Autonomie des établissements : miracle ou mirage ?

Si les textes permettent une certaine autonomie pédagogique des établissements, le passage de la théorie à la pratique n’en reste pas moins semé d’embûches, selon les participants à une table-ronde organisée par le Crap-Cahiers Pédagogiques, le 28 mars dernier au lycée d’Alembert, à Paris.

 

© L. Estival /ECA

Et si on travaillait autrement ? En 2013, une équipe d’enseignants du collège Anatole-France des Clayes-sous-Bois (78) s’est jetée à l’eau pour revoir sa manière d’accompagner et d’évaluer les élèves. Une aventure placée sous le signe de la collaboration, de l’interdisciplinarité et du travail en équipe qui a mobilisé 14 adultes et bénéficié à 78 collégiens volontaires de trois classes du cycle 4, évalués sur la base de leur progression dans les compétences clés (maîtrise de la langue, autonomie, créativité, vie dans l’établissement).
Les parents, invités à participer aux conseils de classe, ont aussi été associés. Pour Caroline Rousseau, enseignante et l’une des chevilles ouvrières du projet, venue témoigner à l’après-midi de débats organisée le 28 mars dernier par le CRAP-Cahiers pédagogiques sur le thème : « Autonomie des établissements, miracle ou mirage ? », cette expérience montre qu’il existe dans les établissements des opportunités pour faire bouger les lignes. Sous condition toutefois : « Il faut un engagement des enseignants et un soutien du chef d’établissement. Mais ce type de démarche est très exigeant et au bout de cinq ans, certains enseignants ont commencé à prendre leurs distances. Aujourd’hui, il n’est pas sûr que cette expérimentation, qui n’est de toutes les façons pas généralisable, se poursuive », indique-t-elle.

La confiance, un maître mot

L’expérience vécue par le collège Anatole-France illustre la difficulté pour les établissements d’utiliser les marges de manœuvre permises pourtant dans les textes. « Nous avons tous les outils pour agir, remarque Françoise Sturbaut, chef d’établissement au lycée d’Alembert de Paris et présidente de l’association Éducation & Devenir, co-organisatrice de cette rencontre. Les freins sont surtout dans les têtes des chefs d’établissement et des professeurs. Ce qui est donné, c’est un nombre d’heures. À nous de les utiliser pour initier de nouveaux projets. » Pour la responsable, cette invitation à innover repose sur une condition sine qua non : la confiance. « Dans cette optique, le chef d’établissement, qui a un rôle de facilitateur, doit faire preuve de transparence mais il faut aussi revoir les temps de concertation et les inclure dans le temps de service des enseignants. »

Florent Pasquier, maître de conférence à l’Espé de l’académie de Paris, a souligné pour sa part que « la reconnaissance de l’engagement des enseignants n’est pas à elle seule capable de mettre les établissements en mouvement. Quand, en TD, je demande aux étudiants de prendre le pouvoir et que je leur propose des cours coopératifs, il y a chez une majorité d’entre eux une inquiétude, voire même de la panique ! Tout cela s’apprend et demande à être enseigné. Et il y a urgence », insiste-t-il. Des outils comme les séances de développement personnel ou le coaching sont désormais proposés pour aider les futurs enseignants.

D’autres pays, à l’image de la Finlande, ont d’ailleurs montré l’exemple. Mais certains d’entre eux, comme la Suède ou l’Écosse, ont finalement fait marche arrière, selon des études de l’OCDE. « Ces allers-retours illustrent la difficulté de trouver le bon dosage entre une autonomie accrue des établissements et le risque d’accroissement des inégalités pouvant découler de ces démarches, insiste Michèle Amiel, coordinatrice du dossier sur le sujet paru dans les Cahiers pédagogiques (1). Le programme et les examens doivent être les mêmes partout et les moyens doivent être affectés en fonction de critères tels que, par exemple, le nombre d’élèves en difficulté », a-t-elle précisé, en s’appuyant sur les travaux du sociologue François Dubet.

Laurence Estival

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