De la pédagogie de l’encouragement

Le 16 mai 2018, la spécialiste en discipline positive Solenne Roland-Riché a clôturé le cycle de conférences annuel de l’ICP à Paris sur le thème peu entendu de la puissance de l’encouragement. Elle a démontré que les élèves encouragés réussissaient mieux que ceux qui étaient complimentés.

 

« Quand on est exclu d’un groupe, c’est la même zone du cerveau qui réagit que quand on reçoit un coup de pied. Et on ne peut pas attendre d’un élève qui reçoit un coup, qu’il réagisse bien. » C’est par ces mots un brin provocateurs que Solenne Roland-Riché, formatrice en discipline positive et qui, marquée par les écrits d’Alfred Adler, psychiatre autrichien de la fin du XIXe siècle, travaille sur les pédagogies innovantes, a débuté le 16 mai dernier à l’ICP à Paris sa conférence sur le thème : « L’éducation positive ou la puissance de l’encouragement ». Une centaine de personnes, essentiellement des enseignants, étaient présents.
Selon elle, il ne va pas de soi pour un jeune de savoir se comporter en classe ni bien réagir… À l’instar des anglo-saxons, les compétences psycho-émotionnelles devraient être enseignées en France au même titre que les connaissances académiques. Et leur apprentissage dépendra en partie d’un levier dont peuvent user tous les enseignants : celui de l’encouragement. « Car l’encouragement va de pair avec le sentiment d’importance qu’on donne aux enfants », souligne la conférencière.
Dynamique, Solenne Roland-Riché a sollicité son public en leur demandant tout d’abord de lister les comportements d’élèves qui les agaçaient en classe. Bavardage, passivité, refus d’apprendre, défaut de matériel ont été cités. « Maintenant, dites moi les compétences que vous aimeriez qu’ils aient », a proposé la conférencière. « Curiosité, respect, autonomie, collaboration, sociabilité, sens de l’effort… », ont répondu les participants. « Tout ce que vous avez cité, ce ne sont pas des compétences scolaires mais des compétences sociales, sans doute pour deux raisons : c’est le plus important pour vous et si ces compétences sont acquises, cela se passera bien scolairement », analyse Solenne Roland-Riché.
Comment dès lors amener les élèves à les acquérir ? La conférencière a donné plusieurs clés.
D’abord en choisissant ses combats. On ne peut pas demander à un élève de faire des efforts en anglais, sur son comportement en récré, et dans sa façon d’écrire. Il faut impérativement miser sur le pas à pas pour que les élèves s’en sentent capables.
La façon de communiquer sera importante pour suggérer cet encouragement. Par un rapide jeu de rôle, la conférencière montre qu’un « Es-tu prêt à commencer le cours ? » est bien plus efficace qu’un « Concentre toi, sors tes affaires ». « En posant une question, vous impliquez l’élève et vous sollicitez une autre zone du cerveau que celle qui s’active quand on reçoit un ordre », explique-t-elle.

L'absence de retour: le plus dévastateur pour les élèves

Autre mise en situation : Solenne Roland-Riché demande à des volontaires de se glisser dans la peau d’élèves. Au premier, elle dit : « Calme toi ! ; Mais non tu l’adores, c’est ta meilleure copine » Réaction du participant : « Je ne me sens pas compris. » Autre élève, autre formulation : « Je vois que tu es déçu ; J’ai l’impression que tu es triste ». « On a reformulé mon émotion, estime le participant-élève, je me sens respecté, je ressens une invitation à m’exprimer. » « Valider l’émotion d’un élève peut parfois suffire à l’apaiser », insiste la conférencière.

Choisir ses moments est également essentiel. « Il faut parfois attendre de redescendre émotionnellement pour parler à l’élève », met en garde Solenne Roland-Riché.
Enfin, il est important de différencier les encouragements des compliments, aux effets plus pernicieux. Un « C’est super ! Je suis fière de toi », lancé par une enseignante à un élève, en plus de créer de la compétition dans le groupe classe, contribue en effet à développer un référentiel extérieur : l’élève va s’efforcer de faire plaisir à l’adulte. Alors qu’un encouragement, tel que « Je te fais confiance, je vois que tu t’es beaucoup investi dans ce devoir », peut être fait quelque soit le niveau de l’élève mais développe en outre un référentiel intérieur : le jeune va prendre confiance et développer un droit à l’erreur, à la créativité…L’absence total de retour étant le plus dévastateur, selon Solenne Roland-Riché.
« Mais face à des effectifs très lourds et un manque de temps, nous n’avons pas le temps de faire ça », lui fait remarquer un participant. Consciente des difficultés des enseignants, Solenne Roland-Riché insiste : « À aucun moment, ces outils ne sont une promesse d’obéissance. » Mais, selon elle, les utiliser ne sera jamais inutile car les élèves vont apprendre ces compétences par le biais du comportement de leur enseignant avec eux.

Par Noémie Fossey-Sergent

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