autres religions, de dépasser les stéréotypes. On a, par exemple, appris qu’un djihadiste désigne un croyant engagé dans un combat spirituel alors qu’on utilise ce terme comme un synonyme de terroriste.

Daniel (Tle) : Pour moi, le dialogue est la meilleure réponse à la violence, aux extrémistes de tous bords, qui cherchent à nous diviser.

Dalya : C’est étonnant de voir combien nos religions offrent à la fois des similitudes dans leur message et des divergences, des nuances.

De gauche à droite : Daniel, Sharon, Dalya, Nour, Rania, Étienne et Laure.
De gauche à droite : Daniel, Sharon, Dalya, Nour, Rania, Étienne et Laure. © V. Leray

Rania (1re) : Les cours sur l’islam que je suis à l’extérieur, sont très axés sur le Coran. J’apprécie ici de traiter des thèmes plus larges, en lien avec l’actualité et sous forme de dialogue. C’est complémentaire.

Laure : À l’aumônerie, nous restons aussi centrés sur la Bible et s’ouvrir à d’autres sources ou interprétations enrichit beaucoup.

Dalya : Poser des questions à des croyants d’autres confessions ou répondre aux leurs permet de s’en poser de nouvelles.

Daniel : J’ai été surpris par ce que j’ai appris sur le judaïsme. J’ai aussi réalisé combien la religion m’apportait un socle, une colonne vertébrale pour affronter la vie.

Dalya : On restitue nos échanges en vie de classe. En général, ça suscite l’intérêt, on me demande des détails et le thème de la prochaine rencontre.

Étienne : Souvent aussi, lors de ces restitutions, on nous oppose un silence gêné. Dommage car, au fond, ces questions nous travaillent tous… Mais on n’ose pas parler religion, encore moins avec les événements.

Laure : Dans mon ancien établissement, parler religion était tabou. Pourtant, ici, j’ai pu observer que quand l’occasion se présente, les autres élèves, même athées, apprécient de réfléchir à ces sujets.

Nour : Souvent, ce sont les polémiques comme le voile qui intéressent… Avec les rencontres, tout le monde peut profiter d’une réflexion qui va au- delà.

Daniel : La société et notamment les jeunes considèrent souvent la religion comme archaïque, ayant sa place au musée plus que dans la tête des gens… Alors que de grands penseurs comme Descartes ou Einstein se sont interrogés sur l’existence de Dieu. La preuve que cette question est essentielle et compatible avec la modernité !

eca-actualites-religions-enseignement-catholiqueCet article est tiré d’un hors-série d’ECA paru en mai 2016 qui fait le point sur le dialogue interreligieux et interculturel qui se vit dans les établissements. Reportages, analyses, commentaires de textes du magistère et interviews de chercheurs y brossent le paysage d’un enseignement catholique ouvert à l’autre, par vocation.

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