Le journalisme en spectacle

À l’occasion de la semaine de la presse, du 23 au 28 mars derniers, retour sur les impressions des élèves de 2de de Paul-Claudel-d’Hulst (Paris VIIe arr.), qui ont assisté le 15 octobre dernier au grand Rex, à Paris, à la soirée du « Live magazine » récompensant des journalistes de tous pays.

François Husson

© Paul-Claudel-d’Hulst
© Paul-Claudel-d’Hulst

Live magazine, « journal vivant » qui entend réinventer le rapport à l’information, prend depuis 2016 sa part dans l’éducation aux médias de la jeunesse. Il organise notamment deux fois par an, au cinéma Le Rex, une soirée originale et festive, bâtie autour de journalistes racontant leurs « histoires », soumises au vote du public. Frédéric Chifflet, enseignant de français au lycée Paul-Claudel-d’Hulst (Paris VIIe arr.)) inscrit ses élèves depuis quatre ans à la session automnale de l’événement : « Il s’agit de rencontrer des journalistes du monde entier et de voter pour la meilleure prestation. Une sélection qui devra être argumentée et envoyé à Live Magazine. »

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Émus et impressionnés

Ce moment, riche d’enseignements et d’émotions, se prolonge généralement par la venue en classe du journaliste qui a le plus impressionné les élèves pour un débat en format plus réduit. Le 15 octobre dernier, dans la fabuleuse salle Art décos du Rex, les élèves ont été touchés par ces rencontres : émus d’apprendre qu’un détenu d’Auschwitz écrivait des livres de recettes, choqués par les images d’une explosion filmée – et jamais diffusée – à Gaza, scandalisés par l’avenir des îles d’Océanie menacées par la montée des eaux. Des contenus durs… qui les ont pourtant passionnés : « À notre âge, on s’ennuie rapidement, reconnaît Athina, qui a apprécié la diversité des présentations et des thèmes. Là, on est resté très concentrés. »

La façon dont le journaliste et humoriste David Castello-Lopes a raconté la mort de ses parents, de manière comique, les a particulièrement surpris. « Ça peut paraître intime ou anecdotique, mais ça montre l’importance de savoir tenir en haleine son public », se souviennent-ils. Pour Augustin, « ça nous fait du bien d’avoir un point de vue sur chacun des sujets, surtout de la part de ceux qui sont allés sur le terrain ». Louise, quant à elle, analyse que « le journalisme est compliqué, lorsqu’il faut affirmer la vérité, même dans des situations dramatiques ».

« Les élèves jouent le jeu »

Leur enthousiasme réjouit leur enseignant : « Les élèves jouent le jeu. Ils sont tous venus le soir, ce n’est pas rien. Ils ont fait même fait un journal, dans lequel ils ont découpés les présentations des intervenants et y ont écrit leurs commentaires. » Une belle performance, à l’heure où l’on critique une jeunesse qui ne s’informe que sur les réseaux sociaux et cède facilement aux fake news. Surtout quand l’expérience nourrit aussi une toute nouvelle aventure éditoriale grandeur réelle, une quinzaine de lycéens venant de publier le premier numéro de leur journal ! Alors, rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle immersion dans les coulisses de l’actu !

Live Magazine de printemps

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Prochaine édition les 11 et 12 mai 2026 à 20 h au Grand Rex à Paris.

À noter que l’académie de Live Magazine est éligible au pass Culture pour les élèves du secondaire et propose également des événements à destination des plus jeunes ainsi qu’un kit dématérialisé permettant aux établissements scolaires qui ne peuvent se déplacer au théâtre de vivre l’expérience à distance.

www.livemagazine.com

3 millions

C’est le nombre d’élèves qui participent à la Semaine de la presse à l’école, avec 290 000 enseignants et plus de 840 partenaires médias, associatifs et institutionnels mobilisés,. L’événement est organisé par le Clémi, centre de ressources d’éducation aux médias et à l’information, dont le site propose de nombreuses ressources pédagogiques.

www.clemi.fr

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PCH a son journal lycéen

PCH, pour Paul-Claudel-d’Hulst, c’est le titre du journal lycéen de l’établissement éponyme situé dans le VIIe arrondissement de Paris. Un magazine de 32 pages, dont le numéro 1, daté de janvier 2026, a été tiré à 300 exemplaires. Un média garanti sans recours à l’IA, les illustrations étant confiées aux « spé Arts », et sans version numérique, « parce qu’on est déjà trop sur nos écrans » et « pour tenir directement notre travail dans nos mains, car c’est plus concret ».

Pour le réaliser, un comité de rédaction d’une quinzaine de lycéens volontaires de 2de, 1re et Tle s’est constitué, à l’initiative de Cyprien, en Tle et a conduit de bout en bout la fabrication du magazine, du choix des contenus aux calibrages des articles en passant par la relecture et la maquette. La jeune rédaction s’est organisée au sein d’une communauté sur Instagram et via un espace collaboratif sur ÉcoleDirecte et a financé l’impression à force de ventes de gâteaux.

Les thèmes : vie scolaire et du lycée, bien sûr, mais aussi manga, géopolitique, sudoku, coup de cœur culturels, ou encore une rubrique « Passion » sur les chevaux, « l’idée est de partager ce qui nous anime », affirme Ninne. « Avant publication, on se réunit pour décider ce qu’il y aura au final, mais les articles non retenus le seront pour le prochain », pointe Lola.

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« On utilise nos mots »

L’esprit de PCH, c’est d’être le miroir de ceux qui l’écrivent pour ceux qui le lisent. Chacun choisit son sujet, parfois deux ou trois élèves écrivent ensemble, d’autres font des photos… « On utilise nos mots pour avoir un média plus adapté aux lycéens », souligne Valentin.

« On essaie d’être neutre sur les évènements, fait remarquer Lola. On juge ensemble de ce qui peut passer ou pas. Par exemple, on a fait une interview de Rachida Dati en pleine campagne électorale, et l’une des questions a été retirée au nom du respect de la pluralité. » Et lorsqu’il y a débat, c’est le rédacteur en chef Cyprien qui arbitre, les adultes de l’établissement prêtant volontiers leur concours en cas de demande des jeunes qu’ils laissent sinon travailler en autonomie. Pour preuve, l’adjointe du chef d’établissement n’a relu le magazine… qu’après parution, dans la confiance et sans ingérence ni censure. Fiers de leur coup d’essai, les lycéens cherchent à pérenniser leur élan journalistique encouragés par leur enseignant de lettres, Frédéric Chifflet, qui trouve « vraiment formidable de voir des élèves volontaires qui s’impliquent du début à la fin… ».

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