La gazette du Salon – J 1

Parler de vocation au salon des maires ? C’est possible sur la Web radio animée par l’enseignement catholique en direct de la porte de Versailles jusqu’à jeudi 21 novembre. Et Philippe Delorme son secrétaire général ne s’en est pas privé, hier, en conclusion de la première journée du Salon, dédiée aux territoires bretons, pour rappeler le sens de la présence de l’Enseignement catholique auprès des maires de France. « Notre mission, notre vocation, c’est de contribuer au service public d’éducation avec un projet particulier. (…) Projet qui implique de travailler dans la responsabilité, la collégialité, l’hospitalité et le décloisonnement, à tous les échelons, depuis la cellule de base de l’établissement jusqu’aux diocèses. »

Dynamisme de l’économie locale, activités périscolaires, restauration, équipements sportifs et culturels, lutte contre le décrochage scolaire et promotion de la mixité sociale, développement des territoires numériques, de la vie citoyenne ou de la dimension internationale… Dans tous ces domaines, vitaux pour les communes, l’Enseignement catholique entend prendre sa part, collaborer.

La dizaine de tables rondes qui se sont tenues hier ont bien illustré cette volonté. Elle s’accompagne, comme l’a répété Philippe Delorme du souci de promouvoir « une écologie intégrale qui implique de faire grandir les jeunes, tout à la fois, dans la relation aux autres, à eux-mêmes, à Dieu et à la création.

Tour d’horizon des sujets abordés lors de la journée du mardi 19 novembre 2019, dans le studio radio animé par Marc Tronchot, journaliste et ancien directeur de la rédaction d’Europe 1.

L'Enseignement catholique "inspirant"

François GOULARD, président du Conseil général du Morbihan,
ancien ministre de l’Enseignement supérieur.

Alors qu’un collège coûte 15 millions d’euros, le privé n’est aidé qu’à 10% par les pouvoirs publics, assène François Goulard, président du Conseil général du Morbihan, ancien ministre de l’Enseignement supérieur qui espère voir son financement facilité par l’acte III de la décentralisation qu’a évoqué le président Emmanuel Macron dans son discours adressé aux édiles en congrès ce 20 novembre : « Les décisions stratégiques de développement doivent être prise au niveau où les acteurs ont une vision la plus précise des choses et de leur évolution », a déclaré l’élu. Il juge l’Enseignement catholique « inspirant », notamment en raison de l’autonomie de ses chefs d’établissements et de l’association étroite des parents à leur fonctionnement, notamment à travers les Ogec.

Plus de confiance et de responsabilisation

Philippe Delorme approuve tout ce qui va dans le sens d’accroître la confiance et la responsabilisation des acteurs : « Nous disposons déjà d’une belle autonomie, certes, mais elle est encore limitée et à augmenter ». Une meilleure reconnaissance de la participation de l’Enseignement catholique à l’effort d’éducation prioritaire, qui semble se dessiner, irait dans ce sens.

 

 

Plus de décentralisation

Max Brisson, sénateur des Pyrénées-Atlantiques,
rapporteur de la loi Blanquer

« Je préfère de loin les lunettes académiques au télescope ministériel » a lancé Max Brisson, sénateur des Pyrénées-Atlantiques, rapporteur de la loi Blanquer pour fustiger l’organisation trop centralisée de l’Education nationale. Fervent partisan du droit à la différenciation territoriale – qui permet aux collectivités d’exercer des compétences à la carte et d’adapter le droit à leur situation spécifique-, il souhaiterait la voir s’appliquer au champ éducatif.

En accord avec l’esprit des rapports Mathiot-Azéma et Lafon-Roux, qui proposent de décentraliser l’allocation des moyens aux établissements, il souligne que cela permettrait de cibler ces moyens sur les établissements accueillant des élèves défavorisés -70% d’entre eux n'étant pas en REP- ainsi que sur ceux situés dans des zones rurales en difficulté.

Mieux accompagner élèves et enseignants

Sylvie Charrière, députée de Seine-Saint-Denis

« Accompagner les élèves de la maternelle jusqu’à l’insertion professionnelle », c’est l’objectif des cités éducatives que la Seine-Saint-Denis s’apprête à déployer sur son territoire et qui requièrent que l’école s’ouvre sur son territoire et crée des partenariats au service du jeune », a fait valoir Sylvie Charrière Députée de Seine-Saint-Denis.
Elle salue le lancement de la pré-professionnalisation des enseignants sur l’académie de Créteil, pour une entrée dans le métier progressive. Il conviendrait selon elle que les pouvoirs publics soutiennent cela par des primes de fidélisation pour éviter le turn-over dans les académies moins attractives.

« L’École catholique fait office d’école communale dans 30 communes du Finistère »

Michel CANEVET, Sénateur du Finistère,
ancien maire de la commune de Plonéour-Lanvern.

Patrick LAMOUR, Directeur diocésain.

En Bretagne l’Enseignement catholique affiche un ancrage territorial record, avec 250 000 enfants et jeunes dans plus de 1500 établissements scolaires. « Présent dans une commune sur deux, il est enraciné dans une relation de proximité avec les familles, instaurée voilà deux siècles par ses fondateurs » : Parachevant le décor ainsi planté par Patrick Lamour, directeur diocésain du Finistère, Michel Canevet, sénateur de ce territoire a précisé que « l’École catholique y faisait même office d’école communales dans 30 municipalités », saluant la présence des deux réseaux comme une vraie richesse, « facteur d’émulation et donc de réussite des jeunes ».

Parmi les défis communs évoqués, celui de l’orientation. En la matière, les travaux menés par le Sénat pointent le déséquilibre entre certaines filières de formation surchargées et des secteur manquant cruellement de main d’œuvre. Michel Canevet a donc souligné l’importance pour l’école « d’entretenir des contacts réguliers avec l’ensemble des acteurs » ,« de faire découvrir aux jeunes la palette des nouveaux métiers » et d’adapter en permanence les formations aux évolutions socio-économiques ».

L’Enseignement catholique s’y emploie. Comme le démontre sa participation au salon de l’enseignement supérieur de Brest, qui draine chaque année 25 000 visiteurs. De même que la journée du 4 novembre dernier où 1037 enseignants de ses collèges ont été invités à une visite des lycées professionnels du département, guidés par leurs personnels et leurs élèves : « ce type d’opérations illustre bien notre souci de valoriser toutes les filières dans leur diversité, tout comme les états généraux des filières pro organisés en décembre dernier ou le Salon Excellence pro de mars prochain » a appuyé Patrick Lamour.

Second défi à relever en complémentarité : celui des territoires démographiquement fragiles. Selon l’élu, il convient, pour maintenir ce maillage, « d’allouer des moyens spécifiques pour maintenir les écoles, de veiller à la parité privé-public sur les aides accordées, comme en mutualisant les services de restauration municipaux afin de proposer des déjeuners au même prix dans les deux réseaux, comme pratiqué dans la commune de Plonéour-Lanvern. »

Les établissements publics locaux d’enseignement :
une réponse aux défis de l’hyper-ruralité

Yannick KERLOGOT, député des Côtes d’Armor

Françoise GAUTIER, directrice diocésaine de Saint-Brieuc

Face à des collèges publics passés de 300 à 80 élèves en dix ans et une baisse de 5000 élèves dans le 1er degré sur son département, Yannick KERLOGOT, député des Côtes d’Armor s’interroge… et regrette le recul du ministère sur les établissements publics locaux des savoirs fondamentaux. « Ils permettraient fort opportunément de porter un regard global sur le parcours des jeunes, d’optimiser la coordination et de soulager des directeurs d’écoles de la lourdeur des tâches administratives »

L’Enseignement catholique a engagé ui aussi un travail prospectif qui lui permette de maintenir un maillage pérenne malgré les baisses démographiques. Et Françoise GAUTIER, directrice diocésaine de Saint-Brieuc confirme que « Penser en pôle scolaire aide à organiser des mutualisations de personnel et d’équipements tout en assurant une plus-value en termes de pédagogie et de suivi des élèves ». Il est à noter que s’expérimentent aussi avec bonheur, dans l’enseignement catholique breton, d’autres alternatives telles que les bi ou multi-directions.

 

Sobriété heureuse

"En termes d’éducation au développement durable, les établissements scolaires ont aussi à promouvoir, en la vivant une éco-pédagogie qui prenne en compte la préservation de l’environnement, de nouvelles formes de coopération, et aussi une dimension économique."
Françoise Gautier

Collaborer au service de l’école inclusive 

 

Gilles Lurton, député d’Ille-et-Vilaine

Michel Pellé, directeur diocésain de Rennes.

 

« L’inclusion doit être jouée dès que possible, mais avec les moyens humains suffisants pour l’accompagner. Il faut aussi faire attention à l’inclusion à tout prix qui peut générer de la détresse chez les enseignants, les familles et les enfants eux-mêmes. C’est pourquoi l’école inclusive ne doit pas se faire non plus au détriment des structures d’accueil plus protégées qui restent indispensables pour certains enfants. »

Ces convictions et de ces points de vigilance ainsi posés par Gilles Lurton, député d’Ille-et-Vilaine, les nouveaux Pial, pôles inclusifs d’accompagnements localisés, qui assurent une gestion de proximité des moyens humains d’accompagnements du handicap (quelque 350 AESH) peuvent se mettre en place sereinement sur le territoire.

 

« Cette gestion, plus fluide et plus proche des besoins des équipes, commence à s’organiser. Elle est pilotée de manière concertée par des chefs d’établissement du privé et du public et nous en attendons à terme la nécessaire amélioration de l’accompagnement indispensable à l’école inclusive », confirme Michel Pellé, directeur diocésain de Rennes.

La biodiversité linguistique à préserver!

Paul Molac, député du Morbihan

Les langues régionales sont une richesse à préserver. Les scientifiques ont d’ailleurs mis en évidence un lien entre biodiversité et diversité linguistique. Sur le plan pédagogique, le bilinguisme facilite en outre l’apprentissage de nouvelles langues.

De la maison commune à l’assiette responsable

Stéphane GOURAUD, directeur diocésain du Morbihan

Christian JOSSE Président APEL Bretagne

Virginie TEXIER, administrateur Apel nationale

Loïc Dufilhol, président d’Ogec à Lorient

Patrick Gautier, directeur des achats de Convivio

Un sauvetage en bonne intelligence

Guy Lefrand, maire d’Évreux, vice-Président du Conseil Régional de Normandie

Alexandre Toussaint, chef d’établissement de Notre-Dame-Saint-François à Evreux

Après une période de glaciation dans les relations, le nouveau conseil régional a effectué un rattrapage conséquent en matière de parité des aides financières entre public-privé. « Sans cela nous n’aurions pas pu faire l’effort de modernisation et de sécurisation requis par les familles et l’inflation des plans particuliers de mise en sécurité -pour incendie mais aussi attentat, risque chimique…-" concède Alexandre Toussaint, chef d’établissement Notre-Dame-Saint-François à Evreux

"Un élève du privé coute moins cher à la collectivité qu’un élève du public, rappelle Guy Lefrand, vice-Président du Conseil Régional de Normandie pour justifier cette contribution qui ouvre en outre « l’opportunité de discuter ensemble sur ce que l’on souhaite pour la formation de nos enfants. »

Bien sûr, en tant que maire d’Evreux, l’élu ne cache pas que la scolarité obligatoire dès 3 ans et le versement du forfait qu’elle implique pour le privé représente un surcout conséquent dans une période d’austérité budgétaire : Pour la ville d’Evreux, cela représente 80 000 euros supplémentaires soit l’équivalent de trois postes.
Dans cette même ville, l’histoire du sauvetage de l’Institution Notre-Dame Saint-François, institution jésuite au bord de la faillite voilà quelques années, montre néanmoins que ces efforts financiers peuvent servir le bien commun. Pour accompagner le processus de fusion de deux établissements, la Ville a accepté de racheter de vastes bâtiments en centre ville, en bénéficiant de facilités de paiement. Ce vaste complexe lui permettra d’héberger à terme un pôle d’odontologie, le conservatoire et un lieu culturel installé dans l’ancienne chapelle dont la valeur patrimoniale est ainsi préservée.

Faire de la mixité sociale une richesse

David ROBO, maire de Vannes,

Ronan LESSARD, chef d’établissement de l’école Saint Joseph d’Elven,

Stéphane GOURAUD, directeur diocésain du Morbihan

« Leurs chefs d’établissement ont su faire de la diversité confessionnelle et de la mixité sociale une vraie richesse, notamment grâce à des propositions ambitieuses telles qu’un club de rugby ou des cours de bretons » En matière de mixité sociale, David Robo, maire de Vannes, a salué le rôle joué par les écoles catholiques implantées dans et à proximité des trois quartiers relevant de la politique de la Ville de sa commune. Enseignement catholique qui s’engage aussi localement auprès des MNA, en ayant ouvert une antenne pour élèves allophones partagée entre deux collèges du centre ville.

Le tout en soignant également la relation aux parents , ingrédient essentiel du modèle économique et relationnel de l’Enseignement catholique comme évoqué par Ronan LESSARD, chef d’établissement de l’école Saint Joseph d’Elven dont le marché de Noel annuel, porté par l’ensemble de la communauté éducative – 200 bénévoles sur deux jours- attire 17 000 visiteurs et est essentiel à la survie de l’établissement.

 

 

« Tiad Reizh » ou « maison juste », en breton. C’est le nom de la dynamique engagée par l’Enseignement Catholique de Bretagne avec le Conseil Régional et la Chambre d’agriculture dans le cadre de la démarche « Breizh Alim’ » de la Région.

Elle prend en compte les problématiques spécifiques des 827 écoles, 170 collèges et 103 lycées catholiques du territoire.
« Puisque nous ne sommes pas soumis aux règles qui régissent les appels d’offre publics, nous avons pu demander un cahier des charges plus exigeant à nos prestataires de restauration scolaire en matière de circuits courts et de respect de la saisonnalité », résume Stéphane Gouraud, directeur diocésain du Morbihan qui gère ce dossier pour le CAEC.

L’enjeu : inculquer des habitudes alimentaires qui seront intégrées par les futurs consommateurs et soutenir économiquement les agriculteurs locaux. Une démarche plébiscitée par les parents : « Cela répond notamment aux interpellations de nos parents d’élèves agriculteurs sur l’origine des produits servis à leurs enfants et, pour tous, c’est une amélioration de la qualité des repas, sans surcoût puisque le gaspillage diminue », confirme Virginie Texier.

« Non seulement les aliments de nos enfants ont retrouvé du goût et des couleurs mais, sur 220 repas servis, on enregistre, à notre grande surprise, une centaine de salades ! Enfin, il y a un effet d’entraînement auprès d’autres établissements, et d’autres prestataires de restauration », renchérit Loïc Dufilhol, président d’Ogec à Lorient.
Patrick Gautier, directeur des achats de Convivio, une société de restauration collective indépendante, engagée pour renouer des liens directs avec les producteurs, très investie dans la démarche « Tiad Reizh », espère qu’elle pourra infléchir la prochaine loi Égalim qui doit entrer en vigueur d’ici à 2022. « A l’heure actuelle un amendement empêche d’exiger un approvisionnement via des circuits courts ce qui est pourtant éco-responsable et essentiel pour resserrer les liens avec le monde agricole. » Or, « Tiad Reizh », introduit justement cette exigence via une contractualisation directe entre fournisseurs et producteurs.

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