Quand le collège change de tempo - Enseignement Catholique

Quand le collège change de tempo

À Brest, au sein du Groupe Anne-Marie Javouhey, la question de l’aménagement du temps scolaire semblait une affaire réglée. Pourtant, il a fallu revoir la copie tant cette organisation suscitait débats et tensions au sein de l’équipe pédagogique...

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Lorsque Gilbert Bicrel, chef d’établissement, traverse le lycée Rive Droite, l’une des composantes du Groupe Anne-Marie Javouhey, à Brest, il est détendu et tout sourire. Dans cet établissement flambant neuf, il règne une atmosphère tranquille et joyeuse. Pourtant, il y a un an, le 3 novembre 2011, Gilbert Bicrel a vécu « le jour le plus noir de sa carrière ».

Les délégués du personnel et bon nombre d’enseignants avaient décidé de boycotter la journée pédagogique. La fronde couvait depuis quelque temps, mais Gilbert Bicrel n’imaginait pas que l’exaspération des professeurs, aussi bien ceux du lycée que des deux collèges (Rive Droite et Kerbonne), avait atteint un tel niveau. Sa cause : l’aménagement du temps scolaire (ATS) mis en place par son prédécesseur en 1998, soit… 13 ans plus tôt ! En fait, le temps scolaire avait été aménagé dans le Groupe Anne-Marie Javouhey afin d’en renforcer l’attractivité dans un contexte de concurrence avec d’autres établissements publics et privés, et alors que ses effectifs avaient tendance à diminuer. Au lieu des 55 minutes réglementaires, les cours ne duraient plus que 45 minutes — ce qui permettait de proposer plus d’options aux élèves et de dégager du temps pour monter des projets pédagogiques interdisciplinaires.

Dans ce cadre, les collégiens disposaient ainsi d’un après-midi « libre » toutes les deux semaines. De quoi mettre en place des activités  culturelles originales… « Il y a 13 ans, j’avais volontiers participé à la mise en place de l’ATS. Il fallait créer une dynamique au sein de l’équipe et, pendant longtemps, cela a marché », explique Yann Scoarnec, professeur de sciences économiques et sociales au lycée. Jusqu’au jour où l’« usure », la « fatigue » et la « lassitude » ce sont des mots qui reviennent dans la bouche de tous ceux qui témoignent ont été plus fortes que la motivation.

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Ramener la paix

Pour les enseignants, la charge de travail était plus lourde. Au lieu de préparer 18 heures de cours par semaine, ils devaient en préparer 22. Une surcharge d’autant plus importante que « les manuels, les TD sur internet, sont prévus pour des séances de 55 minutes ». « Que les séances durent moins longtemps nous obligeait à inventer en permanence. Il était impossible de boucler le programme et cela créait un stress réel, notamment au niveau du lycée », se rappelle Yann Scoarnec. À cela s’ajoutait la nécessité de participer à de multiples réunions pour mettre en place des projets interdisciplinaires dans lesquels certains s’investissaient beaucoup et d’autres moins, ce qui n’allait pas sans créer des tensions supplémentaires au sein de l’équipe pédagogique. Pour ramener la paix au sein de l’établissement, Gilbert Bicrel décide de créer un conseil de réflexion pédagogique, composé de six enseignants élus à raison de deux par site (les deux collèges et le lycée). Les « sages » pèsent les avantages et les inconvénients du système. Le débat est d’ordre pédagogique. « Certains enseignants estimaient qu’ils devaient avant tout transmettre leur savoir et boucler le programme. D’autres considéraient que leur mission était d’éduquer les jeunes en les “prenant” dans leur globalité », résume soeur Marie-Pierre Lallemand, adjointe en pastorale scolaire.

Il est aussi technique : il faut disposer de suffisamment de « cases » dans la journée pour proposer toutes les options existantes aux élèves, sachant que la durée de la journée est limitée le matin comme le soir par le ramassage scolaire. Au final, trois options sont soumises au vote de l’ensemble des enseignants : maintenir le système en place avec des séances de 45 minutes, revenir à des cours d’une durée classique de 55 minutes ou, enfin, « passer » à 50 minutes. C’est cette dernière option qui est choisie par une majorité d’enseignants. « Cinquante minutes, c’était un bon compromis », estime Yann Scoarnec. Il a eu le mérite, en tout cas, de permettre aux trois établissements du groupe de retrouver leur sérénité. Gilbert Bicrel a bien quelques regrets — « Nous avons dû supprimer des options comme la deuxième langue vivante dès la sixième au collège Rive Droite » — mais se montre globalement satisfait : « Nous avons maintenu l’ATS et, à mes yeux, c’était fondamental. Je suis profondément persuadé qu’il permet de motiver les élèves et contribue à créer une autre relation au savoir et à l’école. » Un point de vue partagé par Raphaël, 14 ans, aujourd’hui en seconde générale, et qui a bénéficié de l’ATS tout au long de ses années de collège : « Cela ne changeait pas notre relation aux enseignants mais transformait parfois notre rapport à telle ou telle discipline. »

« Cinquante minutes, c’était un bon compromis »

Ce n’est que depuis la rentrée 2012 que le groupe expérimente ce nouvel ATS. Les élèves des collèges suivent huit modules par jour au lieu de neuf et sont ravis, même s’ils ont dû s’adapter à une durée de cours un peu plus longue. Les enseignants, pour leur part, semblent satisfaits : leur charge de travail est moins lourde, et, même si l’allongement des cours ne libère plus deux demi-journées par mois, ils continuent à s’investir dans les projets pédagogiques et culturels par lesquels leurs établissements se distinguent. Pour ce faire, au collège Kerbonne, par exemple, on a trouvé un… aménagement et sauvé ces projets. « La seule possibilité était d’y faire participer les élèves pendant les cours », explique Anne Pigeon, la documentaliste du collège, qui « porte » différents projets culturels avec des collègues.

« Nous n’avons aucun recul pour prévoir ce qui va se passer au cours de l’année, mais je ne m’inquiète pas. L’équipe est très volontaire et ne fera pas l’impasse sur les ateliers interdisciplinaires. »

Il est déjà prévu, dans le cadre du jumelage du collège avec « La Carène», la salle des musiques actuelles à Brest (cf. encadré), que les élèves de 5e seront rendus disponibles une semaine en janvier, qu’il en sera de même pour ceux de 6e en février, et ainsi de suite… Une organisation qui sera peut-être meilleure que celle de l’an dernier, où les projets avaient eu un peu trop tendance à s’étirer dans le temps. « Nous n’avons aucun recul pour prévoir ce qui va se passer au cours de l’année, mais je ne m’inquiète pas, affirme Anne Pigeon. L’équipe est très volontaire et ne fera pas l’impasse sur les ateliers interdisciplinaires. »

Des partenariats culturels solides

 

Changement d’ATS ou pas, pour rien au monde les enseignants de Kerbonne (lire notre article) ne renonceraient au jumelage avec « La Carène ». Cette salle brestoise accueille les musiques actuelles et, avec le soutien du conseil général, multiplie les actions en direction des établissements scolaires. Le jumelage avec le collège Kerbonne dure depuis trois ans. Comme l’an dernier, il concernera tous les élèves. « Cette année, le thème choisi est la bande-son », précise Anne Pigeon, la documentaliste, à l’origine du partenariat.Pour les classes de 6e, le jumelage est couplé avec le « projet théâtre ». Les élèves réaliseront l’accompagnement sonore des pièces qu’ils travaillent. Les classes de 5e élaboreront la bande-son de courts-métrages. Les 4es créeront des cartes postales sonores du collège (le self, la cour, etc.). Quant aux 3es, ils découvriront les métiers du spectacle lors de séances organisées à « La Carène ». Destiné aux seuls élèves de 6e, l’atelier-théâtre est l’autre gros projet du collège. En relation avec le « Théâtre du Grain », une compagnie installée à Brest depuis 2004, les enfants « montent » des pièces et se partagent le travail. Certains jouent, d’autres réalisent les décors, d’autres encore préparent l’accompagnement sonore. Le tout mobilise les professeurs de lettres, de musique, d’arts plastiques et la professeur d’EPS, passionnée de danse.

eca351Issu du magazine Enseignement catholique actualités n°351, octobre - novembre 2012

À retrouver dans l'ECA n° 351

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