Les jésuites regardent vers les périphéries - Enseignement Catholique

Les jésuites regardent vers les périphéries

Dans chacun des quatorze établissements du réseau Ignace de Loyola éducation, on compte désormais un délégué « Jeunesse défavorisée ». Leur objectif : bâtir un projet pour lui venir en aide.

Par Sylvie Horguelin

« Les établissements scolaires jésuites scolarisent aujourd’hui dans le monde plus d’élèves issus de familles pauvres que de milieux favorisés », déclare Thierry Lamboley, s.j., tutelle pour le réseau Ignace de Loyola éducation. Un choix déterminé par l’histoire. Dans ses Constitutions, saint Ignace affirme le caractère gratuit de l’éducation. Fondés par les villes, ses collèges sont ouverts à tous et financés par les notables. Mais en 1773, la Compagnie est supprimée. Quand elle est rétablie en 1814, les Jésuites fondent de nouveaux collèges. Mais faute de donateur, ils se voient contraints de demander aux familles des frais de scolarité. « Les collèges d’aujourd’hui sont ceux de la deuxième Compagnie, explique Thierry Lamboley. Il nous faut retrouver l’intuition de la première Compagnie. » C’est chose faite un peu partout dans le monde1, mais pas encore en France. D’où le chantier « Jeunesse défavorisée », lancé en novembre 2012 lors de l’assemblée générale du réseau. À chaque établissement, il revient à présent de bâtir un projet avec l’aide de sa propre commission « Jeunesse défavorisée » animée par un délégué. « On s’est bien gardé de donner des échéances, précise Thierry Lamboley. Nous avons mis en route une dynamique de fond qui va perdurer. »

À titre d’exemple, le Mi©rolycée de Bordeaux ouvrira à Saint-Joseph-de-Tivoli (cf. encadré ci-dessous). À Marseille, l’établissement jésuite Provence travaille désormais avec les lycées de Tour-Sainte et de Notre-Dame-de-la-Viste, situés dans des quartiers difficiles, pour encourager certains élèves de 1re à entreprendre des études de médecine. Une session de trois jours a déjà eu lieu lors des dernières vacances de février. À Saint-Etienne, l’AFEP, une école de production du réseau, accueille une quarantaine de décrocheurs auxquels elle apprend un métier. À Toulouse enfin, au Caousou, « cinq bourses seront attribuées à la rentrée à des élèves qui ont un bon niveau mais ne peuvent pas accéder à l’internat à la rentrée prochaine », expose Jérôme Gué, s.j., tutelle de l’établissement. « Nous devons lutter contre la demande d’entre soi de certaines familles. Comment faire pour qu’un établissement favorisé arrive à une vraie ouverture ? C’est un défi énorme », reconnaît-il. SH

(1). Voir « L’éducation aux marges du monde » de la revue jésuite Promotio Iustitiae (n° 114, 2014/1, 60 p.)

microlycee-saint-joseph-de-tivoliTivoli ouvre un Mi©rolycée

Saint-Joseph-de-Tivoli, l’établissement jésuite de Bordeaux, accueillera à la rentrée quinze décrocheurs dans les murs d’un tout nouveau Mi©rolycée – le premier de l’enseignement catholique ! Bonita Dubreuil, le chef d’établissement, parle de cette ouverture avec un enthousiasme contagieux : « Le projet est né d’un brainstorming avec l’équipe. Nous voulions répondre à l’appel de notre tutelle de nous ouvrir à la jeunesse défavorisée. Et puis, nous avions dans l’établissement des décrocheurs auxquels nous n’apportions pas de réponse satisfaisante. D’où l’idée de créer un Mi©rolycée dont la formule permet d’offrir un accompagnement et un emploi personnalisés, qui consonnent bien avec la pédagogie ignatienne. » Tivoli a reçu un agrément, dans le cadre du plan Égalité des chances, pour une classe de 1re, ouverte à des élèves déscolarisés issus du privé ou du public, ayant entre 16 et 25 ans. Pour l’intégrer, il faut avoir décroché pendant six mois environ pour raisons de santé, familiales… Les professeurs qui y interviendront enseignent déjà au collège ou au lycée et sont volontaires. « Si tout va bien, nous ouvrirons une terminale à la rentrée 2015 », note Bonita Dubreuil. L’objectif est en effet de présenter ces élèves au bac en deux ou trois ans. Originalité de ce Mi©rolycée : des temps d’inclusion en classes ordinaires, dans les séries qui intéressent les lycéens, seront possibles.

 

Partagez cet article

X