Publié le : 19 janvier 2026
Quelle place pour l’enfant dans notre société ?Analyse de la Fondation pour l’enfance
À travers son dernier état des lieux des droits de l’enfant en France, la Fondation pour l’enfance dresse un constat sans détour : violences éducatives persistantes, parole de l’enfant encore marginalisée, participation largement symbolique. Un rapport qui résonne pour l’Enseignement catholique, où se jouent, au quotidien, les équilibres entre autorité, reconnaissance et écoute de la parole de l'enfant et de l'adolescent.
« La place accordée à l’enfant dit quelque chose de notre capacité collective à nous projeter dans l’avenir. Une société qui invisibilise ses enfants est une société qui doute d’elle-même, qui écrase plus qu’elle ne fait confiance ». Le ton est franc. La Haute-commissaire à l’enfance, Sarah El Haïry, ouvre la conférence organisée le mercredi 14 janvier, par la Fondation pour l’enfance à l’occasion de la publication de son analyse et état des lieux des droits des enfants en France. Le constat est sévère. Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles. Neuf parents sur dix reconnaissent avoir recours à des violences éducatives ordinaires, malgré leur interdiction par la loi de 2019.
Un rapport, des angles morts persistants
Le rapport met en lumière plusieurs angles morts contemporains qui freinent la reconnaissance pleine et entière de l’enfant comme sujet de droit. Le premier concerne la prédominance de la famille sur l’enfant-individu. Si les parents sont légitimement reconnus comme premiers éducateurs, cette primauté peut aussi invisibiliser l’enfant : sa parole reste peu entendue, son vécu parfois relégué derrière les cadres familiaux. Par ailleurs, un tiers des parents estiment que l’éducation doit revenir pleinement aux parents…alors même que la parentalité est sous tension. C’est ici le deuxième angle mort pointé du doigt par le rapport : 57 % des parents se disent déstabilisés par des messages éducatifs contradictoires. La parentalité est racontée de façon négative, traversée de pessimisme. Une tension qui bien souvent rejaillit sur l’école, et peut nuire à la relation entre parents et enseignants.
« L’enfant a besoin d’adultes responsables et non d’adultes dominants »
Le troisième angle mort touche le cœur de la pédagogie : l’asymétrie adulte-enfant. Pour David Dutarte, éducateur spécialisé, le risque est de confondre autorité et domination : « L’enfant est un être socialement compétent, fondamentalement altruiste, doté d’empathie dès la naissance. Il a besoin d’adultes responsables et non d’adultes dominants. » Inspiré par les travaux du thérapeute danois Jesper Juul, il défend le concept d’équidignité : reconnaître l’asymétrie réelle de la relation éducative sans nier la dignité pleine et entière de l’enfant. Une réflexion qui questionne directement les pratiques éducatives, dans un système où l’obéissance reste parfois implicitement valorisée au détriment de la responsabilité.
Autre angle mort majeur : la disparition des enfants de l’espace public. Alors qu’en 1980, un enfant sur deux faisait seul le trajet école-domicile dès l’âge de huit ans, ils sont aujourd’hui moins d’un sur dix. Le repli vers les activités d’intérieur s’accompagne de nouveaux dangers : cyberharcèlement, sextorsion, exposition à des contenus violents ou pornographiques. La Fondation pour la France le rappelle : l’invisibilisation des enfants nuit durablement notre capacité à vivre-ensemble. Enfin, dernier angle mort : la participation des enfants aux politiques publiques et aux décisions qui les concernent demeure théorique. Certaines institutions commencent pourtant à interroger leurs propres pratiques. Béatrice Lefrançois, Secrétaire générale d'UNICEF France, témoigne de l'engagement de l'organisation, qui se transforme en interne, pour ouvrir sa gouvernance aux jeunes dès 16 ans, en favorisant leur participation réelle aux décisions.
Exercer le pouvoir de façon éthique, sans violence
Pour Marion Cuerq, spécialiste des droits de l’enfant, « la relation adulte-enfant est structurellement asymétrique. L’adulte détient un pouvoir réel : social, juridique, physique, que l’on ne peut ni nier ni effacer. Le véritable enjeu n’est pas de supprimer ce pouvoir au nom d’une horizontalité illusoire, mais de l’exercer de manière éthique, sans domination ni violence. » Nier cette asymétrie, rappelle-t-elle, expose l’enfant à des responsabilités ou à des formes de consentement qu’il ne peut assumer. L’enjeu est donc clair : repenser la place de l’enfant, et donc de l’élève non comme un adulte en devenir, mais comme un sujet déjà citoyen.
Le rapport de la Fondation pour l’enfance marque la première étape d’une réflexion de long terme. Avec cet Acte 1, la Fondation pose un diagnostic exigeant et sans concession ; elle appelle désormais à un Acte 2 : changer de paradigme, refonder un pacte éducatif et social, mobiliser l’intelligence collective et faire enfin une place réelle à la parole et à la participation des enfants. Un appel aux contributions a d'ailleurs été lancé, pour participer, il est possible d'envoyer un mail à l'adresse suivante : participation@fondation-enfance.org.