Publié le : 26 janvier 2026

Restaurer la confiance  

Le lancement officiel d’une mission dédiée à la qualité de la relation éducative entend contribuer à ce que l’Enseignement catholique assume la pleine responsabilité des crimes du passé et garantisse désormais des maisons sures à tous ses élèves. 

« Notre pensée est pour celles et ceux dont la souffrance dure, et continue de durer. Les personnes victimes ont été blessées, trompées et abusées dans la confiance même qu’elles accordaient à des adultes et à des institutions qui avaient le devoir de les protéger. Cette trahison est un crime. L’enseignement catholique entend assumer toute sa responsabilité : pour le passé, pour le présent et pour l’avenir. » Le ton est donné. Le secrétaire général de l’Enseignement catholique, Guillaume Prévost, rappelle l’enjeu, pour l’Enseignement catholique de réparer les crimes passés, d’éclairer le pourquoi, et de garantir aujourd’hui aux enfants, aux familles et aux enseignants un projet éducatif, fondé sur une confiance restaurée.

Ce défi sera relevé notamment par une mission dédiée à la qualité de la relation éducative, officiellement présentée aux journalistes le 26 janvier dernier et visant à insuffler une véritable culture d’amélioration continue dans tous les établissements de l’Enseignement catholique. 

 

À lire aussi ici:

Point de situation collégial sur la fermeture du site de Bétharram

Cp-NT-mission-3colleges

Les représentants des trois collèges de la mission, de gauche à droite:

Augustin Mutuale, Doyen de la faculté d'Éducation de l'Institut catholique de Paris, caution scientifique.

Jérôme Guillement, thérapeute expert en psycho-trauma et ancien enfant victime, représentant des victimes

Nathalie Tretiakow, à la tête de la mission coordonne le comité de pilotage constitué de responsables de l'Enseignement catholique.

Screenshot

Nathalie Tretiakow, adjoint du secrétaire général de l'Enseignement catholique, présente la mission Qualité de la relation éducative, sous l'oreille attentive des journaliste et de Guillaume Prévost.

 

 

Une mission, trois collèges et groupes de travaux 

Portée au sein de l’Enseignement catholique par Nathalie Tretiakow - ancienne institutrice, formatrice et directrice d’Isfec et de l’école des cadres missionnés, adjointe au secrétaire général de l’Enseignement catholique depuis cinq ans, la mission repose sur trois instances complémentaires : un comité de pilotage, un groupe témoin ainsi qu’un collège scientifique. 

Le comité de pilotage, composé de responsables de l’enseignement catholique, est chargé d’organiser les travaux, de les coordonner avec les autres instances et de rendre compte régulièrement de leur avancement. 

Le groupe témoin, mené par Jérôme Guillement, thérapeute et auteur expert en psycho-trauma, se compose de sept personnes victimes ou victimes collatérales, sollicitées pour appuyer les travaux à partir de leur expérience. Ce groupe, indépendant, libre, peut saisir le comité de pilotage en cas de désaccord. « La contradiction et l’alerte font partie intégrante du cadre de la mission » souligne Jérôme Guillement, lui-même victime d’abus dans le cade ecclésial et de l’Enseignement catholique.  

Enfin le collège scientifique, présidé par Augustin Mutuale, doyen de la Faculté d’éducation de l’Institut catholique de Paris, cautionnera l’exigence éthique et la rigueur scientifique et juridique des travaux, par le croisement des sciences, « car une autorité qui ne se pense pas finit toujours par se trahir » rappelle le coordinateur.   

La mission rendra compte régulièrement au Secrétariat général et se dotera d’un plan de communication destiné à mobiliser les réseaux et à rendre compte de l’avancée des travaux. Elle s’articulera autour de trois axes : comprendre le passé, outiller le présent, être plus exigeant avec l’avenir. 

Comprendre le passé 

« Nous devons prendre la mesure des défaillances, des dysfonctionnements et des manquements institutionnels » a insisté Nathalie Tretiakow. Pour cela, le travail de la mission s’appuiera sur les rapports existants (CIASE, CIVISE, protection de l’enfance), mais aussi sur des rencontres avec les responsables d’établissements, les responsables diocésains et les communautés éducatives. « Une mission fondée sur la responsabilité éducative doit privilégier la rencontre et partir de la parole et de l’expérience des personnes victimes. C’est en ce sens que le groupe témoin a été créé. Des dispositifs d’accueil et d’écoute seront créés là où ils n’existent pas. Des modalités de reconnaissance et de réparation seront travaillées, en lien avec des organisations spécialisées, afin d’accompagner les personnes victimes sur leur chemin de réparation. » 

Outiller le présent 

Nathalie Tretiakow l’a rappelé : « De nombreuses mesures sont déjà en œuvre et seront renforcées : procédures de signalement et de traitement des faits, notamment via Faits établissement, contrôle systématique du bulletin n°2 pour l’ensemble des personnels, protocoles signés avec les parquets, poursuite et renforcement des actions de formation pour l’ensemble de la communauté éducative. » 

Le pilotage de la qualité de la relation éducative reposera sur des données utiles, fiables et compréhensibles. Une expérimentation menée dans quatre internats (rural et urbain, école, collège, lycée, enseignement supérieur, réseaux diocésains et congréganistes) vient de s’achever et sera généralisée à l’ensemble des internats. « Il s’agit de passer d’une culture de réaction à une véritable culture de qualité, fondée sur la relecture des établissements comme lieux de vie, sur la qualité des relations éducatives et sur la cohérence des projets pédagogiques et éducatifs. » Une démarche d’amélioration continue de la qualité, pouvant à terme aboutir à une certification. Même si l’organisation liée à la certification est relativement lourde, l’objectif est de doter ces établissements d’un véritable système qualité.

Être exigeant pour l’avenir 

L’ensemble de ce travail doit permettre de repenser la gouvernance de l’enseignement catholique. Cela implique de clarifier l’exercice de l’autorité éducative, de rendre explicites les organisations et d’identifier clairement les responsabilités de chacun : « La notion de tutelle, aujourd’hui complexe et souvent incomprise, doit être repensée » illustre Nathalie Tretiakow. L’autorité éducative n’est légitime que si elle est au service de la relation et de la croissance de l’enfant. La fin de l’année 2026 et début 2027 verra le déploiement d’outils et d’expérimentation avec une première vision d‘un référentiel global. En 2027 et 2028, la méthode devrait être généralisée, en vue d’une évaluation et d’un bilan.

Pour engager tous ses éducateurs dans un processus de vigilance et de protection sur les violences faites aux enfants, l’Enseignement catholique a élaboré un parcours de formation qui démarre le 5 février prochain. S'inscrire. 

 

Guillaume Prévost a profité de la conférence de presse sur le lancement de la mission Qualité de la relation éducative du 26 janvier, pour clarifier la situation sur le site de Bétharram, au lendemain d’une polémique sur son éventuelle fermeture. Lire l'article.

56636
>