« La sève catholique doit contribuer
à faire vivre notre nation »

Ce lundi 9 avril 2018, à Paris, dans la nef du Collège des Bernardins, lieu de dialogue entre la société et l’Église, cette dernière a officiellement reçu, pour la première fois, le Président de la République.
En écho au souci de l'Église de contribuer à construire «une Nation fraternelle, juste et solidaire», selon les termes de Mgr Pontier, Emmanuel Macron a fait valoir horizon partagé d'une notion du Bien commun qui s’enracine dans la personne.

 

© CEF

L’émotion était palpable sous la prestigieuse nef des Bernardins lundi 9 avril, qui a réuni le temps d’une soirée inédite le Président de la République, Emmanuel Macron, et  les 400 invités de la Conférence des évêques de France (CEF), représentant les forces vives du catholicisme. Il y a eu d’abord, les larmes de Samuel, ce jeune autiste de 36 ans qui vit dans une communauté de l’Arche, venu témoigner de son parcours : « J’aimerais rencontrer plus de personnes non handicapées, mais ce n’est pas facile parce que les gens ont peur de ceux qui sont différents, ou nous regardent de travers. »

D’emblée, le ton était donné pour cette grande première où l’Église a reçu officiellement le Président de la République: celui de la fragilité et du souci de l’accueil de l’autre, à travers la parole des exclus, des « invisibles » de la société, et des associations catholiques qui les accompagnent (Association Pour l’Amitié, Office chrétiens des personnes handicapées, Société St-Vincent-de-Paul, …), signe fort de leur engagement dans la société.

Mettant ses pas dans ceux de Benoît XVI qui avait inauguré ce lieu de dialogue entre l’Eglise et la société, c’est une main tendue et un « dialogue en vérité » qu’Emmanuel Macron a voulu adresser au monde catholique. « Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer », a déclaré le Président. Une Eglise dont il n’attend « pas de leçons » mais qui « fait du dialogue, de la quête, le cœur même du sens, même parmi ceux qui ne croient pas. »

© CEF

 « La sève catholique doit contribuer à faire vivre notre nation », a appelé Emmanuel Macron, en insistant sur trois dons de l’Eglise qui peuvent être utiles à la République : celui de l’humilité du questionnement, de son engagement et de sa liberté de parole.
« L’urgence de notre politique contemporaine c’est de retrouver son enracinement dans la question de l’homme ou, pour parler avec Mounier, de la personne », a affirmé le Président, pointant « le cap d’un humanisme réaliste » et avec lui, le dépassement d’ « une prospective sans perspective »,.

« La question du sens est au cœur de notre vie sociale : avec d’autres, nous pensons qu’une partie de la réponse se trouve dans le don de soi, dans la gratuité d’une relation, dans un amour partagé, un accueil large », avait déclaré juste avant lui Mgr Pontier, archevêque de Marseille et président de la CEF, dans son discours liminaire, rappelant l’acuité du concept de « maison commune » développé par le pape François dans son encyclique « Laudato si » et la nécessité d’une responsabilité partagée « pour bâtir une nation fraternelle, juste et solidaire ».

Pour tenir cet « horizon commun », le Président a demandé aux acteurs du monde catholique à s’engager plus encore en société et en politique :
« Vous êtes aujourd’hui une composante majeure de cette partie de la nation qui a décidé de s’occuper de l’autre partie (…) une part vitale du ciment même de notre cohésion nationale. »

Aurélie Sobocinski

La rencontre du 9 avril aux Bernardins, filmée par KTO

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