Publié le : 28 novembre 2025

Pour des écoles plus sûres encore

Le petit déjeuner-débat organisé par l’Apel au Sénat le 28 novembre a confronté les témoignages de terrain à l’expertise de grands noms de la protection de l’enfance comme Claire Hédon, défenseure des Droits.

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Sandrine Bonneton, pédopsychiatre membre de la Civiise, Claire Hédon, Défenseure des droits, Angèle Lefranc, de la Fondation pour l'enfance, à la tribune.

En dialogue avec Guillaume Prévost, secrétaire général de l'Enseignement catholique, avec Hélène Laubignat, présidente de l'Apel et Nadège Havet, sénatrice du Finistère.

160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année, soit 400 par jour, soit 3 à 4 par classe… et, pire encore, 8% d’entre eux qui ne sont pas entendus lorsqu’ils parlent. Claire Hédon, Défenseure des droits invitée au petit-déjeuner débat organisé par l’Apel au Sénat le 28 novembre dernier sur la prévention des violences sur mineur a commencé par rappeler ce contexte glaçant. « Moins massif mais constant » elle a aussi fait état d’une cinquantaine de dossiers traités chaque année par son instance sur des violences en milieu scolaire mal gérées, « du fait du manque de réactivité d’établissements- autant privés que publics- ainsi que des Rectorats ».

A contrario, Pierre-Louis Deulofeu, chef d’établissement de Jean-Paul II à Compiègne, a pu témoigner d’une attention permanente à ces situations : « Depuis la rentrée, j’ai déjà recueilli plusieurs confidences de jeunes ayant conduit à des signalements et mis à pied un personnel à titre conservatoire… Nous sommes en lien avec le Parquet, le commissariat et les services de la Crip qui peuvent nous conseiller. En interne, nous avons formalisé les procédures d’alerte et tenons une réunion hebdomadaire pour croiser les regards sur les situations de violence remontées des classes. »

 

« La tiercéisation »

 

À la direction diocésaine de Paris, Agnès Revel, responsable qualité éducative, accompagne les chefs d’établissement dans ces démarches délicates, inquiète notamment d’observer qu’elles portent « de plus en plus souvent sur des violences sexuelles entre enfants, parfois très jeunes ».

Sandrine Bonneton, pédopsychiatre et membre de la Civiise, a souligné l’importance de cette possibilité de « tiercéisation », encourageant « la création d’espaces d’auto-régulation où traiter ces situations collégialement », d’autant que « la formation des professionnels de l’enfance à ces questions, notamment à l’accueil de la parole des victimes, reste insuffisante et très hétérogène », a-t-elle pointé.

 

Pour faire évoluer les choses et éviter les violences systémiques, Angèle Lefranc, de la Fondation pour l’Enfance a plaidé pour « un changement de paradigme et de regard sur l’enfant ». Si l’ajout dans le code de l’Education de l’interdiction des violences éducatives ordinaires, introduites dans la loi française en 2019, peut apporter une contribution symbolique, Claire Hédon a aussi conseillé d’autres leviers aux éducateurs : « La sensibilisation des enfants à leurs droits, tout comme les séances d’éducation à la vie affective relationnelle et sexuelle sont particulièrement efficaces en termes de prévention comme pour susciter des prises de conscience chez les jeunes et les amener à des révélations. »

Autant de « points d’appui précieux pour faire de tous les établissements de l’Enseignement catholique des maisons plus sûres encore », s’est réjouie Hélène Laubignat, la présidente de l’Apel, en conclusion de cette rencontre initiée par la sénatrice du Finistère Nadège Havet. Tandis que Guillaume Prévost, secrétaire général de l’Enseignement catholique invitait les équipes « à resserrer toujours les liens avec les parents de manière à mieux investir ces champs éducatifs » et la société « à prendre soin de ses enseignants » : « Cela participe aussi à améliorer la qualité des relations éducatives et donc à mieux protéger les enfants, en vertu du principe de symétrie des attentions. »

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