Publié le : 12 janvier 2026

Tribune – L’éducation chrétienne, c’est l’art de ne pas séparer

Ecole catholique

Tribune. Ressasser les débats sur le « caractère propre » de l’enseignement catholique n’éclaire plus les enjeux actuels.
Pour Guillaume Prévost, secrétaire général de l’Enseignement catholique, l’école chrétienne participe pleinement au service public lorsqu’elle assume, sans cloisonner, l’unité éducative, culturelle et spirituelle de son projet, au bénéfice de tous.

Est-il bien utile de ressasser des débats byzantins sur le « caractère propre » de l’enseignement catholique ? C’est à dessein que la formule est elliptique, la sagesse du législateur l’ayant conduit à ne pas excéder sa compétence. La question posée est la suivante : comment des établissements privés, catholiques en l’occurrence, peuvent-ils participer au service public de l’éducation ? Faut-il que l’enseignement catholique s’astreigne à une stricte neutralité pour être ­associé au bien commun ?

La facilité peut conduire à une simple juxtaposition entre enseignement laïc et projet chrétien, entre instruction obligatoire et liberté éducative. En pratique, cet accommodement conduit inévitablement à séparer temps scolaires, dédiés aux programmes, et temps « non scolaires » (à l’école !), où se cantonne le projet éducatif chrétien. Fondée sur la vieille distinction entre instruction et éducation, cette partition montre cependant ses limites dès lors que les programmes s’étendent à la construction de la personne : enseignement moral et civique, éducation à la santé, etc. La juxtaposition des deux ordres engendre des confusions et s’opposent à la compréhension mutuelle et au dialogue sans lesquels ne peut prospérer l’association, comme le montrent amplement les querelles dogmatiques sur l’éducation affective et sexuelle.

À la casuistique stérile, il faut donc préférer la féconde réalité. Cette opposition n’a pas lieu d’être. Quand l’Église éduque, elle rejoint tout homme et tout l’homme, dans un service par nature universel parce qu’intimement lié à la dignité de la personne humaine. L’école catholique n’est pas réservée à quelques-uns, cathos, bourgeois, bretons, que sais-je encore ? Prenons garde, au prétexte de ne pas être prosélyte, de contribuer à morceler l’humanité en autant de fragments auxquels nous devrions nous adresser de manière distincte. La Bonne Nouvelle est pour tous. L’enracinement chrétien de l’école catholique est « en vue de tous ». C’est le sens de la déclaration des évêques réunis à Lourdes en novembre dernier.

Il faut beaucoup de délicatesse pour accueillir chacun comme il est, mais l’éducation chrétienne ne se vit que dans l’unité. Unité de la personne. Unité de la foi et de la raison. Unité de la vie et de la culture. Ainsi, le pape Léon XIV commente l’atmosphère évangélique évoquée par Vatican II : «L’école catholique est un environnement où la foi, la culture et la vie s’entremêlent (…), un environnement vivant où la vision chrétienne imprègne chaque discipline et chaque interaction.» Pour l’Église, poursuit le pape, l’éducation, c’est «la manière concrète dont l’Évangile devient geste éducatif, relation, culture». Rien n’y force la liberté de ­conscience. Rien n’oblige à croire. Mais l’Église témoigne de ce qui la fait vivre.

Est-ce incompatible avec le service public ? Au contraire. Au travers du contrat d’association, la puissance publique se porte garante des libertés publiques, au premier rang desquelles la liberté de conscience des familles. La liberté de l’enseignement garantit et favorise le pluralisme des projets éducatifs. C’est précisément la singularité du projet éducatif chrétien qui justifie l’association. Une école privée sous contrat qui répliquerait l’enseignement ­public n’honorerait ni sa mission de service public, ni l’association à l’État. Au pire, elle risquerait même de constituer une ­concurrence déloyale, ­incompatible avec sa contribution au bien commun.

Plus avant, la crise éducative nous commande de dépasser les vieux clivages. L’échec scolaire persistant met en évidence les impasses d’un académisme affranchi des besoins éducatifs des enfants. C’est dans les difficultés des jeunes que se révèlent le plus nettement les conséquences de nos incohérences.

« Former intégralement signifie précisément éviter les cloisonnements»,insiste le pape. Comment pourrait-on, dans une école chrétienne, enseigner la physique, la biologie, les mathématiques sans inviter à la contemplation de la Création : « Le monde entier est une ombre, un chemin, une empreinte. C’est l’Écriture de l’extérieur» (saint Bonaventure). Les jeunes ont besoin de cette contemplation, qui est aussi un chemin de sérénité et d’intériorité.

Mon prédécesseur Paul Malartre ne disait pas autre chose : « Le caractère propre, c’est peut-être tout simplement l’art de ne pas séparer l’acte d’enseigner, l’acte d’éduquer et la proposition d’un certain sens de la vie.» Ne laissons pas l’engagement chrétien aux marges du débat éducatif. Il doit y prendre toute sa part, au bénéfice de tous.

>