Publié le : 30 janvier 2026

Un jeu pour repenser sa pédagogie

Coordinateur École inclusive pour le diocèse du Puy-de-Dôme, Thierry Exbrayat a créé une méthode de concertation entre enseignants qui s’appuie sur un livre et un jeu de plateau pour aider les élèves en difficulté.

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Vous avez écrit le livre « Comprendre les besoins des élèves1 » puis créé un « jeu » de plateau «Concert’Actions2». Comment se complètent-ils ?

Thierry Exbrayat : Dans mon livre, il y a des analyses et des pistes d’action permettant d’adapter sa pédagogie aux élèves en difficulté. Mes collègues m’ont fait comprendre qu’elles seraient difficiles à mettre en œuvre. C’est pourquoi j’ai imaginé une version opérationnelle, le jeu Concert’Actions, que les enseignants peuvent s’approprier facilement.

Au cœur de cette démarche, il y a l’observation de l’élève en difficulté…

Thierry Exbrayat : Observer est un aspect fondamental du travail d’enseignant. Mais beaucoup de biais nuisent au regard que l’on porte : le jugement, l’interprétation, la généralisation, la projection, la simplification… L’observateur doit être capable de regarder une situation en se dégageant de son propre ego. Ainsi, il s’en tiendra à ce que l’élève donne à voir. Lors des parties de Concert’Actions, il faut s’efforcer de revenir aux faits pour les analyser correctement.

En quoi consiste votre méthode ?

Thierry Exbrayat : Elle s’inspire de la pyramide de Maslow, un psychologue américain qui a travaillé sur la hiérarchie des besoins et la motivation. L’objectif est de bien cerner les besoins des jeunes afin de proposer des actions qui leur permettront de mieux apprendre. Il s’agit d’une approche systémique de l’individu. Dans l’analyse faite collectivement, on prend en compte son rapport à son environnement, aux autres, etc. Concrètement, le travail des membres de l’équipe pédagogique – enseignants, personnels d’éducation, une dizaine environ à chaque fois –, qui ne connaissent pas tous l’élève, s’organise autour d’un plateau composé de dix-neuf items répartis en quatre zones : cognitive, affective, sociale et instrumentale (maîtrise de la lecture, de l’écriture, etc.). Les participants examinent chaque item, et si l’enfant – selon la description factuelle qu’en aura fait l’enseignant – semble concerné par l’un d’eux, ils posent dessus une étiquette de couleur. Au final, ils obtiennent une représentation des besoins prioritaires du jeune. Ensuite, un jeu de cartes propose des pistes d’action qui permettent de lancer la discussion en l’orientant vers des solutions concrètes.

Jeu Thierry Exbrayat © DR

Combien de temps dure une réunion ?

Thierry Exbrayat : Elle remet l’enseignant au centre. Bien souvent, en sortant de réunion, le prof dont l’élève a été au cœur de la concertation explique qu’il ne le voit plus comme avant. Cela augure d’une transformation de leur relation et d’une nouvelle approche pédagogique. In fine, la tentation d’externaliser certaines tâches auprès d’autres institutions, comme la Maison départementale des personnes handicapées, diminue. Malgré la difficulté de certaines situations, les enseignants reprennent la main.

Quel est le grand atout de cette méthode ?

Thierry Exbrayat : Le manque de moyens est réel. Mais ça ne peut pas être le refuge du conservatisme. À ce titre, ne faudrait-il pas reconsidérer le rôle des AESH comme des assistantes d’accessibilité au service d'un collectif plutôt que comme une aide individuelle stigmatisante ? Par rapport au Canada, le manque de formation, de co-enseignement, de ressources locales, ou encore de flexibilité du bâti ne facilitera pas sa mise en œuvre en France. Mais l’idée que l'accessibilisation est plus riche que la compensation va infuser.

Thierry Exbrayat ©DR

Thierry Exbrayat
formateur à l’Isfec Afarec Île-de-France.

1 À commander sur : coolibri.com (Bibliothèque), 18 €.

2 Boîte de jeu Concert’Actions, 85 €, à commander sur : comprendreleseleves.fr

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