Kmsoleil, c’est parti ! - Enseignement Catholique

Kmsoleil, c’est parti !

Le 26 septembre dernier, la journée de lancement de la campagne 2017-2018 des Kilomètres de Soleil a réuni une soixantaine de correspondants diocésains. Objectif : s’approprier le thème d’année pour lancer des actions de sensibilisation à la solidarité envers les 7-12 ans.

Sylvie Horguelin

 

Pierre Robitaille, coordinateur national de Kilomètres de soleil, avait invité les correspondants diocésains de cette campagne de solidarité à une journée d’information consacrée au thème de l’année 2016/2017 : « Différents, tous frères : handicaps et vivre-ensemble ». Le 26 septembre dernier, ils se sont retrouvés, dans les locaux de la Mutuelle Saint-Christophe, à Paris, mis à leur disposition gracieusement. Pierre Robitaille a rappelé que cette campagne portée par huit mouvements et services d’Eglise, dont l’enseignement catholique, est née en 1958. Une convention est depuis signée chaque année par les différents partenaires et des journées nationales organisées. Charge aux commissions diocésaines (il en existe une cinquantaine), de monter des actions et de distribuer les outils pédagogiques via le Secours catholique et le CCFD. « L’objectif premier n’est pas de vendre des gâteaux mais de mener une réflexion avec les enfants sur la solidarité », a précisé Pierre Robitaille. Pour donner du sens à cette ouverture à l’autre, il est proposé aux enfants de découvrir des lieux et des structures qui ont besoin d’aide (en France et à l’étranger) et de mener des actions. (Bourses Soleil), 40 % à la solidarité internationale (Projets Soleil) et 20 % aux outils pédagogiques mis à disposition. 120 000 euros ont été collectés l’an dernier.

 

Des bourses interdiocésaines

Trois types de bourses Soleil sont attribuées avec l’argent réuni par les enfants : les bourses individuelles, collectives et interdiocésaines. Les deux premières doivent concerner des activités de loisirs ou culturelles, une aide aux vacances, un soutien à la formation (une inscription au BAFA, par exemple, s’il est destiné aux enfants défavorisés). Le reliquat est mutualisé pour financer des bourses interdiocésaines qui doivent répondre à cinq conditions : servir à la solidarité, permettre un projet collectif, concerner des enfants de 7 à 12 ans, être en lien avec le thème de l’année civile (« interreligieux » ou « handicap » pour 2017). Le montant de ces bourses, peu connues des diocèses, varie de 500 à 1500 euros.

 

Un témoignage touchant

Après cette présentation destinée aux nouveaux correspondants diocésains qui rejoignent Kmsoleil, Cécile Gandon, du service communication de l’OCH (office chrétien des personnes handicapées), est venue partager son expérience de vie et sensibiliser à la thématique de l’année 2017/2018. Cette jeune femme de 35 ans rayonnante souffre du syndrome de Little, une affection neurologique qui découle de sa naissance prématurée, à six mois et demi. Elle souffre de terribles douleurs au dos et aux pieds et marche avec difficulté. La jeune femme a tenu à souligner qu’il ne fallait pas réduire le handicap à une « différence » parmi d’autres, contrairement à ce que l’intitulé du thème d’année pourrait induire : « Ce serait masquer l’aspect souffrance ». Or « le handicap est un cri de révolte : pourquoi moi ? qu’ai-je fait pour mériter cela ? », a-t-elle expliqué. « C’est aussi un cri de victoire et de joie » car la faiblesse extrême « oblige à être soi » et conduit « à vivre la puissance de communion » avec les autres, sans lesquels on ne peut rien. « Des gens disent : à quoi cela sert-il d’avoir une vie pareille ? Elle souffre et fait souffrir ses parents. C’est une question légitime quand on parle en particulier d’un enfant polyhandicapé, a-t-elle poursuivi. Cela nous oblige à un déplacement. Une vie n’est pas utile. Elle est. » À la question posée par un participant : « Comment voyez-vous Dieu étant donné votre handicap ? », elle a répondu : « La question, c’est plutôt comment Dieu me voit ? Je sais que je suis un cadeau pour Dieu et pour les autres. Je reste toutefois taraudée par la question de la guérison. Et la phrase du centurion dans l’évangile « Dis seulement une parole et je serai guéri » me touche. Je crois que Dieu me guérit à travers la communion et la réconciliation. Extérieurement rien ne change. Intérieurement, cela m’aide à tenir et à être consciente. La communion entre nous, c’est là la guérison ! »

 

Vers une école inclusive

Changement de perspective avec l’intervention de Marie-Odile Plançon, en charge au Sgec du réseau éducation inclusive. Cette dernière a exposé comment l’école française avait évolué pour les élèves en situation de handicap « vers une éducation partagée dans une école inclusive ». Et de citer le chercheur Charles Gardou qui écrit : « Une société inclusive est une société consciente que l’égalité formelle n’assure pas l’égalité réelle et peut même nuire à l’équité ». De fait, l’école française est passée de structures d’accueil à une logique de dispositifs puis de parcours personnalisés, a expliqué Marie-Odile Plançon. La notion très large de « besoins éducatifs particuliers » est apparue. Elle englobe aussi bien un enfant handicapé, précoce ou encore non francophone. « On se centre désormais sur le besoin de la personne et non plus sur la maladie. Et c’est à l’école de proposer une adaptation », a-t-elle rappelé. La scolarisation est aujourd’hui devenue un droit et l’accueil un devoir. On est entré dans une logique d’éducabilité cognitive, affective, culturelle et sociale. La loi de 2005 qui a instauré le principe d'un lieu unique pour faciliter les démarches des personnes handicapées, la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH), comporte ainsi plusieurs principes : celui du droit à la compensation (qui implique d’avoir par exemple un auxiliaire de vie) ; l’idée que l’on passe de la prise en charge de l’enfant à sa prise en compte, en construisant ensemble son parcours scolaire ; celui d’une accessibilité généralisée qui est en cours. La loi de 2013 de Refondation de l’Ecole nomme elle aussi le principe d’inclusion scolaire. « Il nous faut aujourd’hui passer réellement de l’égalité à l’équité, a poursuivi Marie-Odile Plançon, accueillir sans stigmatiser ni catégoriser. Le travail d’accompagnement consiste à être avec. L’enjeu n’est pas l’inclusion mais l’interaction. » Chaque éducateur doit s’inspirer de la pédagogique du Christ qui demande : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » pour permettre « une vie forte qui ne soit pas qu’utilitaire mais aussi humanisante », a-t-elle conclu.

« Le monde ne devient pas meilleur, parce que composé uniquement de personnes apparemment « parfaites », mais lorsque la solidarité entre les hommes, l’acceptation réciproque et le respect grandissent. (…)
La manière dont nous affrontons la souffrance et la limitation est un critère de notre liberté de donner sens aux expériences de la vie, même lorsqu’elles nous semblent absurdes et imméritées. »

Pape François, homélie du 12 juin 2016.

Cinq projets Soleil

Pour entrer plus concrètement dans la campagne, les cinq projets Soleil internationaux de l’année ont ensuite été présentés aux participants. En commençant par le projet bolivien, porté par l’Enfance missionnaire.
Dans le sud du pays, la ville très pauvre de Villa Montes ne proposait rien aux enfants handicapés jusqu’à l’ouverture du Centre Jean-Paul II dirigé par une sœur franciscaine. Les enfants y suivent des cours et une catéchèse adaptée. La bourse permettra d’acheter du matériel didactique pour le développement psychomoteur des enfants.

Autre exemple, à Marrakech cette fois : un projet, porté par le lycée professionnel de Redon, pour aider un orphelinat qui accueille une vingtaine d’enfants et d’adolescents handicapés. Au programme de cette journée décidément très riche, figuraient aussi des ateliers de découverte du handicap visuel, auditif, moteur et cognitif ainsi qu’un atelier pastoral. Chacun est reparti avec le guide de l’animateur 2017/2018 qui présente les cinq projets Soleil, mais aussi une séquence pédagogique et pastorale, des idées d’ateliers, des points de repères… Autres outils distribués : des affiches, un carnet de bord à remettre aux enfants participant à un atelier et une clé USB sur laquelle figurent aussi des vidéos. Chacun est reparti dans son diocèse fin prêt pour lancer cette nouvelle campagne qui s’appuie sur quatre piliers : oser voir nos propres limites, savoir s’enrichir de nos différences, contribuer à réduire les situations handicapantes et vivre ensemble la fraternité.

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