Apprendre à aimer

Avoir une vie affective épanouie, n’est-ce pas essentiel à tout âge ? Pour faire réfléchir les écoliers sur cet enjeu, le Sgec diffusera à la rentrée un outil qui s’inspire d’un support de la Fondation Apprentis d’Auteuil.

Par Virginie Leray

Les élèves de CE2 de l’Immaculée-Conception de Gaudechart (Oise) en pleine séance d’éducation affective relationnelle et sexuelle (EARS).
Les élèves de CE2 de l’Immaculée-Conception de Gaudechart (Oise) en pleine séance d’éducation affective relationnelle et sexuelle (EARS). © DR

Quand on se dispute, on doit divorcer ? », « Il faut faire des cochonneries pour avoir des bébés ? », « Mais, l’allaitement, c’est réservé aux bébés filles, non ? ». En pleine séance d’éducation affective relationnelle et sexuelle (EARS), les questions des élèves de CE2 fusent dans le réfectoire de l’école de l’Immaculée-Conception de Gaudechart (Oise). « L’amour qui fait naître les enfants, c’est ce qui peut mener au bonheur ! », reprend Marie-Dominique Wyttynck, du pôle développement humain et spirituel de la Fondation Apprentis d’Auteuil. Celle-ci œuvre à « contrebalancer les informations inadaptées que les enfants reçoivent de plus en plus tôt, par une découverte de l’amour sur le mode de l’émerveillement et de l’espérance ». À cette fin, elle utilise un outil ludique, conçu par la Fondation Apprentis d’Auteuil voilà dix ans et réédité avec le Sgec, en 2015, dans une version actualisée. Il vise à initier et à accompagner le questionnement existentiel dès le cours préparatoire. Marie-Odile Helsens, sa collègue, co-anime les sessions de trois séances proposées à chaque niveau de classe depuis quatre ans dans cette école. Support de ces échanges, les quarante-six cartes illustrées du jeu Au fil de la vie retracent l’histoire d’un couple, depuis la rencontre de leurs parents respectifs, jusqu’à leur propre mort. Les commenter, en groupe, aide les enfants à intégrer trois fondements de la condition humaine : le fait d’être né, d’être sexué et d’être mortel.

Une séance à relire en famille

« Travailler l’estime de soi et le respect, s’habituer à utiliser des mots justes sans vulgarité, savoir distinguer les différents types de relation… Il est utile d’acquérir des bases avant la puberté où l’acceptation de soi et le dialogue sont plus compliqués, estime Marie-Dominique Wyttynck. Il y a aussi une visée de prévention des comportements sexistes et de dépistage d’éventuelles maltraitances ». Malgré ses réserves initiales, la directrice, Nathalie Heu, souhaite aujourd’hui prolonger cette action : « Je trouvais illégitime de déposséder les parents d’échanges privilégiés avec leurs enfants mais je constate que ce parcours ré- pond à un vrai besoin. En plus des questions écrites que peuvent poser les élèves, nous pourrions créer un point d’écoute individuel, organiser des rencontres de parents avec l’Apel autour de ce thème et associer les enseignants plus étroitement. » Catherine Quille, enseignante de cycle 3, qui a assisté à plusieurs séances, se déclare « plus attentive depuis aux questions des enfants. J’affiche aussi les cartes du jeu dans ma classe et je n’aborde le chapitre sur la reproduction qu’après la sensibilisation. » Quant aux parents, bien sûr informés en amont, ils sont invités à relire la séance à l’aide d’un résumé visuel remis aux enfants et à échanger avec eux sur l’histoire familiale. Aucune dispense n’a jamais été sollicitée. Preuve, peut-être, que l’ensemble des éducateurs prend conscience que guider les jeunes dans le domaine de l’affectivité relève aussi de leur mission partagée.

earsAu fil de la vie:
un parcours d'éducation affective relationnelle et sexuelle dédié au premier degré

Conçu spécialement pour les élèves du primaire, le parcours Au fil de la vie se présente sous la forme d'une mallette incluant un jeu de cartes qui permet de reconstituer l'histoire d'une famille sur trois générations et donc de lancer la discussion avec les élèves sur le cycle de la vie, la naissance, la mort et la transmission. Cette approche ludique est assortie d'un livret pédagogique agrémenté de références bibliques et artistiques et de conseils de lecture pour les jeunes. De quoi déployer un parcours d’éducation à la vie affective relationnelle et sexuelle (EARS) en 1er degré. En collaboration avec la Fondation Apprentis d’Auteuil, qui a conçu l’outil initial, Marie-Odile Plançon, chargée de l’EARS pour le Sgec, l’a réécrit afin d’en faciliter l’appropriation par les enseignants. L’objectif : enrichir certaines séquences du programme, comme celles dédiées au règne du vivant ou à la reproduction, et honorer les trois heures annuelles prévues pour l’éducation à la sexualité (circ. du 17/02/2003).

eca367Issu du magazine Enseignement catholique actualités n° 367, juin - juillet 2015

À retrouver dans l'ECA n° 367

Partagez cet article

X