Evar-s et les intervenants extérieurs
La commission d'enquête du Sénat sur les mécanismes de financement des politiques publiques par des acteurs privés et les risques en matière d’influence a auditionné Nathalie Tretiakow, adjointe au secrétaire général de l’Enseignement catholique, le 2 avril dernier. Dans le viseur : l’intervention dans le cadre de l’Evar-s d’associations ou d’acteurs privés. Face à un feu nourri de questions, elle a défendu la légitimité du réseau à faire des propositions complémentaires, si celle-ci restent conformes à la loi, arguant que la diversité des approches et des associations est un gage de vitalité démocratique.
Le prochain dossier d’ECmag fait le point sur la mise en œuvre de l’Evar-s dans le réseau. Nécessairement progressive, elle n’en est pas moins engagée de manière volontariste puisque l’École catholique s’est toujours positionnée en faveur d’une éducation intégrale des jeunes.
Auditionnée par la commission sénatoriale enquêtant sur les mécanismes de financement privé des politiques publiques et sur les possibles risques d’influence y afférant, Nathalie Tretiakow, adjointe au secrétaire générale de l’Enseignement catholique a surtout été interrogée sur le recours à des intervenants extérieurs dans le cadre de l’Evar-s. En guise de préambule, elle a tenu réaffirmer que le Sgec, tout comme l’Apel, saluaient l’arrivée du programme Evar-s :
« Ces programmes confient aux enseignants, en équipe et sous le pilotage des chefs d’établissement, une éducation essentielle à la construction des personnes et aux enjeux de la relation. Cela atteste de leur prise en compte effective par l’École, ce qui est positif. »
Ce faisant, l’Éducation nationale rejoint en effet la volonté d’éducation intégrale de l’Enseignement catholique, qui s’est montré particulièrement soucieux de mettre en œuvre les séquences d’Éducation affective et sexuelle (EAC) selon le cadre légal qui a prévalu de 2001 à 2025. À la nuance près que cette éducation s’intègre pour lui dans une dimension relationnelle plus large. C’est pourquoi il a choisi de la désigner par le vocable d’EARS, éducation affective, relationnelle et sexuelle. Ajoutant à l’acronyme un « r » dont il se félicite qu’il soit repris dans la dénomination des programmes actuels.
« L’EARS n’est donc en aucun cas une concurrence à L’Evar-s et notre publication, Grandir heureux, n’a absolument rien d’un programme bis, comme on a pu l’entendre. Il ne vise pas se substituer au texte officiel mais au contraire à accompagner son déploiement dans notre réseau en facilitant sa réception. », a soutenu Nathalie Tretiakow.
« Nous faisons confiance aux chefs d’établissement »
Sur la venue d’intervenants extérieurs, enfin, cette dernière a rappelé que l’Enseignement catholique pouvait solliciter des partenaires extérieurs pour l’Evars, à condition « qu’ils interviennent en complémentarité́ et non en substitution de l’équipe éducative et avec l’accord du chef d’établissement ».
Tout en reconnaissant que la question du financement est « légitime », et qu'on « peut souhaiter plus de transparence », Nathalie Tretiakow a tempéré : « Le fait qu'une association soit financée par des acteurs privés ne la disqualifie pas d'emblée. Nous faisons confiance aux chefs d'établissement pour sécuriser les choix. »
Respecter le développement psychologique de l’enfant
Certaines de ces associations interviennent indifféremment dans le public et dans le privé a-t-elle fait valoir. « D’autres proposent des approches différentes, davantage en cohérence avec le projet éducatif chrétien et sont parfois taxées de conservatisme… », a-t-elle aussi concédé, rappelant que « pour nous, l’essentiel est qu’elles respectent le développement psychologique de l’enfant et du jeune, qu’elles s’appuient sur leurs questions légitimes et nous sommes vigilants à ce que tout militantisme soit proscrit ».
Et de conclure : « Le sujet c’est la pluralité de la vision de la personne humaine dans une société démocratique. Notre projet éducatif chrétien défend une approche intégrale de l’éducation, c’est-à-dire qui prend en compte le corps, le cœur, l’âme et l’esprit. Elle peut ne pas être partagée, mais elle est légitime pour autant qu’elle respecte la loi. Il ne s’agit ni de conformité totale avec la proposition faite dans le public ni de séparatisme, mais d’une recherche de commun qui emprunte des voies diverses. Et la diversité des approches et des associations me semble précisément un signe de vitalité démocratique. »
Bon à savoir
Cyclo-show, association également auditionné par la commission a affirmé ne recevoir aucun autre financement que celui des familles des 15 000 jeunes auprès desquels elle intervenait chaque année (dont 5 000 de l’Enseignement catholique).
Elle a reconnu en revanche ne pas aborder la question de l’IVG ni de la contraception, se rangeant d’elle-même dans une proposition complémentaire de ce que propose le programme Evar-s, au moins à partir de la 4e où ces questions sont explicitées dans le programme.
Lift, plateforme éditrice de contenus numériques d’éducation à la vie affective relationnelle et sexuelle, également auditionnée, a reconnu que le milliardaire ultra-conservateur Édouard Stérin était un de ses actionnaires minoritaires, tout en assurant qu’il n’avait jamais influencé ses contenus dont la neutralité avait été travaillée, notamment avec le réseau Canopé. Elle s’est engagée à entreprendre prochainement une recapitalisation qui privilégiera d’autres participations financières.