Un collège alsacien mobilisé contre l’omerta
À Saint-André de Colmar, l’équipe éducative, informée tardivement d’abus commis par des membres de son ancienne autorité de tutelle dans les années 70, entend néanmoins assumer pleinement ce douloureux héritage.
Des révélations, comme des déflagrations. En ce début d’année 2026, le collège épiscopal Saint-André de Colmar (Haut-Rhin) a appris avec stupeur que trois frères marianistes, membres de la Société de Marie, son ancienne tutelle, se sont rendus coupables d’agressions sexuelles et de viols dans les années 70, sur au moins trois victimes déclarées.
Second choc et non des moindres : Bien que la congrégation ait reconnu les faits commis par les religieux, tous trois décédés, devant la commission reconnaissant les réparations de l'Église, l’équipe de l’établissement n’avait pas été informée de la procédure.
Un silence qui continue d’interloquer Arnaud Pfertzel, chef d'établissement du collège épiscopal, « soucieux d’assumer cet héritage qui remonte certes à de très nombreuses années mais qui nous oblige. » Ce pourquoi, en apprenant les faits, il a, dans un mouvement inverse, choisit de communiquer au maximum, dans la droite ligne de l’action menée auprès des élèves depuis deux ans par une référente en éducation affective, relationnelle et sexuelle Myriam André qui répète « l'importance de la parole, du consentement, du respect de soi et de l'intimité», explique Myriam André, la référente.
Ainsi, il a commencé par avertir l’ensemble de sa communauté éducative des crimes anciens et lancé un appel à témoins aux anciens d’élèves de l’établissement, dans l’objectif d’apurer ce douloureux passé : « Si les faits sont prescrits, cette situation pose la question de la reconnaissance des victimes et de la responsabilité morale des institution » a rappelé Nathalie Tretiakow, venue à la rencontre des anciennes victimes -dont l’une d’elle a vécu cinquante ans d’amnésie traumatique- et de l’équipe actuelle de Saint-André, dont elle a salué la proactivité.
Quand le Diable a revêtu l’habit, récits de victimes de violences sexuelles dans l’Église catholique
par Claire Horeau et Michèle Fay,
éditions Karthala, 20 euros