Publié le : 28 janvier 2026

Parcours scolaire ou parcours du combattant

Maître de conférences en sciences de l’éducation et de la formation à Cergy Paris Université, travaillant à l’Inspé d’Antony, Alexandre Ployé, est spécialiste de l’inclusion scolaire. Il estime que l’acceptation du changement de modèle scolaire que représente la CUA (Conception universelle des apprentissages) passera davantage par l’expérimentation que par une prescription descendante.

Propos recueillis par Amélie de Villaines, Coordinatrice Education Inclusive DDEC 32

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Priscille, votre fille ne peut pas de voir de l’œil droit ; elle est aujourd’hui en 6e. Comment s’est passé son parcours scolaire ?

Priscille : Les aménagements qui lui sont nécessaires n’ont pas été faciles à obtenir. Au primaire, certains des enseignants qui l’ont accueillie n’étaient pas forcément sensibilisés à une modification de leurs pratiques.

Par exemple, ils ne voyaient pas la nécessité de la mettre au premier rang quand nous leur demandions, rétorquant qu’il fallait alterner pour que les autres puissent aussi s’y placer.

Par la suite, lorsqu’Héloïse est entrée au collège, le chef d’établissement avait fait de l’accueil des élèves à besoins particuliers une priorité, dans une confiance solide en son équipe et surtout en la Providence pour surmonter tous les obstacles matériels et financiers. Cela a tout changé. Ainsi, l’établissement n’a pas hésité à installer sa classe au rez-de-chaussée afin de lui éviter la cohue des escaliers quand des dizaines d’élèves se croisent en courant, bousculant Héloïse qui descend lentement, les yeux rivés sur les marches.

Mais surtout, le soutien d’un établissement médico-social spécialisé dans la prise en charge des enfants mal-voyants, dont l’éducateur spécialisé intervient en classe, nous a apporté un soulagement indescriptible : nous ne sommes plus seuls à nous battre ! Ils se chargent des bilans et des démarches (pour les aménagements futurs en vue du brevet), nous informent de ce qui est possible et nécessaire comme une dispense de sports collectifs et une dispense d’évaluation dans ce domaine, nous n’en avions pas conscience. Il a demandé des cahiers et des copies d’évaluations avec les lignes noires et non pas bleues, que les enseignants n’écrivent ni en bleu ni en rouge au tableau, que l’éclairage au-dessus du tableau soit supprimé pour éviter les reflets. En fait, ces derniers aménagements ont été utiles aussi aux autres élèves.

Les demandes faites par les professionnels ont plus de poids que notre parole de parents…

En quoi cela diffère-t-il des pratiques actuelles ?

Priscille : Une des principales difficultés réside dans le difficile équilibre entre le « trop » et le « pas assez » : Héloïse y voit trop bien pour que certaines choses soient aménagées mais pas assez pour suivre comme les autres.

Une autre difficulté importante : la MDPH. Il existe de grandes disparités dans le traitement des dossiers et surtout dans la reconnaissance de handicap. Le trouble de la vision est mal reconnu : seul le test d’acuité visuelle est demandé dans le dossier, si vous ne demandez pas vous-même que celui du champ visuel soit pris en compte, il ne l’est pas. Un élève malentendant appareillé pourra apprendre comme les autres, Héloïse, même avec ses lunettes ne peut pas apprendre comme les autres.

De plus, une MDPH d’un département avait reconnu le handicap visuel mais quand nous avons déménagé et demandé le renouvellement, la MDPH l’a refusé, il a fallu faire un recours. Elle est déshumanisée, elle applique des grilles, pas toujours adaptées.

Pour finir, je dirai qu’il faut avoir la Foi ! C’est celle que nous partageons aujourd’hui avec le chef d’établissement, son équipe pédagogique et c’est ce qui nous porte.

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Priscille et Héloïse
mère d'une fille atteinte d’un trouble de la vision

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