Montrer mon attachement à la justice, à la paix, à la réconciliation

Dans « Les ruines et la lumière », le père Gabriel Romanelli livre un témoignage unique sur le quotidien à Gaza depuis trois ans. Homme d’église, il fait preuve d’un pragmatisme à toute épreuve pour sauver tous ceux – chrétiens et musulmans – qui sont venus chercher refuge dans la petite paroisse de la Sainte Famille qui a accueilli jusqu’à 1500 réfugiés.
Il a aussi réussi le tour de force de maintenir une continuité scolaire pour les enfants qui bénéficient aussi d’activités psychosociales pour soigner leurs traumatismes.
Interview de ce prêtre d’origine argentine, au français parfait, qui reste debout dans la fureur de la guerre.

Vous êtes revenu dans votre paroisse à Gaza, en 2024, dès que les portes du territoire se sont entrouvertes. Quelles ont été depuis les périodes les plus difficiles ?
Père Gabriel Romanelli : Nous nous efforçons en permanence de préserver la vie. Alors, lorsque les bombardements font des victimes, bien sûr, c’est très dur. En fait, il y a beaucoup de choses terribles… Peu de temps avant mon retour, des tirs des snipers avaient tué ici deux personnes. Et le 17 juillet 2025, trois habitants ont perdu la vie devant le frontispice de l’église et douze autres ont été blessés. Heureusement, il existe une vraie solidarité même si malheureusement, nous ne pouvons pas distribuer autant de nourriture ou de fournitures que nécessaire. Mais grâce à Dieu, grâce à l’aide du Patriarche latin de Jérusalem et à de nombreuses personnes, nous aidons des milliers de familles.
Vous parlez à plusieurs reprises de votre devoir d’exemplarité. Qu’apportez-vous d’essentiel à votre communauté ?
C’est difficile pour moi de le dire ! Mais je me suis donné comme objectif de communiquer avec beauté, bonté et patience. Je m’efforce de peser chaque mot car ils peuvent causer beaucoup de souffrances et ajouter de l’injustice à l’injustice. Montrer à travers des mots, des gestes, des actes que l’on est attaché à la justice, à la paix, à la réconciliation est essentiel. Même si le cœur a envie de pleurer, la prière et la méditation nous donnent suffisamment de joie pour sourire, encourager, essayer de calmer la peur toujours présente. Nous essayons d’être attentifs à tous. Nous préparons de petites activités pour les anniversaires des enfants et des jeunes, nous consolons les personnes blessées ou malades avec des chants ou l’étude d’un passage de la Bible…

Votre attention aux enfants est centrale. Comment vont-ils aujourd’hui après que le cessez-le-feu a été ordonné ?
La situation à Gaza s’est améliorée mais 800 personnes ont été tuées depuis le cessez-le-feu ! Ainsi, on entend dire que la guerre est finie mais ce n’est pas le cas. La vie s’est améliorée mais elle n’est pas bonne. L’essentiel de la population vit sous des tentes. Les enfants picorent ici et là des leçons. Néanmoins, les enfants réfugiés dans notre paroisse vont mieux aujourd’hui grâce à l’action des missionnaires et des laïcs. Quand je suis rentré à Gaza en 2024, l’école était fermée, comme les deux autres écoles catholiques de Gaza touchées par les bombardements et occupées par les réfugiés. Nous avons réorganisé des activités dans le cadre du patronage, les enfants de la petite communauté prient ensemble tous les jours. Et en juin 2024 nous avons pu recommencer les cours dans cinq disciplines : religion, arabe, anglais, mathématiques et sciences.
À quels enfants ces cours étaient-ils destinés ?
À tous les enfants et jeunes réfugiés, qu’ils soient catholiques, orthodoxes ou musulmans. En moyenne, 180 jeunes y prenaient part. Nous n’avons pas beaucoup de place, nous faisions les cours là où nous le pouvions. La vingtaine de personnes qui habitaient dans chaque classe savaient qu’à huit heures du matin les leçons commençaient et duraient jusqu’à midi. Certains cours se déroulaient dans de minuscules pièces que nous préparions à cet effet. Nous avons ainsi sauvé l’année scolaire 2023-2024 et même l’année 2024-2025 malgré les bombardements. Depuis février 2026, certains réfugiés sont partis pour reprendre leur vie mais nous accueillons jusqu’à 450 élèves car les besoins d’enseignement sont considérables.
Qu’avez-vous mis en place pour permettre aux jeunes de renouer avec la vie ?
Nous avons lancé des activités psychosociales que nous poursuivons aujourd’hui. Des professionnels interviennent aussi auprès des jeunes traumatisés par la guerre. Et nous mettons en place un championnat de football qui s’appellera le Mondial de Gaza ! Si tout va bien, les cours de français reprendront dans le premier degré et nous étendrons son enseignement au secondaire et au supérieur. L’objectif est que la vie de l’école reprenne de la façon la plus normale possible. La vie de l’école et, nous l’espérons plus globalement, celle de Gaza. Il n’y a pas chez les Gazaouis d’esprit de vengeance ni même de ressentiment mais beaucoup de désespoir. Ce dont ils ont besoin maintenant, c’est que cette guerre finisse.
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