Synode des jeunes : sur le chemin d’Emmaüs

Le synode sur les jeunes a pris fin le 28 octobre dernier à Rome. Mgr Laurent Percerou, évêque de Moulins et président du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes, nous en propose une relecture et invite chaque diocèse à s’approprier la démarche.

Propos recueillis par Sylvie Horguelin

 

Qu’avez-vous vécu lors du synode des évêques
sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel
qui s’est tenu au Vatican du 3 au 28 octobre derniers ?

Mgr Laurent Percerou : Cette XVe assemblée synodale ordinaire depuis Vatican II comportait une nouveauté de taille. La réforme introduite par le pape François en septembre dernier a permis que les pères synodaux ne soient pas uniquement des évêques mais aussi des supérieurs d’instituts religieux. Il y avait aussi trente-cinq jeunes de tous les continents. Ce Synode avait pour ambition de voir comment aider les jeunes, catholiques ou non, à discerner leur vocation, au sens large du terme, c’est-à-dire à répondre à l’appel à la vie que Dieu a déposé dans le cœur de chacun. Les jeunes ont donc pu s’exprimer en assemblée plénière mais également dans les groupes linguistiques, tel ce jeune Syrien qui a évoqué l’invasion de la plaine de Ninive par Daech. Cela a créé un climat participatif et souvent joyeux.

Quel souvenir marquant gardez-vous de ces échanges ?

Mgr Percerou : Il y a eu beaucoup de moments forts. Dans le groupe francophone où je me trouvais, Mgr Tadeusz Kusy, évêque du diocèse de Kaga-Bandoro, en Centrafrique, nous a parlé, par exemple, de son souci pastoral pour des jeunes qui, dans leur enfance, avaient été enfants-soldats, et qui avaient le désir de s’amender et de rejoindre leurs villages. Mais leurs communautés, leurs familles ont du mal à pardonner, à les accueillir... Ces témoignages nous ont permis de sortir des chemins tout tracés. Le synode a consisté d’abord à nous écouter les uns les autres, de façon à ce que le texte final reflète le plus possible notre diversité mais parvienne à exprimer des orientations communes.

Quelle a été l’idée-force de ce synode ?

Mgr Percerou : Pour le pape, le synode n’est pas seulement l’assemblée synodale réunie à Rome durant le mois d’octobre, mais tout le processus, soit deux ans de préparation avec des colloques, un questionnaire mis en ligne pour les jeunes, un questionnaire à renvoyer à Rome par les conférences épiscopales, etc. Ce processus a abouti à la rédaction d’un document de travail intermédiaire : l’Instrumentum laboris, qui a été travaillé par les pères de synode pour donner naissance au document final. Cette expérience doit nous inviter à faire du processus synodal un art de vivre : L’Eglise doit se mettre à l’écoute de ce monde et à l’écoute des baptisés, afin de discerner comment annoncer l’Évangile à « hauteur d’homme », dans « la langue des hommes et des femmes de ce temps ».

« Cette expérience doit nous inviter à faire du processus synodal un art de vivre : L’Eglise doit se mettre à l’écoute de ce monde et à l’écoute des baptisés, afin de discerner comment annoncer l’Évangile à « hauteur d’homme », dans « la langue des hommes et des femmes de ce temps ».

Le document intermédiaire n’est-il pas devenu obsolète avec la parution du texte final ?

Mgr Percerou : Non. L’Instrumentum laboris et le document final s’articulent entre eux. Il va nous falloir les travailler avec les jeunes mais aussi avec tous ceux qui interviennent auprès des 16-30 ans, par exemple avec les équipes de préparation au mariage, du service de la diaconie, de la formation permanente…

Les quatre pères synodaux français remettent au pape les cartes envoyées par les lycéens du Frat de Lourdes :
De g. à dr. : Mgr David Macaire, archevêque de Fort-de-France, Mgr Bertrand Lacombe, évêque auxiliaire de Bordeaux, Mgr Laurent Percerou, évêque de Moulins, Mgr Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire de Lyon.

Comment procéder concrètement ?

Mgr Percerou : A partir du document final, je suggère d’organiser dans les diocèses, les provinces, comme de petits synodes réunissant des jeunes mais aussi d’autres acteurs de la vie de l’Église afin de dégager des orientations pour les 16-30 ans qui permettent à cette génération d’être partie prenante de la vie des communautés chrétiennes (paroisses, mouvements, etc.) et d’être accompagnée dans ses choix de vie.

Qu’est-il prévu en France pour aider les diocèses ?

Mgr Percerou : Dès que le texte final sera traduit en français (à la mi-décembre sans doute), le Service national pour l’Évangélisation des Jeunes et pour les Vocations (SNEJV) publiera une version enrichie du document final avec quelques pistes pour approfondir le texte (questions, mots-clés, présentations d’expériences déjà vécues dans l’Église de France…).
Nous ne savons pas encore si le pape rédigera une exhortation apostolique car la nouvelle constitution apostolique sur le synode des Évêques lui permet d’approuver et de signer le document final, qui devient ainsi un texte du magistère. Je souhaite, pour ma part, que le pape rédige une exhortation apostolique afin de montrer toute l’importance que l’Église accorde à ces jeunes qui « sont l’avenir du monde et l’espérance de l’Église ! », comme l’avait dit saint Jean-Paul II.

Comment le document final est-il structuré ?

Mgr Percerou : Il s’appuie sur les trois étapes du récit des pèlerins d’Emmaüs. En premier lieu, Jésus se met à l’écoute des pèlerins (« et voilà qu’il marchait avec eux »), tout comme nous devons le faire avec les jeunes. Puis, nous devons nous demander comment ouvrir leur cœur à la présence du Christ dans leur vie (« Et alors leurs yeux s’ouvrirent »). Enfin, la troisième partie formule quelques propositions pour qu’ils se mettent au service de l’annonce de l’Évangile (« ils partirent sans délai »)

Cette réflexion concerne-t-elle l’enseignement catholique ?

Mgr Percerou : Certains paragraphes du document final évoquent nommément l’École catholique qui peut y voir comme une feuille de route. Le paragraphe 15, par exemple, rappelle que les institutions catholiques doivent accueillir tous les jeunes, indépendamment de leurs religions, appartenances culturelles et situations personnelles, pour que l’Église puisse proposer à tous une éducation intégrale. On y souligne aussi qu’en favorisant le dialogue interculturel et interreligieux, l’action éducative de l’Église est appréciée des non-chrétiens qui y voient une promotion de l’humain authentique.
Mais, plus largement, le document montre que l’éducation des jeunes ne commence pas à l’âge de 16 ans ! Et qu’il faut tenir compte de toutes les étapes de la croissance, d’où l’importance fréquemment soulignée de la famille. Ainsi, de nombreux passages concernent les éducateurs des enfants et des jeunes, quel que soit leur âge. Le synode nous invite à accueillir les enfants et les jeunes, à les accompagner afin qu’ils discernent les appels du Seigneur, autant de missions de l’enseignement catholique. C’est pourquoi j’invite chaque établissement, en lien avec la pastorale des jeunes de son diocèse et les responsables des mouvements et aumôneries, à entrer dans l’intelligence de ce document pour élaborer des actions concrètes à mettre en œuvre.

Pour aller plus loin

  • Document final (en italien), prochainement traduit en Français sur : www.vaticannews.va

À lire aussi, trois revues consacrées au synode :

 

 

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