Publié le : 1 avril 2025
« Le travail collaboratif, une clé de l’accessibilité »
Convaincue que l’Ecole inclusive passe par la coopération du monde de l’éducation avec celui du soin, cette responsable formation Cappei pour les Isfec Grand Est et Bourgogne – Franche-Comté suit une équipe mobile d’appui à la scolarisation pour ses travaux de thèse.

Pourquoi s’intéresser à la collaboration entre professionnels de l'Éducation nationale et du secteur médico-social ?
Julie Chesnay : Enseignante spécialisée et formatrice, je me suis d’abord intéressée au co-enseignement entre enseignants au bénéfice des besoins éducatifs particuliers. Puis face à l’évolution des recommandations institutionnelles et nourrie des travaux de chercheurs1, j’ai perçu l’arrivée du médico-social dans les établissements scolaires comme une clé pour penser la mise en œuvre d’environnements capacitants. Mais dans les faits, la collaboration entre ces deux secteurs reste peu mise en œuvre. En témoignent mes difficultés à trouver un terrain d’investigation, jusqu’à ce que je rejoigne l’équipe mobile d'appui à la scolarisation de Meurthe-et-Moselle. Je l’accompagne depuis deux ans dans sa mission : conseiller les acteurs de l’Éducation nationale face aux problématiques des élèves en situation de handicap. L’objectif est d’observer comment s’opère le travail collaboratif entre l’Éducation nationale et le médico-social, au service de l’accessibilité universelle.
Vous pointez les paradoxes entre le discours institutionnel et les pratiques...
Julie Chesnay : En effet, si les lois successives ancrent la collaboration intra et interprofessionnelle comme condition de l’éducation inclusive, les temps de concertation accordés sont insuffisants. Or, les acteurs du médico-social et de l’Éducation nationale, issus de cultures professionnelles différentes, ont besoin d’apprendre à se connaître et à travailler ensemble. À titre d’exemple, beaucoup d’enseignants ignorent l’existence de ces équipes mobiles.
Quels sont les obstacles à l’accessibilité universelle ?
Julie Chesnay : Le nombre d’élèves en situation de handicap a triplé dans les classes en vingt ans ! Face à cette arrivée massive, les équipes enseignantes sont démunies. Elles réclament des formations, mais celles-ci restent majoritairement basées sur une logique biomédicale : elles envisagent les aménagements pédagogiques à partir du trouble de l’élève, alors qu’elles devraient partir des besoins « situés » dans un contexte d’apprentissage. On ne devrait plus penser « besoins éducatifs particuliers » quand on pense à l’accessibilité universelle, mais « mise en place d’environnements capacitants au bénéfice de tous ». L’idée qu’un diagnostic n’est pas nécessaire à l’aménagement des environnements a du mal à s’imposer. Si l’accessibilité universelle et les mesures compensatoires sont complémentaires, il faut les remettre en équilibre.
Quid des recherches-action engagées sur l'accessibilité des environnements …
Julie Chesnay : Il existe de nombreux travaux théoriques sur l'accessibilité universelle, mais peu sur les aménagements concrets réalisés par les enseignants. J’ai donc proposé à deux groupes d’enseignants spécialisés, l’un à Nancy, l’autre en Champagne-Ardenne, une recherche-action sur ce sujet. Leur protocole prévoit qu’ils filment pendant trois ans l’évolution des pratiques des enseignants de classe ordinaire qu’ils vont accompagner vers la mise en œuvre de la conception universelle des apprentissages (CUA). Aujourd’hui, en formation, on manque d’exemples, de ressources issues de la recherche. Cette démarche vise à créer une banque de données montrant comment et avec quelle efficacité la CUA s’incarne dans les classes.

Julie Chesnay
Responsable formation Cappei pour les Isfec Grand Est et Bourgogne – Franche-Comté